Azumi

Après un excellent mais néanmoins controversé Versus, on attendait Ryuhei Kitamura au tournant. C’est vers le monde du manga qu’il est allé chercher l’inspiration, pour réaliser deux adaptations intéressantes : Alive et Azumi. Entre le huis-clos psychotique proposé par Alive et le chambara (film de sabre japonais) nommé Azumi, on peut dire que Kitamura sait jouer sur plusieurs registres. Voyons le cas Azumi plus en détails.

La voie du ninja

Après la terrible bataille de Sekigahara (15 septembre 1600 selon notre calendrier), où le clan Tokugawa remporte la victoire face aux partisans des Toyotomi, la paix est loin d’être assurée tant certains puissants daimyô s’opposent à ce changement de régime. Recueillie quelques années plus tard à l’âge de neuf ans par un maître en arts martiaux, Azumi a grandi dans un groupe de dix ninja ayant pour seul objectif de remplir une mystérieuse mission pouvant sauver la paix dans l’archipel nippon. Une fois la troupe suffisamment entraînée, le maître met ses élèves à l’épreuve en leur ordonnant de tuer leur propre camarade. Seuls cinq ninja peuvent ainsi poursuivre la mission qui se révèle déjà particulièrement meurtrière. Et le sang va continuer encore longtemps à couler…

     

Le contexte de ce film s’inspire donc en grande partie de l’histoire du Japon, reprenant parfaitement certains noms et faits historiques tels que la bataille de Sekigahara ou les clans Tokugawa et Toyotomi. Dans son déroulement même, Azumi fait preuve d’une grande crédibilité, si ce n’est au cours des combats qui laissent échapper de temps à autres des sauts impressionnants inspirés du folklore chinois. Et bien sûr si l’on ne tient pas compte qu’un seul ninja puisse venir à bout d’une centaine d’adversaires. La crédibilité du contexte ne trompe pourtant pas longtemps lorsque l’on comprend vite qu’Azumi se résume à une succession de tueries et que le scénario qui se laissait entrevoir au début du film laisse place à une suite d’événements convenus. Sans même comprendre leur mission, les héros enchaînent les assassinats, chaque nouvel ennemi étant plus difficile à terrasser que le précédent.

     

Déception contenue

Avec un budget aussi impressionnant que son casting, Azumi avait tout pour casser la baraque. On reconnaît aisément la touche de Kitamura et son amour de l’effusion de sang tournée à 100 à l’heure et à 360°. La réalisation affiche une pêche incroyable durant les combats, finalement presque antagonistes à l’image que l’on se fait d’un vrai combat de sabre. Peu importe, Azumi est un film d’action fait pour en mettre plein la vue parfois à la limite du risible au regard de la niaiserie de certains personnages ou exaspérant tant certains combats se suivent et se ressemblent.

Le pire, finalement, revient au manque de consistance des personnages, dont l’héroïne même du film ! Aya Ueto incarne une jeune fille dont on ne connaît ni le passé, ni… le présent. A part le fait qu’elle soit une kunoichi (femme ninja) extrêmement douée et qu’elle veuille aveuglément accomplir la mission que son maître lui a attribué sans même comprendre le pourquoi du comment, rien ne nous aide à en savoir plus sur ce personnage qui aurait pu devenir attachant de complexité. On en vient même à préférer certains « méchants » aux héros, tant ils dégagent autrement plus de fun et d’énergie, notamment le génial Naoto Takenaka (Water Boys) ou le surprenant drag-queen tout de blanc vêtu. Les personnages apparaissent donc autant comme une force et une faiblesse de ce film. Toujours est-il que Ryuhei Kitamura a su tirer parti de l’œuvre originelle pour donner un souffle « manga » à son film, sans parvenir toutefois à donner toute la mesure de son excentricité démontrée dans Versus.

     

Azumi se clôt sur une fin suffisamment ouverte pour imaginer une suite (le manga n’étant pas entièrement adapté ici). Bien que cet article soit plutôt négatif, il convient de finir sur une note plus positive. Azumi est un bon divertissement à la mesure du talent de Kitamura et on peut même le recommander à tous les fans d’action tant celle-ci se montre excellente. On aurait simplement aimé plus de consistance dans le scénario. Après le film sans neurone nommé Versus, Azumi apporte déjà plus de profondeur mais pas suffisamment pour en faire un film à ne pas manquer.

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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