Quand on nous a annoncé que le premier RPG d’espionnage serait développé par les studios Obsidian, on ne vous cache pas que l’on a trépigné illico d’impatience. Puis les reports de sortie se sont accumulés, tout comme notre impatience d’y toucher. Inutile de préciser qu’à l’heure où l’on peut enfin jeter notre dévolu sur Alpha Protocol, on espère que le produit va se montrer à la hauteur de nos espérances !
Le RPG dans la peau
Malheureusement, un peu comme lorsqu’on attend trop fébrilement la dernière production cinématographique de nos studios hollywoodiens, la déception ne tarde pas à faire son apparition. Tout d’abord, le début de l’aventure est long, très long à démarrer. Les dialogues, bien que fort intéressants et instructifs, s’enchainent jusqu’à épuisement. Si bien que lorsqu’on prend enfin le pad pour notre première vraie mission en Arabie Saoudite, le choc n’en est que plus violent.
Michael Thorton est un agent travaillant pour le compte d’une organisation secrète : Alpha Protocol. Tel Jason Bourne, le héros d’une trilogie de film d’action que vous connaissez sûrement, il opère seul et se charge de régler des conflits d’ordre internationaux. Seulement voila, comme dans tout bon thriller d’espionnage qui se respecte, complots et trahisons font bon ménage, et c’est vous qui allez en faire les frais. Ou pas.
Le mal Alpha
Alpha Protocol a opté pour une orientation très nettement tournée vers l’action, selon un modèle que l’on peut rapprocher sans mal de Splinter Cell. A ce titre, les échanges de coups de feu et autre phases d’infiltration font partie des bases de chaque mission. Manque de bol pour nous, c’est justement dans ces deux domaines primordiaux que le bas blesse. Le joueur n’a concrètement que deux types d’approche : la furtivité ou tout démolir sur son passage. Or ici, les systèmes de visée et de couverture s’avèrent mal fichus en plus d’accuser des bugs réguliers (le réticule n’apparait pas de temps à autres, et le personnage reste accolé contre les parois sans raison apparente, alors qu’à d’autres occasions il refuse de s’y abriter…). Sans compter que certains ennemis sont dotés d’une résistance surprenante, surclassant de loin le pauvre péquenaud qui a privilégié le stealth dans son développement d’avatar, négligeant par la force des choses la puissance de feu. Pour couronner le tout, l’intelligence artificielle se montre déplorable, à tel point qu’une progression furtive devient totalement impensable. Tout comme un soldat peut demeurer immobile le dos tourné pendant deux minutes attendant sagement que vous veniez lui tordre le coup, un groupe de guerrier est capable de vous repérer en pleine nuit derrière un mur à 500 mètres. En résulte le déclanchement d’une alarme durant laquelle tout le monde sait où vous êtes et vous shoote tel un pigeon, peu importe votre position, même si vous avez trouvé une cachette infaillible entre temps. Une idiotie sans nom. Le seul moyen de redevenir incognito consiste alors à trouver l’une des consoles d’alarme et à la pirater.
Lorsque vous tentez de forcer des serrures ou de pirater des consoles électroniques, trois types de mini jeux surviennent. Le premier requiert de doser votre pression sur les gâchettes latérales, le second de retrouver des séquences hexadécimales fixes parmi une bouillie de chiffres et de lettres, et le dernier de résoudre une série de mini labyrinthes. Amusants au début, ces défis se révèlent vite répétitifs parce que trop fréquents. D’autant qu’il faut veiller à les résoudre à l’abri des regards, chose plus facile à dire qu’à faire… Bref, les amateurs de Metal Gear risquent de criser sévèrement devant tant d’incohérences, d’autant qu’aucun radar ne permet de deviner le placement des gardes. Il vous faudra donc connaître sur le bout de doigt et à l’avance le level design (plus ou moins bien fignolé selon les zones) si vous souhaitez compléter une mission sans vous faire détecter… Finalement, le seul moyen de progresser sans soucis implique de distribuer tous ses points de compétence dans les armes à feu et la résistance, réduisant ainsi à néant tout challenge – et tout intérêt -, tant les fusillades en sont facilités…
Vos armes sont vos choix
Pourtant Alpha Protocol ne manque pas de qualités. Sur le papier, il apparait même quasiment comme exemplaire. Son plus gros atout réside dans le concept de dialogues à choix multiples, très semblable à celui de Mass Effect. Sauf qu’ici, on fait référence à des humeurs (suave, professionnel, etc.), sans savoir réellement ce que va répondre le héros, et il faut se décider dans un temps imparti. En outre, vos choix conditionnent vraiment la suite de l’aventure, bien plus que dans le hit de BioWare. Plus que l’issue (explosive ou non) de vos missions et le niveau d’affinité de vos compagnons (qui octroie des bonus de caractéristiques bienvenus), vous avez l’opportunité de tuer vos interlocuteurs à certains moments, entrainant quelques twists fort palpitants. Vos alliés et les boss à dégommer varient ainsi drastiquement en fonction de vos parties. De même, selon vos répliques et la manière de caresser vos contacts dans le sens du poil, vous influez sur le déroulement des missions à venir. Par exemple, votre équipement peut se voir amélioré, le nombre d’ennemis augmenté et leur agressivité décuplée, etc. A noter également la possibilité de transformer vos partenaires féminines en amantes, et de sélectionner l’ordre dans lequel vous enchainez les différents stages (Arabie Saoudite, Rome, Tai Pei, Moscou).
Michael se personnalise en distribuant des points de compétences obtenus à chaque gain de niveau. Vous choisissez de les placer dans différentes branches, telles que la maîtrise de la furtivité, des armes à feu, des gadgets électroniques, des arts martiaux, etc. déterminant ainsi votre manière de jouer (bourrin ou tout en finesse). De même, en passant par votre ordinateur et moyennant un gros paquet de monnaie, vous pouvez acheter et customiser votre arsenal selon vos besoins. Rien à redire, donc, sur l’aspect RPG qui a été soigné jusque dans les moindres détails. De quoi nous fait d’autant plus regretter la lourdeur du gameplay et les lacunes de la réalisation.
Techniquement dépassé
En effet, Alpha Protocol n’a pas non plus été gâté sur le plan technique. A commencer par la mauvaise exploitation de l’Unreal Engine 3, qui affiche les textures avec plusieurs secondes de retard. On continue gaiement avec des saccades régulières, des freezes lors des chargements, une modélisation basique (aussi bien en ce qui concerne les personnages – mis à part les visages – que les décors) et une animation ultra sommaire (mention spéciale à la démarche accroupie ridicule de Michael). Qui plus est, l’ensemble ne dégage rien, aucune personnalité, aucune marque de fabrique. Bref, on ne jouera pas à AP pour ses graphismes, c’est clair.
Malgré tout, le jeu mérite d’être parcouru par les amateurs de RPG occidentaux, notamment les fans de BioWare. Ne serait-ce que pour tester son principe de dialogues très ingénieux, et gouter à son histoire particulièrement prenante. Car en fin de compte, lorsque l’on est happé dans la folle virée de Michael Thorton, on passe somme toute un agréable moment. Allègrement teinté de coups de gueule, mais agréable quand même…
Obsidian n’a qu’à moitié réussi son pari. D’un côté, on a un système de dialogues génial offrant ce qu’il faut de liberté pour impliquer le gamer, et de l’autre un gameplay bâtard qui fait retomber l’engouement dès que la tension monte. Dommage.