Higanjima

Vous n’avez jamais remarqué qu’au Japon plus qu’ailleurs se déroule une quantité astronomique de phénomènes hors du commun ?! Combien de fois ce petit pays a-t-il été désigné pour accueillir les invasions d’extraterrestres de tout ordre ? Combien de fois est-il devenu le théâtre de guerres dont le moindre acteur s’avère capable de détruire la planète entière ? Pourtant, il semblerait qu’on ait tout de même oublié de parler d’une petite île. Il s’agit d’Higanjima, sur laquelle une bande d’ados ordinaires s’apprête à connaître un véritable enfer…

L’île aux vampires

Aki Miyamoto est un lycéen tout ce qu’il y a de plus banal. De caractère craintif, il évite le plus possible les conflits et préfère se réfugier dans l’invention de récits fantastiques qu’il se complaît à raconter lors de soirées entre amis. Sa grande timidité l’empêche même de déclarer sa flamme à la belle Yuki, qui, du coup, s’est entichée de son meilleur ami Ken. Pour couronner le tout, ses parents le traitent comme un incapable et ne cessent de le comparer à son frère Atsushi, un garçon très brillant porté disparu depuis près de deux ans maintenant.

     

Mais toute sa « misérable » existence bascule lorsqu’il fait la connaissance de Rei Aoyama, une jeune femme aussi belle que mystérieuse. Peu après leur rencontre des plus surréaliste, les événements étranges vont s’enchaîner au rythme des apparitions d’un individu qui ressemble fort à un… vampire !? Cela le conduira, en compagnie de ses meilleurs amis, jusque sur la petite île d’Higanjima, dont les monstres suceurs de sang semblent avoir pris le contrôle. Alors que son quotidien sombre dans l’horreur et que la survie de son groupe devient sa principale préoccupation, Aki va peu à peu se demander si sa rencontre avec Rei était vraiment accidentelle, et si leur venue sur l’île n’était pas préméditée… Peut-être ont-ils été désignés pour servir de casse-croûte 3 étoiles aux habitants…

La vie est une jungle !

C’est un peu ce qu’a dû penser Aki en mettant les pieds dans le repère des vampires d’Higanjima. Sauf qu’ici, les prédateurs, en plus d’être trois fois plus forts qu’un humain normal, se révèlent très intelligents et, pire encore, sans pitié. En effet, leur cruauté n’a d’égale que leur soif de sang, d’autant que ces créatures mettent un point d’honneur à assouvir leurs besoins les plus primaires. D’ailleurs, les pages du manga véhiculent parfaitement cette bestialité à travers les diverses thématiques abordées, et surtout grâce à la manière dont elles sont mises en scène. Il n’est pas rare de trouver une quantité abusive de corps ensanglantés sur la majorité des planches, tout comme quelques femmes nues que les vampires n’hésitent pas à souiller. Higanjima regorge d’images ultra gores capables de choquer les âmes les plus sensibles ; vous êtes prévenus.

     

Ceci dit, cette violence visuelle est nécessaire pour retranscrire la noirceur des desseins de ces monstres, ainsi que l’atmosphère malsaine qui règne sur l’île. Et ce, afin d’immerger totalement le lecteur en l’étouffant littéralement par un sentiment constant d’impuissance. Ce dernier est tout particulièrement appuyé par le relâchement de tous les muscles du corps lorsqu’une personne se fait sucer le sang. Cela se traduit par l’impossibilité de bouger ou de contrôler les pertes de fluides corporels. Les victimes sont alors complètement à la merci de leur agresseur, à tel point que le lecteur ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié pour le pauvre bougre qui, en plus de ne pas briller de par sa position délicate, se ridiculise jusqu’à mouiller son pantalon. Mais le plus choquant reste sans conteste la sensation de plaisir ressentie par la proie lors de l’aspiration de son hémoglobine. Aussi, les vampires profitent souvent de leur position de force lorsqu’ils s’en prennent à une femme pour commettre un viol qui, finalement, n’en est pas vraiment un !

