Gunnm Last Order

Dix ans après les débuts de Gunnm, Yukito Kishiro poursuit son œuvre la plus emblématique pour le plus grand bonheur des fans. Véritable sacrilège en tant normal, l’auteur va même jusqu’à modifier l’œuvre originale pour poser les fondations de sa suite. Gunnm est mort, vive Gunnm Last Order !

Un nouveau départ

Gunnm Last Order est donc la suite tant attendue de Gunnm (prononcez Gun-Mu en Japonais). L’histoire prend place un an après la fin de Gunnm, lorsque Gally se réveille à Zalem, réparée par le Docteur Desty Nova. Vous êtes perdus peut-être, malgré le fait que vous ayez lu Gunnm ? C’est normal, petit retour en arrière. Juillet 1994, Yukito Kishiro annonce à son éditeur, Business Jump, qu’il ne pourra pas continuer très longtemps à dessiner Gunnm. Visiblement profondément atteint depuis février de la même année par ce qu’il appelle pudiquement une « affaire », Kishiro n’en peut plus et fait tout ce qui est en son pouvoir pour terminer dignement les aventures de Gally. Un an plus tard, durant l’été 1995, Gunnm se termine avec la transformation de Jeru en arbre truffé de nanomachines. C’est à la fin de l’année 1995 que Kishiro reprend goût à Gunnm – qu’il considérait auparavant comme un projet abandonné – et décide d’écrire un scénario pour un jeu vidéo (RPG) propulsant Gally dans l’espace : « GUNNM Memory of the Mars » sur PlayStation. Fin 1998, Ultrajump publie « GUNNM Delux Books » (aussi connu sous le nom « GUNNM Complete Edition »), qui apporte à la première version de l’œuvre les 3 anecdotes écrites par Kishiro entre 1996 et 1997. Enfin, à la fin de l’année 1999, Kishiro propose à son éditeur de modifier le 6e et dernier tome (contre 9 pour la première édition) afin de donner à sa série la fin qu’il avait toujours voulu. Ultime exercice de style qui lui permit tout de même de préparer une véritable suite à Gunnm : envoyer Gally dans l’espace à travers Zalem et Jeru. Voici comment est né le projet Gunnm Last Order.

     

Le retour de Gally

Selon la nouvelle fin de Gunnm, voulue par l’auteur, Gally a donc été pulvérisée par une bombe du Docteur Desty Nova, celui-ci ayant survécu à son combat contre la cyborg grâce à une seconde puce placée dans son ventre et effectuant une sauvegarde quotidienne de sa mémoire. Avec les morceaux de cervelle restant (Gally est en fait une humaine au corps mécanique), Nova parvient, tel un génie qui se prend pour Dieu, à recomposer le cerveau entier de Gally. Quant au corps, il crée l’Imaginos en fondant la lame de Damas, la fidèle épée de l’héroïne. Un corps repoussant les limites de son ancien Berserker, lui conférant rapidité, force, résistance et pouvoirs (comme le célèbre Hertza Haeon, une décharge d’énergie capable de tout faire griller). Le tout combiné avec la redoutable technique de combat martienne : le Panzer Kunst. Mais là où Desty Nova surprend son monde, c’est en redonnant à Gally sa mémoire. A son réveil, elle se souviendra donc qu’il est son ennemi mortel. Qu’est-ce qui peut autant pousser Nova à braver le danger qu’elle représente pour lui ? Quelle force l’anime avec tant d’énergie au point de lui faire donner à Gally le contrôle absolu sur le monde entier ?

