Château Ambulant (Le)

Depuis Princesse Mononoke qui a véritablement marqué le début de la renommée internationale du Studio Ghibli, on redemande volontiers notre dose de rêverie au moins une fois par an. Alors que l’heure semble être propice aux anciens films du studio (Horus, Laputa, Nausicaa…), le dernier film d’Hayao Miyazaki entre dans les salles obscures françaises. Après le raté du Royaume des Chats, dont Miyazaki n’était que le scénariste, le réalisateur se devait de remettre les pendules à l’heure avec sa dernière production.

Un nouveau Miyazaki, ça se fête

Ca fait presque 3 ans qu’on avait pas eu de vrai nouveau « Miyazaki » à se mettre sous la dent. Alors que le Studio Ghibli culmine au paroxysme de sa renommée, le réalisateur chouchou du public amateur d’animation japonaise ne se laisse pas embrigader par l’appât du gain facile et préfère prendre son temps pour réaliser des films d’excellente qualité. Stratégie qui s’avère payante au final puisqu’on ne manque désormais plus la sortie en salles de chacun de ses films.

Et pourtant, Le Château Ambulant était beaucoup moins attendu que Le Voyage de Chihiro. Le phénomène de mode s’estomperait-il ou la faible cote de popularité du Royaume des Chats aurait-elle entamée la confiance du public ? A moins que ce ne soit tout simplement le manque de publicité et de hype autour du film, souhaité par l’équipe de production. Toujours est-il que le château d’Hauru est bien là et qu’il mérite votre attention.

     

Un conte tiré d’un roman

Le Château Ambulant a d’abord vu le jour dans l’esprit de Diana Wynne Jones, qui l’a en premier lieu publié sous la forme d’un roman : Le Château de Hurle. En grand fan de contes européens, Miyazaki y a trouvé un thème parfait pour déployer son imaginaire et sa magie créative. Et on le comprend quand on voit le résultat ! La corrélation entre le monde créé de toute pièce par Diana Wynne Jones et l’univers si singulier que Miyazaki complète avec chacun de ses films démontre avec aisance la symbiose, ou en tout cas le fort rapprochement, qui existe entre ces deux artistes. Les connaisseurs trouveront facilement les clins d’œil et thèmes récurrents qui marquent la touche Miyazaki depuis de nombreuses années : le château qui semble se mouvoir de lui-même comme l’île flottante de Laputa, les machines volantes qui reviennent à maintes reprises et qui ont notamment le beau rôle dans Porco Rosso, les décors un peu vieillots et très boisés de Kiki la petite sorcière, ainsi que la double identité de certains personnages, comme Chihiro / Sen dans le Voyage de Chihiro. Bienvenue dans l’imaginaire de Miyazaki.

L’histoire raconte les tribulations de Sophie, jeune chapelière avec un cœur gros comme ça, qui se retrouve par hasard pourchassée par des monstres en caoutchouc et sauvée par Hauru, le beau et mystérieux prince dont la monstrueuse réputation fait tout de même pâlir le petit peuple. Sa rencontre avec le magicien Hauru n’aurait pas eu de suite si une sorcière jalouse ne l’avait changée en… une grand-mère. Méconnaissable, Sophie décide de s’exiler et de trouver un magicien capable de lui rendre son apparence normale. Son périple l’amènera au château ambulant, le repère vagabondeur de Hauru. Tombée sous son charme, Sophie ne peut décemment pas lui révéler qui elle est en vérité et décide donc de jouer son rôle de grand-mère énergique et au bon cœur.

     

Les apparences sont parfois trompeuses

Comme à son habitude, Miyazaki a créé toute une panoplie de personnages singuliers pour peupler son univers féérique. Si l’on met de côté la banalité de la jeune Sophie, son équivalente âgée dégage plus de joie de vivre et d’entrain utile à l’épanouissement de Hauru le magicien séduisant mais sans relief de prime abord, Calcifer le démon râleur mais fragile et du petit Marko qui peine à tenir de l’ordre dans la vie d’Hauru. S’il est resté relativement classique sur le design de ces quelques personnages, autant vous dire que Miyazaki s’est considérablement lâché sur les autres. Entre le chien Hin aux pattes de poulet qui tousse sans arrêt, la méchante sorcière des Landes dont l’extrême surplus de peau ne cache pas l’obésité prononcée ou encore l’épouvantail à la tête de navet, la galerie de personnages vaut son pesant d’or. Alors qu’habituellement un seul personnage se consacre à la touche comique, ici plusieurs se relayent ou même s’associent pour faire rire. Et ça marche ! Le Château Ambulant est peut-être même le film le plus drôle dans toute la carrière du réalisateur.

Comme d’habitude, attendez-vous à des surprises au cours du film, car chaque personnage dispose de ses propres émotions l’amenant à évoluer au fil du scénario. La leçon du Château Ambulant : les apparences sont parfois trompeuses. Quant à l’aspect technique du film, je ne vous ferai pas l’affront de détailler chaque planche. Vous pouvez vous fier au talent des graphistes et animateurs du Studio Ghibli : rien n’a été laissé au hasard. Pour finir, sachez que Joe Hisaishi signe ici sa huitième bande son d’un film de Miyazaki. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

     

Le Château Ambulant a quelque chose de mièvre. Et pourtant, on se plonge très facilement dans ce monde aux couleurs enchanteresses et à la morale bonne enfant. La touche Miyazaki apporte pour beaucoup au film, c’est évident, et on apprécie d’autant plus le parti pris de nommer une mamie pour le premier rôle. S’il n’est pas le meilleur film du réalisateur, le Château Ambulant apporte son lot de rêverie et de bonne humeur que l’on attendait depuis plusieurs années.

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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