Bounce Ko Gals

Il y a deux façons majeures d’aborder une chronique de Bounce Ko Gals. La positive : une histoire d’amitié entre trois jeunes filles que tout oppose ; et la négative : une critique acerbe de la prostitution adolescente au Japon. On commence par quoi ?

Amitié naissante

Après avoir terminé ses études au lycée, Lisa (Yukiko Okamoto) décide de partir à New York pour quitter sa famille et commencer une nouvelle vie. Arrivée à Tokyo, dans le quartier branché de Shibuya, elle tente de se faire un peu d’argent facile avant de s’envoler. Une fois sa petite culotte encore chaude déposée en gage, elle se laisse embarquer dans le tournage d’une vidéo porno mettant en scène des lycéennes en uniforme. Mais elle y perd toutes ses économies suite à l’arrivée impromptue de yakuza peu enclin à laisser passer le pactole. Elle parvient tout de même à s’enfuir avec sa nouvelle connaissance, Raku-chan (Yasue Sato).

Celle-ci la présente à Jonko (Hitomi Sato), une entremetteuse du même âge qu’elles qui l’embarque alors dans sa tournée nocturne, à la rencontre de divers pervers en manque de relations douteuses et en proie au lolicom (lolita complex). Tour à tour, elles dévalisent les salarymen les uns après les autres, sans se soucier des menaces d’Oshima-san (Koji Yakusho). En tant que boss yakuza du milieu du sexe à Shibuya, il voit d’un mauvais œil la concurrence presque innocente des « kogaru » vendant leur corps lors de rendez-vous commandés par téléphone bien souvent (enjo kosai). Et lorsque Lisa et Jonko électrocutent et dérobent une importante somme d’argent à un ministre japonais raciste (bien fait !), Oshima lance son homme à gage à leurs trousses.

     

Une société de consommation déboussolée

Cette amitié qui naît entre les trois jeunes filles apparaît comme un répit dans une histoire tragique, un îlot de bonheur dans ce monde corrompu et névrosé. Perdue dans la capitale et n’ayant comme objectif que de se faire un peu d’argent, Lisa se retrouve mêlée à l’un des plus impressionnants revers de la société nippone moderne : la prostitution juvénile liée à la consommation abusive. En effet, une partie non insignifiante de la prostitution citadine ne touche pas des filles désespérées mais bien des lycéennes assoiffées par la société de consommation outrancière, les poussant à vendre leurs charmes pour un « vulgaire » sac Vuitton ou le dernier rouge à lèvres Channel. Et ce ne sont pas les salarymen désabusés et très pervers qui cracheront sur cette opportunité de sortir avec de jeunes et jolies filles. Quitte à ce que la note soit salée, autant en profiter. Et évidemment, tout ceci est encore toléré par les autorités nippones.

A voir le mordant de ce film, on peut légitimement se demander comment un Japonais a pu prendre autant de recul par rapport à sa propre culture pour nous offrir une vision aussi cruelle du milieu du sexe juvénile. Masato Harada, le réalisateur, a passé une bonne partie de sa vie aux Etats-Unis, en tant que critique cinéma pour la presse nippone. C’est cette distance vis à vis de sa culture d’origine qui lui a sans doute permis de prendre le recul nécessaire – et le courage, avouons-le – de prendre ce sujet comme thème d’un film. C’est ainsi qu’est né Bounce Ko Gals, critique acerbe de la société de consommation nippone et de la bulle protectrice entourant ces pratiques. Le pire étant même décrit dans le film lors d’une scène de lynchage d’une pauvre lycéenne certes aguicheuse, mais qui ne méritait pas un tel traitement, et encore moins le blanchissement du salaryman avec la complicité évidente de la police.

     

Un film moralisateur

Plus que sur les kogaru, Masato Harada prend le parti de porter son regard accusateur sur les hommes qui profitent de ce système que l’on peut qualifier de dégoûtant quelle que soit notre culture. Les salarymen et autres pervers canalisent ainsi l’antipathie des spectateurs tout au long du film – une part revenant tout de même aux autorités policières – et bizarrement, les yakuza, grands maîtres du marché du sexe au Japon, apparaissent comme grandis par cette vision à sens unique du réalisateur, par le biais du très intéressant personnage d’Oshima. Si l’on suit d’ailleurs les propos de Masato Harada, on peut également blanchir les filles qui ne font « que » profiter des faiblesses des hommes japonais. Un peu simpliste, mais rien ne vous empêche de vous faire votre propre opinion du sujet.

   

Malgré quelques scènes éprouvantes et un déroulement dramatique, Bounce Ko Gals met un point d’honneur à garder le sourire, à donner quelques pauses à ses personnages principaux et à les soutenir jusqu’à la fin. On retiendra finalement la culpabilisation des « consommateurs » de ko gyaru plus que celle des filles perdues au milieu de ce monde égoïste sans être toutefois des anges.

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

Les derniers articles par Ryosan (tout voir)

Laisser un commentaire sur cet article :