Fullmetal Alchemist

Vous connaissez déjà les frères Elric. Ces personnages sont désormais passés à postérité en France, grâce à l’anime Fullmetal Alchemist. Mais beaucoup d’entre vous semblent néanmoins oublier l’essentiel : si la série est plutôt bonne, Fullmetal Alchemist, c’est avant tout un manga de très grande classe. Très largement suffisante pour mériter un article sur Webotaku !

« C’est une preuve de notre détermination »

L’histoire prend place dans un petit village à l’Est du pays. Depuis le départ de son mari, Trisha Elric élève seule ses deux fils, Edward et Alphonse. Cette petite famille file le parfait bonheur, jusqu’au jour où le destin s’acharne sur eux : Trisha décède suite à une maladie incurable, et sa mort plonge ses enfants dans un chagrin indescriptible.

Edward décide alors de prendre les choses en main et de faire revenir sa mère à la vie. Il faut dire que son frère et lui sortent de l’ordinaire : ils sont jeunes mais déjà alchimistes. En effet, ils parviennent à faire usage de cette science extrêmement difficile, qui consiste à comprendre, décomposer puis recomposer la matière selon le principe de l’échange équivalent. Croyant dur comme fer à cette discipline, les jeunes Elric vont réunir les composants d’un corps adulte et tenter de transmuter leur mère défunte. Cependant, cet acte insensé représente le principal interdit de l’alchimie. L’expérience tourne alors au drame : tandis qu’Edward perd sa jambe, Alphonse disparaît ! Au bord du désespoir, Edward parvient, en sacrifiant son bras droit, à faire revenir l’âme de son frère en la transposant dans une armure vide.

Dépités, les frères Elric demandent de l’aide à la famille Rockbell, qui était proche de Trisha. La vieille Pinako Rockbell fournit des auto-mails (prothèses très élaborées) en guise de bras et de jambe à Edward. Le jeune garçon peut alors répondre favorablement à l’appel de l’armée, qui lui propose le poste d’Alchimiste d’Etat. Edward devient alors une arme de guerre pouvant être sollicitée à tout moment, mais obtient en échange les fonds nécessaires à la recherche du seul moyen potentiel pour retrouver son corps d’origine et celui de son frère : la pierre philosophale. Cette pierre est une source d’énergie qui permet de s’affranchir de l’échange équivalent. On dit qu’elle promet « la joie aux malheureux, la victoire aux guerriers, la lueur aux ténèbres et la résurrection aux morts ». Mais leur quête s’avére longue et beaucoup plus difficile qu’ils ne pouvaient l’imaginer…

  

Des personnages hauts en couleurs dans un univers sombre

Fullmetal Alchemist est un manga très différent de ses semblables. Si on observe bien l’œuvre, on remarque qu’il n’est nullement question de devenir plus fort, ou d’être solidaire de son groupe de paires. Et pourtant, sans utiliser les caractéristiques qui assurent le succès aux shônen, Hiromu Arakawa réussit à faire de son manga une référence !

Tout d’abord, il n’y a que deux personnages principaux : Edward et Alphonse. Naturellement, il existe une forte complicité entre eux, mais cela parait naturel dans la mesure où on a affaire à deux frères qui ont vécu l’enfer ensemble. On voit souvent deux ennemis jurés devenir les meilleurs amis du monde, à croire que la rancune est un vice totalement absent chez nos amis nippons. L’auteur parvient à éviter ce cliché facile et trop usé, ce qui est appréciable.

Les autres personnages ne sont pas en reste, car ils savent briller lors de leurs apparitions. Et on n’a qu’une chose à dire : réalistes, tous ont une réelle profondeur et agissent comme le feraient des humains et non des héros de manga ! Là encore, on évite une habituelle faiblesse du shônen, dans laquelle les différents protagonistes n’hésitent pas à se sacrifier pour un autre, en faisant preuve d’une bienveillance excessive et irréaliste. Nul besoin de représenter la générosité incarnée pour être quelqu’un de bien ! De plus, les actes impulsifs d’Edward contrastent avec les gestes réfléchis du colonel Mustang. On sent une différence d’âge et d’expérience, cette cohérence logique reste trop souvent oubliée, mais Hiromu Arakawa a su la mettre en place. En résultent des héros attachants mais surtout crédibles : un must !

