Fearless – Le Maître d’armes

Depuis son exode aux Etats-Unis, tout le monde s’accorde à dire que Jet Li a perdu de sa superbe. En s’adaptant aux normes hollywoodiennes, l’acteur a enchaîné les films d’action grand public sans âme, s’attirant ainsi les foudres de son public jusqu’alors conquis par ses prouesses martiales dans de nombreuses productions chinoises. Avec Fearless, Jet Li marque son retour dans le cinéma chinois historique.

Huo Yuan Jia, héros national

Chine, début du XXe siècle. Maître respecté des arts martiaux, Huo Yuan Jia (Jet Li) s’est hissé jusqu’au sommet de la hiérarchie des meilleurs combattants, avant de fonder sa propre école, Jin Wu, qui deviendra réputée dans le monde entier. Mais avant de gagner le respect de ses pairs, cet homme a, de par son histoire, cherché à gagner leur crainte en s’imposant à la force des poings et non de son mental. Fils d’un maître réputé se refusant à lui enseigner les arts martiaux, Huo Yuan Jia s’est entraîné en cachette grâce à l’aide de son ami d’enfance Nong Jinsun (Dong Yong), après avoir dérobé les parchemins d’apprentissage de son père.

Devenant de plus en plus fort, balayant ses adversaires les uns après les autres, la force de Huo Yuan Jia ne cesse de s’accroître, parallèlement à son ego démesuré, toujours avide de nouvelles victoires. Très vite, son arrogance lui attire les foudres de ses pairs et un drame survient, poussant Huo Yuan Jia a une vie d’exil où il apprendra le vrai sens de la vie et des arts martiaux. A la veille de la révolution chinoise, le pays est occupé sous forme de concessions par quelques nations étrangères (France, Angleterre, Japon…) qui rêvent d’humilier les Chinois encore plus en leur permettant d’accéder au tournoi opposant les meilleurs combattants d’Asie… jusqu’alors dénué de représentant local. Huo Yuan Jia tient là un excellent moyen de reconquérir le cœur de ses pairs, même s’il devra faire face à la félonie des colonisateurs.

     

Le retour de l’enfant prodige

Fearless s’attaque donc à l’histoire d’un héros national, Huo Yuan Jia donc, et à l’intégralité de sa vie, comprise entre 1868 et 1910. Né dans le village Xiaonan, près de Tianjin, sa faiblesse naturelle envers la maladie décida son père à l’empêcher de pratiquer le kung fu. Mais le jeune Huo, maltraité par des enfants parfois plus jeunes que lui, ne l’entendit pas de cette oreille et s’entraîna de lui-même la nuit, après avoir observé pendant de longues journées les entraînements donnés par son père aux autres élèves. Au cours des années qui suivirent, le jeune Huo remporta un certain nombre de combats et gagna ainsi la renommée et la fierté qui lui manquaient jusqu’alors. Le point de vue de ce film place donc l’égo de Huo Yuan Jia sur un piédestal et le montre comme une personne arrogante et provocatrice de combats, ce que certaines biographies semblent réfuter, de même que son petit-fils qui a tenté d’interdire la sortie de ce film.

Jet Li marque donc son grand retour dans une production chinoise et, qui plus est, retrace une page de l’histoire locale comme jadis avec la gigantesque saga Once Upon a Time in China de Tsui Hark (sobrement appelée OUATIC par les connaisseurs) qui suivait les aventures du héros national Wong Fei Hong. Citer cette saga n’est pas anodin, puisque c’est elle qui a véritablement lancé la carrière de Jet Li sur le plan international. Et si on le retrouve ici dans le même genre de rôle, c’est avec un tout autre personnage qu’on redécouvre cet artiste martial accompli. Huo Yuan Jia nous est donc présenté comme une forte tête qui ne jure que par la force de ses poings, tout du moins dans la première partie du film. Le contraste avec ses précédents rôles peut donc choquer les fans, mais force est de constater que ce nouveau personnage dispose d’un peu plus d’épaisseur. Assister au déroulement de sa vie jusqu’à sa mort permet ainsi de comprendre le processus qui a forgé ce caractère atypique. En revanche, la contrepartie de cette trop grande attention au personnage principal occulte tout possible charisme des protagonistes secondaires, remis au rang de simples faire-valoir pour Huo Yuan Jia. Seul le combattant japonais redore quelque peu le blason des seconds rôles.

     

Kung fu bondissant

Amateurs de chorégraphies martiales travaillées, réjouissez-vous ! Fearless fait suite aux meilleurs films du genre et laisse une grande place aux affrontements entre maîtres de Kung fu. Les chorégraphies signées Yuen Woo Ping offrent beaucoup de spectacle, à l’image du fulgurant combat dans le restaurant. Jet Li n’a pas perdu de sa superbe au fil des années ! En revanche, dans son souci de dynamiser à fond les scènes d’action, Ronny Yu écarte le réalisme au profit d’accélérations impromptues. On assiste donc à un film prenant, mais frustrant par moments, car on sent vraiment que certains passages ont été retouchés lors du montage, soit pour donner un effet de style raté, soit pour masquer les trucages. Côté ambiance, la reconstitution d’une petite ville chinoise au début du XXe siècle se montre sans reproche, mais on regrettera une bande son pas vraiment captivante, accompagnant bien souvent un profond sentimentalisme assez somnolent. Fort heureusement, le résultat global vaut la chandelle, même si on est encore en deçà des meilleurs films du genre.

Fearless devrait incontestablement réconcilier les fans de la grande époque de Jet Li, même s’il faut avouer qu’il s’avère au final moins passionnant et moins impressionnant que la série mythique des OUATIC pour ne citer qu’elle. Il n’empêche que retrouver Jet Li en costume de maître dans des chorégraphies presque réalistes, ça fait chaud au cœur et on en redemande encore !

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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