Harlock Saga

« Le voilà, le voilà, Albator, Albator, le capitaine corsaire… Il revient, il revient, Albator, Albator, pour les enfants de la terre… » Si vous vous souvenez de cet air, c’est que vous êtes de cette génération qu’un certain capitaine au cœur d’or a marqué. Aujourd’hui il revient accompagné d’une musique qui vient elle aussi d’un autre temps, un opéra de Wagner.

Où tout a commencé…

Sur la planète Akrushion, la population semble avoir disparu. Emeraldas et Tôchiro s’y rendent pour enquêter, mais ne trouvent qu’une planète vide. Mime leur apparaît pour leur expliquer la cause de cette catastrophe. L’or du Rhin a été dérobé, et l’univers tout entier risque de disparaître. Emeraldas accompagnée de Tôchiro se rend alors sur la planète Rhin pour découvrir ce qui s’est passé. Mais ils ne parviendront pas à retrouver la trace du voleur. De retour à l’Arcadia, Emeraldas laisse la quête au capitaine du vaisseau. Mime explique que l’or ne peut être forgé que par une seule personne, un habitant de la terre, le Professeur Daiba. Hélas, arrivés sur terre, l’anneau a déjà été forgé par le fils du professeur, et donc la poursuite du voleur amène Harlock à se rendre dans le domaine des Dieux, Asgard.

     

Où le futur redécouvre le passé…

L’or du Rhin est avant tout un opéra qui date du XIXe siècle, écrit et composé par Richard Wagner, et il fait partie de l’opéra « l’anneau des Nibelung » qui est aussi connu sous le nom de tétralogie, puisque constitué de quatre éléments : l’Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried et le Crépuscule des Dieux. Wagner aura mis plus de 20 ans à composer cet opéra, et l’a achevé le 21 novembre 1874. L’or du Rhin fut créé à partir de poèmes et autres sagas scandinaves ainsi que de l’Eda (recueil de sagas très célèbres). Matsumoto quant à lui a voulu rendre hommage à cet opéra en créant un manga sur cette histoire, et en y intégrant son propre univers, Harlock, Emeraldas, et tous ses personnages désormais passés à la postérité répondent bien évidemment présent au rendez-vous. Au commencement, ce fut un manga en 8 volumes, entièrement édité chez Kana, dans lequel se retrouvaient déjà tous les héros des séries de Matsumoto. Puis vint l’animé, alliant ainsi les images du célèbre capitaine pirate et la musique du compositeur allemand.

Où quatre deviennent six…

Harlock saga est composé en six actes, qui essayent plus ou moins bien de reprendre la découpe du premier acte, « l’or du Rhin », de l’opéra originel qui, lui, était divisé en quatre actes. Le premier acte, le vol de l’anneau, est relativement fidèle à l’œuvre originale. Alberich vole l’or du Rhin à trois ondines, et Mime prévient les héros que le vol a eu lieu. Le plus grand changement entre les deux œuvres concerne le changement de statut des Dieux. Dans l’opéra, Wotan et Donner recherchent Alberich et tentent de lui soustraire l’anneau, tandis que dans Harlock saga, ces personnes ne sont autres que Tôchiro et Emeraldas, puis Harlock. Et les Dieux ne sont là que comme la représentation de l’ancien ordre universel et jouent le rôle des « méchants ». Mime change de sexe et de fonction entre les deux versions ; alors qu’au XIXe siècle il est le frère d’Alberich, et celui qui forge l’anneau, elle devient sous la direction de Matsumoto la joueuse d’orgue pilote de l’Arcadia, toujours sœur d’Alberich, mais ne forge pas l’anneau. Pour ce rôle, Matsumoto lui a préféré le jeune acolyte de Harlock, Tadashi Daiba. Un autre point sur lequel le maître mangaka a su faire preuve d’une grande adaptation, c’est l’utilisation des orgues. Dans les séries régulières de Harlock, Mime la pilote de l’Arcadia utilise un orgue. Dans cette œuvre, l’orgue a aussi son utilité puisqu’il remplace le principe des pommes d’or chargées d’apporter l’éternelle jeunesse aux Dieux. Dans la saga, l’orgue de Mime est en harmonie avec un autre orgue, celui de Freia qui se situe sur la planète des Dieux, et la résonance des deus orgues permet aux Dieux de ne pas vieillir.

     

Où l’on trouve de jolis DVD…

Au niveau de l’animation, rien à redire, elle est très fluide, et les combats de vaisseaux toujours aussi bien réalisés par Yoshio Takeuchi. Les voix des seiyu japonais et des doubleurs français rendent très bien l’ambiance, et on est vraiment content de retrouver Richard Darbois pour doubler notre capitaine au grand cœur. Niveau dessin, le chara design de Hideyuki Motohashi, même s’il rend hommage au maître, diffère sur quelques points, notamment au niveau des silhouettes de femmes. Matsumoto, dans ses manga ou ses animés, nous a toujours habitués à ce que les femmes soient très longilignes. Or là, les femmes sont grandes, mais ont surtout des formes bien plus généreuses que dans les travaux originaux. Au niveau mecha design de Toshiyuki Horii, on retrouve avec plaisir les deux vaisseaux rendus célèbres par leur capitaine, le Queen Emeraldas et l’Arcadia, et même si les effets 3D ne sont pas parfaits, ils s’intègrent plutôt bien à l’animé.

Les dessins se laissent porter par la musique tranquillement. Et c’est là que le bât blesse : où se trouve l’opéra de Wagner ? Et bien en fait vous le trouverez en deux mouvements seulement. Et le morceau le plus connu utilisé au moment des combats, « la chevauchée des walkyrie », ne fait même pas partie du prologue, « l’or du Rhin », mais appartient au deuxième acte de l’opéra, la Walkyrie. Bref, là où l’on pouvait s’attendre à écouter les morceaux d’un grand opéra, on n’obtient qu’une petite ébauche de musique, qui se fond très bien dans l’anime, voire qui disparaît. C’est vraiment dommage, heureusement on est un peu réveillé par le morceau choisi précédemment par Coppola pour son film Apocalypse Now.

     

Niveau packaging, Beez a vraiment fait dans l’édition collector telle qu’on l’imagine. A la fois simple et pleine de bonnes idées. Plutôt que d’avoir le bonus habituel sur le DVD d’images fixes sur fond musical, les images prennent la forme de cartes et accompagne un livret explicatif très bien fait. Seul petit reproche, mais vraiment des moindres, est qu’on aurait pu avoir des chapitres à l’intérieur des actes. Vraiment Beez nous offre là une belle édition.

Harlock Saga est une bonne série que je ne vous conseillerais que trop, si vous appréciez la musique, et que vous désirez approfondir vos connaissances dans le domaine de l’opéra tout en ayant une approche futuriste grâce au plus célèbre des pirates. Sinon, il ne vous reste plus qu’à vous procurer les disques et à les écouter en boucle en lisant le manga.

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