     

La quête d’humanité

S’il est une qualité que l’on ne peut renier à Kishiro, c’est sa maîtrise du scénario. Celui de Gunnm Last Order s’annonce encore plus poussé – mais pas forcément torturé – que le manga prédécesseur. Gally poursuit à nouveau sa quête d’identité, de passé, et chose nouvelle pour elle : d’humanité. On la savait originaire de Mars (où elle a appris le Panzer Kunst), peu enclin à accepter son passé de terroriste lorsqu’elle était encore Yoko, mais la voici maintenant à la recherche de la reconnaissance des autres êtres humains, les « vrais ». Ce thème relativement nouveau dans la série s’avère en fait parfaitement amené par l’intrigue générale prédominant à Zalem. Dans Gunnm premier du nom, on apprenait le secret de Zalem : à 19 ans, les enfants passent à l’âge adulte et leur cerveau est remplacé par une puce. Dans Last Order, on découvre les conséquences de cette découverte, une fois révélée par Desty Nova au peuple de la cité céleste. Et ceci nous amène à un débat beaucoup plus complexe que la simple recherche d’humanité d’une cyborg : qui est plus humain ? Gally qui a encore un cerveau dans un corps de robot, ou des hommes faits de chair et de sang… mais sans cerveau ?

     

Le maître mot : évolution

Toujours plus haut. Voilà comment résumer en quelques mots l’aboutissement de Gunnm. Depuis la décharge, Gally a fini par atteindre la mystérieuse Zalem, la cité dans les nuages. Et une fois arrivée à cette étape (qui satisferait plus d’un surfacien, les habitants de la décharge), la voici avec un nouvel objectif en tête : Jeru, la station orbitale qui pourrait tout à fait n’être qu’une passerelle vers ses origines : Mars. Qui sait ? Concrètement, Last Order opère une grosse évolution par rapport à Gunnm. Evolution de la symbolique des thèmes généraux du manga, évolution des lieux explorés (fini la décharge, place à Zalem), mais aussi évolution de Gally que ce soit au niveau de son corps ou de son esprit. Avec le nouveau corps conféré par Desty Nova et baptisé « Imaginos », Gally dispose d’une pleine puissance, un potentiel destructeur qui dépasse l’entendement et bien sûr les forces de la cité céleste Zalem. Un choix contestable de Nova, surtout après avoir redonné à Gally toute sa mémoire. Y compris celle qui était jusqu’alors enfouie au plus profond d’elle même, libérant par la même occasion tous les secrets jusqu’alors à peine effleurés. Autant dire que beaucoup de points d’ombre du passé de Gally seront éclairés dans Last Order. Le manga commence d’ailleurs par un flashback des plus surprenant de l’enfance de la jeune cyborg, sur Mars.

Pour qu’une œuvre évolue, il est primordial que son auteur aussi franchisse une nouvelle étape. Yukito Kishiro a visiblement profité du recul qui lui était offert avec la fin prématurée de Gunnm pour renforcer sa réflexion et sa maîtrise de l’univers dans lequel il a fait cohabiter tant de personnages charismatiques. Gunnm Last Order apparaît comme plus poussé, plus précis et encore plus captivant que la première partie du manga. Question design, son style s’est également affiné et suivre les aventures mouvementées de l’Ange de la mort reste un régal planche après planche. Les traits s’avèrent plus délicats, plus fins et tout aussi aguicheurs. Sans atteindre une révolution, Last Order satisfera les inconditionnels de Gally et tous les amateurs de Sci-Fi nippone.

Kishiro : quand Sci-Fi rime avec poésie

Si ce n’est qu’avec Gunnm que Yukito Kishiro a rencontré en 1991 le succès phénoménal qu’on lui connaît maintenant, cela ne l’a pas empêché de dessiner de nombreux autres mangas auparavant. Comme la grande majorité de ses confrères, Kishiro fut découvert lors d’un concours de jeunes talents organisé par la Shôgakukan avec sa nouvelle Kikai. Ce n’est qu’après avoir fini ses études d’art qu’il décidera de se lancer pleinement dans l’activité de mangaka. S’en suivront quelques œuvres apportant toutes ou presque les bases de ce qui sera plus tard son chef d’œuvre : Gunnm. Parmi ses productions, on peut citer Bugbuster, Kaiyosei, Hito, Ashman, Aquaknight, Gunnm Gaiden (publiée à la fin de la 2e édition de Gunnm en France) et enfin le dernier Gunnm Last Order.

Paru dans Japan Mania #6 – Janvier/Février 2003

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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