Gantz

Gantz est l’adaptation du manga éponyme de Hiroya OKU, toujours en cours de parution au Japon (19 volumes). Composée de deux saisons de treize épisodes, elle a été réalisée par le célèbre studio Gonzo à qui l’on doit entre autres Last Exile ou Kiddy Grade. On retrouvera au poste de réalisateur Ichiro ITANO (Violence Jack OAV) et Shigemi IKEDA (Turn A Gundam, Black Cat) en tant que directeur artistique.

Kei Kurono est un lycéen de 17 ans. Véritable obsédé sexuel, c’est un jeune homme égoïste et cynique. Un jour, alors qu’il rentre chez lui par le métro, un sans-abri saoul tombe du quai dans l’indifférence totale. Seul Kato, un ancien camarade d’école primaire de Kei, semble se soucier du malheureux. Reconnaissant Kurono dans la foule, ce dernier lui demande de l’aide. Tous deux parviennent finalement à secourir le SDF, mais malheureusement, une rame de métro les écrase. Alors qu’ils se croyaient irrémédiablement morts, les voici dans un petit appartement de Tokyo avec d’autres personnes «décédées». Au fond de la grande salle, trône une étrange boule noire.

Violence et décadence

Gantz est un anime qui s’est fortement démarqué du reste de la production 2004. La première saison, First Stage, a subi les foudres de la censure, à tel point que le nombre d’épisode est passé de treize à onze. Ce qui représente environ 40 minutes en moins. Mais pourquoi un tel traitement ? Tout simplement parce que Gantz verse dans l’ultra-violence graphique et le sexe. Soit les deux chevaux de bataille habituels des détracteurs du manga. Cette production devrait à coup sûr leur donner du grain à moudre.

Car oui, Gantz est violent. A chaque réunion, une mission obligatoire et en temps limité est assignée aux participants. Elle consiste à assassiner une ou plusieurs cibles martiennes. Gantz, le nom de la boule ou plutôt de l’être qui vit à l’intérieur, leur fournit armes et combinaisons protectrices.

   

Les combats, s’étalant sur plusieurs épisodes, sont très longs et surtout très sanglants. Les cadavres s’accumulent et les morts sont horribles, chez les extra-terrestres comme chez les humains. Explosions de tête, arrachage de bras, découpage de jambes, dissolution de corps… Voilà ce qui compose le menu sanglant de l’anime. D’autant plus que le réalisateur a pris le parti d’être le plus démonstratif et explicite possible. Ici, on voit tout, en gros plan de préférence et à grands renforts de geysers de sang irréalistes.

Cette apologie du meurtre trouve même son paroxysme par le biais d’un score décerné à chaque fin de mission. A la manière des FPS, il recense le nombre de victimes faites au cours de la partie. Il représente également le seul moyen d’échapper à ce jeu diabolique car au delà de 100 points, on est libre. Cruel paradoxe que celui-ci : pour arrêter de tuer, il faut massacrer. Gantz apparaît alors comme un étrange jeu vidéo ou il faut tuer ou mourir.

L’homme et sa bête intérieure

A la vision des vingt-six épisodes de la série, un même leitmotiv revient sans cesse : l’homme n’est qu’un animal doué de raison. Il y a donc, en chaque être humain une part de bestialité, un état primitif. Gantz est une véritable ode à cette partie refoulée, et il va la célébrer tout au long des quatre missions qui jalonnent la série. En effet, pour survivre dans ce monde sans pitié ni humour, il faut pour les combattants oublier leur humanité et céder à leurs pulsions les plus meurtrières. Le refus est synonyme de mort.

Le personnage de Kato est une démonstration éclatante de cette logique. Héros le plus humain de tout l’anime, il veut sauver tout le monde en faisant le moins de victimes possible. Mais derrière cet idéal noble, se cache une véritable lutte intérieure. Kato a des pulsions de violence, à cause de son environnement difficile, qu’il tente désespérément de réfréner.

Quand il y parvient, les événements virent généralement à la catastrophe. Son indécision au combat coûte la vie à plusieurs personnes. Ses tentatives de ralliement entraînent fréquemment l’indifférence, les moqueries ou l’agacement des combattants.

Alors que Kurono, de plus en plus sauvage, devient un vrai tueur et sauve les autres personnages, Kato reste inefficace, ne sachant dépasser le stade des bonnes intentions. Exemple parfait du propos de l’auteur : c’est uniquement lorsque Kato laisse aller ses pulsions qu’il devient influent. Il résout alors ses problèmes au lycée, sauve son petit frère d’une tante violente et Kurono d’un martien déchaîné. Sa plus grande erreur sera d’ailleurs de ne pas achever correctement cet ennemi.