   

Le ton de la série est plus sombre que celui de ses concurrents en circulation sur le marché français : mensonges, corruption, alliance, manipulation, ambition personnelle ou conflit d’intérêt sont légion, on se délecte de voir des comportements vicieux et pourtant si transposables à notre monde. Soyez certain que les lecteurs saturés des luttes de pouvoir qui n’en portent que le nom sauront cette fois-ci y trouver leur compte, car l’ensemble est d’une rare maturité pour un shônen !

L’univers dans lequel évolue tout ce beau monde apparaît comme un atout majeur de Fullmetal Alchemist. On baigne dans un monde assez proche du notre. Ainsi, on n’est pas dépaysés, et l’histoire en devient plus crédible, moins fantastique. Que dire de l’idée de l’alchimie ? Adéquate et originale, on se retrouve loin des voies faciles et trop souvent empruntées par les mangaka qui ne fondent les pouvoirs de leurs personnages que sur les 4 éléments ou les armes.

Tous ces points rendent l’œuvre unique. Cette singularité éloigne Fullmetal Alchemist des séries similaires, et rend attractif le travail de l’auteur pour l’ensemble du public, y compris les gens qui souffrent d’une aversion pour les shônen !

  

Un scénario captivant et imprévisible

Quoi de pire pour un romancier que d’être prévisible pour ces lecteurs ? Rien, et cela vaut également pour un mangaka. Hiromu Arakawa ne doit pas souffrir de ce mal, tant elle réussit à nous surprendre de chapitre en chapitre, de tome en tome. On ne peut absolument pas prédire ce qui va se passer, tant les retournements de situation sont légion. Cependant, on est à des années lumière des révélations gratuites, servant à tenir en haleine le lecteur ou à prolonger de manière artificielle son intérêt. Ce genre de démarche rend vite l’intrigue lassante pour le lecteur averti. Ici, chaque coup de théâtre sert à faire avancer la trame de manière rationnelle, on ne se plaint donc pas : on savoure ! Les complots au sein de l’armée, les découvertes des deux frères lors de leurs multiples voyages dans le pays, tout est réalisé avec précision et surtout dans une certaine logique.

Un dernier mot pour vous convaincre de la qualité du scénario concocté par l’auteur ? Facile. Si vous suivez l’actualité de la japanimation, vous aurez noté que Dybex propose le visionnage de Fullmetal Alchemist 2 : Brotherhood. Car si la première série, qui a rendu célèbre Edward et son frère, est globalement réussie, elle est loin de comporter une intrigue aussi profonde que celle du manga ! Une histoire aussi originale se devait de disposer d’une d’adaptation fidèle en anime.

  

Enfin, le scénario n’est pas gâché par un dessin approximatif : Hiromu Arakawa dispose de son propre style, différent des blockbusters de l’industrie du shônen, mais agréable à regarder malgré tout. Ce style à part permet de renforcer l’aspect unique de la série, dans un marché du shônen parfois trop aseptisé. Rappelez-vous les rumeurs qui parlaient de Hiro Mashima, le talentueux auteur de Fairy Tail (article ici), comme de l’ancien assistant du génial créateur de One Piece, Eiichiro Oda, à cause de la similitude de leur oeuvre. Ces bruits de couloir témoignent d’une certaine standardisation, qui ne concerne nullement Fullmetal Alchemist. Encore un bon point de distribué !

On dit souvent que la perfection n’est pas de ce monde. Pourtant, il s’avère difficile de trouver un défaut criant à Fullmetal Alchemist. S’il existe vraiment un principe d’échange équivalent, bien heureux est l’homme qui découvre quel incroyable sacrifice l’auteur a consenti pour parvenir à une telle qualité. Nous ne vous parlons pas d’un coup de cœur ou d’un bon manga, mais bien d’une référence qu’il vous faut à tout prix découvrir si ce n’est pas déjà fait. Bonne lecture !

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