La quête de vengeance

Comment ne pas vouer une haine farouche envers ces monstres sans vergogne après avoir assisté à de tels actes de barbarie ? On comprend donc aisément ce que peuvent endurer Aki et ses compères d’infortune, prisonniers sur cette île, et la raison pour laquelle ils tiennent absolument à exterminer la race des vampires malgré le contexte plus que périlleux. En effet, non seulement ces êtres demeurent nettement plus puissants qu’un homme lambda dans leur forme originale, mais ils ont aussi la possibilité d’évoluer pour se transformer en créatures gigantesques en fonction de certains paramètres. On découvre donc petit à petit un bestiaire assez ahurissant, qui ne va pas faciliter la vengeance de notre bande de têtes brûlées…

     

Ainsi, autant les premiers volumes s’avèrent frustrants à cause du manque de charisme des protagonistes principaux, autant les suivants se révèlent de plus en plus jouissifs au fur et à mesure qu’ils prennent de l’assurance et tailladent du vampire à foison. Et pour cause, Higanjima dépeint l’une des plus formidables évolutions de personnalité que l’on ait connu pour un personnage de manga. Les multiples expériences dramatiques que subit Aki (parmi lesquelles figure la perte de ses proches) vont à terme porter leurs fruits pour faire de lui un homme courageux et intrépide. S’en suivra une flopée de superbes combats au sabre contre des ennemis extraordinairement costauds, sources de frissons de satisfaction alors qu’on admire notre guerrier relâcher pour nous toute la rancœur accumulée au fil des tomes à grands coups de katana…

Un design adapté

Pour peaufiner son ambiance oppressante, Higanjima jouit d’un visuel idéalement adapté. Loin des standards auxquels nous sommes habitués – j’entends par là les personnages aux grands yeux, mignons, etc. – le dessin de Koji Matsumoto s’oriente plutôt dans un style noir, aux traits agressifs et parfois même brouillons. Les protagonistes ne sont pas « beaux », mais disposent néanmoins d’un charme mystérieux qui les rend somme toute attachants. Quant aux vampires et autres monstres hideux, on peut dire qu’ils en jettent sérieusement. L’auteur excelle dans la genèse de créatures bizarroïdes aux visages déformés, qui correspondent à merveille à l’univers morbide du manga. Si l’on ajoute à cela une édition de Soleil encore une fois exempte de reproche, servie notamment avec une belle jaquette noire glacée, on obtient un ouvrage indispensable pour tout fan de seinen d’horreur qui se respecte !

Higanjima est violent, dérangeant, oppressant, mais c’est justement ce qui le rend si délicieusement génial. Son intrigue sombre et passionnante aura vite fait de séduire les amateurs d’horreur, tout comme son atmosphère malsaine à souhait. Il s’agit sans aucun doute de l’un des meilleurs seinen du moment, mais bien entendu, il faut avoir le cœur bien accroché pour parvenir à tenir la distance !

X-Fab

X-Fab est ainsi surnommé car il a passé de longues années au département des affaires non classées du FBI, en compagnie de Mulder et Scully… en tant que pièce à conviction. Persuadé d’avoir été enlevé par des ET, et clamant haut et fort qu’ils l’ont torturé en lui passant la musique de Tetris en boucle durant des semaines, il sait qu’il est différent des autres. Il prétend que son contact avec des entités paranormales lui a alloué des pouvoirs surhumains : ses pouces seraient cent fois plus rapides et puissants que ceux du commun des mortels. En quête de pouvoir, il réunit une équipe d’exception sur WebOtaku afin de convertir l’humanité à la cause des loisirs geek. Ses spécialités : le RPG, le Survival-Horror, l’action-aventure, la baston, les jeux musicaux, et les cernes sous les yeux.

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