   

De manière plus étrange, cette morale semble également se retrouver dans la dernière mission, qui paraissait pourtant à contre-courant de cette philosophie. Elle met en scène un Kurono changé, qui veut maintenant sauver tous les participants en minimisant le nombre de victimes (l’effet Kato). Malheureusement, comme si la loi du plus fort ne pouvait être bafouée, le résultat final ne sera clairement pas à la hauteur de ses espérances.

Pour terminer sur le sujet, il convient de noter l’omniprésence de cette bestialité, jusque dans la sexualité. Dans Gantz, les rapports se font de manière brutale et crue. Il n’y a pas de caresses, pas d’amour entre les partenaires. Seulement un besoin primaire à satisfaire. Il y a même un rapport malsain entre la violence et le désir sexuel. Ainsi, lors de la troisième mission, Sei est excitée à la vue d’un Kurono complètement dominé par ses pulsions sauvages. Alors qu’il est encore couvert du sang du monstre qu’il vient d’abattre, elle lui caresse le pénis pour lui montrer son exaltation, ou constater la sienne.

Le spectateur est pris dans le jeu

Malgré les apparences, Gantz n’est pas une œuvre qui engendre révulsion ou dégoût. Bien au contraire. Là où l’auteur et le réalisateur sont à la fois très forts et pernicieux, c’est qu’ils savent pertinemment comment captiver notre attention. De la même façon qu’ils dépeignent les instincts primaires des personnages, ils jouent avec les nôtres.

Ceci est bien entendu valable pour les scènes sanglantes, mais la meilleure illustration reste sans aucun doute la scène de sexe entre Kurono et Sei. Avec un plan à la première personne astucieux, le réalisateur fait de nous des voyeurs. On ne voit pourtant rien, sauf le détour d’un couloir. Mais les sons sont suffisamment suggestifs pour comprendre et attirer. Ces effets de mise en scène servent également à jouer sur les nerfs du spectateur et le happer dans une ambiance fascinante. Gantz se révèle être une œuvre de grand manipulateur.

Une vision de l’humanité proche de la misanthropie

Tout n’est cependant pas bon dans cet anime, à commencer par les personnages. Si vous enlevez Kurono, Kato, Kishimoto et Te-Chan, l’ensemble des protagonistes donne un arrière-goût de bâclé. Dans Gantz, un seul trait de caractère suffit généralement à définir une personnalité entière. L’originalité n’est pas non plus au rendez-vous : Le yakuza violent, l’otaku, le lycéen élitiste, le salary man peureux…

Visiblement, les auteurs de l’anime ne portent pas le genre humain en leur cœur. Il suffira pour s’en convaincre, de constater à quel point ils s’acharnent à nous montrer l’homme sous ses pires facettes. Lâcheté, cupidité, égoïsme, soif de sang et de sexe : voilà l’essentiel de l’humanité selon eux. Et ce ne sont pas les quelques sympathiques personnages de la dernière mission, qui suffiront à rééquilibrer la balance.

Or, c’est bien là que se situe le problème. On veut bien admettre que l’homme ne soit pas un ange mais une telle proportion d’individus orduriers n’est franchement pas crédible. De plus, l’absence de travail sur leurs personnalités les privent de cette ambiguïté, qui est aussi vitale à l’être humain que sa part d’instinct sauvage. En l’état, Gantz est un défilé de caricatures.

   

Une critique de la société fainéante

Dans cette partie, je voudrais revenir spécialement sur un point très polémique de Gantz. C’est la critique de la société et de l’humain que beaucoup de personnes lui revendiquent. Personnellement, je reste perplexe. Gantz critique foncièrement la société japonaise à deux moments précis. Lorsque Kurono et Kato ont chacun des ennuis avec des voyous, c’est le problème des ijime, ces exclus à l’école, qui est dénoncé. Enfin, la principale cause du suicide de Kishimoto est le manque d’amour de sa mère, qui l’a pratiquement reniée à cause de ses mauvais résultats scolaires. Oku met alors le doigt sur l’obsession de l’apparence dans notre société moderne, où même les enfants ne sont plus que des trophées à exhiber pour leurs parents.

Ces deux séquences constituent ce que Gantz a de plus concret à proposer à ce niveau. Est-ce que deux petites scènes suffisent à faire d’une telle œuvre, une grande critique de notre société contemporaine ? En égard pour le travail de Tôru Fujisawa (GTO), Satoshi Kon (Paranoia Agent) ou Takeshi Kitano (Violent Cop, Hana-bi), je répondrai non.

Ensuite, puisque ce n’est visiblement pas dans l’explosion de tête que doit se situer une quelconque critique, et que l’intrigue de Gantz ne sera jamais expliquée (la faute à une fin bâclée), il ne reste plus que les personnages. Mais là encore, c’est problématique. Comme il a déjà été dit, à quelques rares exceptions près, les personnages de Gantz sont des caricatures, à cause du manque d’ambiguïté de leurs personnalités. Malheureusement, ce manque d’informations ne se limite pas à leurs caractères. Lorsque l’on fait le bilan, seul Kurono, Kishimoto, Kato et Te-Chan voient leurs existences un tant soit peu exposées. Des autres, on ne connaîtra tout au plus, que les noms et/ou les circonstances de leurs morts. A peine peut-on supposer les activités de certains, par leurs vêtements et leurs têtes. C’est globalement le flou total.

La méthode de critique s’avère finalement enfantine. On se contente de faire apparaître des personnages physiquement représentatifs de la société japonaise, dans leurs états finaux et répréhensibles. Aucune clé d’explication sur ce qui a pu les transformer ainsi, n’est jamais donnée. Aucun indice sur leurs passés. En bref, on met le spectateur devant le fait accompli.

Maintenant, il appartient à chacun de juger de l’efficacité de cette méthode. Est-ce qu’il suffit pour vous, de simplement montrer un lycéenne dépressive, pour déclarer que l’on a fait une critique du système scolaire ?

Mon opinion sur la question est clairement : NON. En regardant l’anime, il est vrai que l’on se pose des questions sur ces personnages : Pourquoi sont-ils ainsi ? Quel est leur but ? Mais en l’absence totale d’informations, aucune véritable réflexion constructive ne peut être faite. Grâce à Gantz, on sait qu’il y a quelque part un problème. A cause de Gantz, on ne saura jamais lequel. Pour moi, considérer Gantz comme une bonne critique de la société, c’est équivalent à pointer du doigt les gens sans rien connaître d’eux, à dénoncer sans savoir. C’est à la fois trop facile et inutile.

Un niveau technique remarquable

Au niveau réalisation, on reconnaît l’excellence du studio Gonzo. Les dessins bénéficient globalement d’un grand soin même s’ils sont inégaux, surtout les visages des personnages. Pour le chara-design, on apprécie la variété des physiques entrevus. On ne vantera pas, par contre, le design ridicule des martiens. La palme revenant aux playmobils à deux expressions faciales de la deuxième mission. S’ils avaient été plus humains ou vivants, le dilemme du meurtre aurait vraiment été plus crédible. La direction artistique de Shigemi Ikeda est nettement plus intelligente. Les choix d’effets spéciaux sont judicieux. Grâce à l’exagération des effets gores façon Paul Verhoeven (Starship Troopers, Robocop), on peut prendre du recul et ne pas considérer ces horreurs trop au sérieux. Les teintes sombres des décors mettent en place un contraste fort et marquant avec les effusions de sang. C’est efficace.

Le mélange entre 2D et 3D, typique de Gonzo, est lui aussi réussi. Il permet des mouvements de caméras inédits très agréables, ce qui permet de dynamiser une animation déjà très correcte. Les incrustations de meshs sur les dessins traditionnels sont harmonieuses. C’est du bon boulot de la part de Naoyuki Onda. Enfin, la musique de Natsuki Togawa est bien appropriée aux moments où elle est employée, même si les compositions ne sont pas inoubliables. On retiendra davantage le générique de début très rythmé, et celui de fin plus doux.

Gantz est un anime guerrier, gore et jouissif. Dans un univers sombre fascinant éclairé par des éclairs sanglants, c’est un véritable jeu de massacre qui se déroule sous les yeux du spectateur. Les auteurs jouent intelligemment sur nos instincts primaires pour nous rendre accro à la série. Résultat : on suit les épisodes de l’anime jusqu’à la fin sans lassitude.

Par contre, n’espérez pas de Gantz d’être autre chose qu’un grand spectacle euphorisant. Sa partie critique apparaît bien trop légère pour être réellement prise au sérieuse. Si vous recherchez vraiment une critique intelligente et bien documentée de la société japonaise, je vous conseille plutôt les références GTO de Tôru Fujisawa et Paranoia Agent de Satoshi Kon.

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