Higurashi, le village maudit

Higurashi est une série peu commune mêlant bain de sang et innocence. Elle nous plonge dans une petite ville tranquille où les enfants sont mignons comme tout. Mais derrière ce côté kawai se terre un(e) serial killer sanguinaire. Qui se cache derrière ces meurtres effrayants ? Quel est le sens réel du festival Watanagashi à Hinamizawa, “le village des démons » ? Tant de questions laissées en suspend.

Un village maudit…

Keiichi Maebara est transféré dans une école située à Hinamizawa, un petit village isolé du Japon. Sa nouvelle vie commence plutôt bien avec ses quatre nouvelles camarades de classe, Rena, Mion, Satoko et Rika qui l’acceptent tout de suite dans leur club de jeux de société. Mais tout devient de plus en plus obscur au fur et à mesure que Keiichi apprend l’histoire du village. Il y a quatre ans, les villageois se sont réunis pour empêcher la construction d’un barrage qui aurait détruit le village entier. Et le conflit se serait terminé par un meurtre et une disparition mystérieuse, qui maintenant se reproduiraient chaque année à la même date à cause d’une malédiction. Keiichi découvre alors que ses quatre nouvelles amies ne seraient peut-être pas aussi innocentes qu’elles le prétendent…

   

… et des meurtres qui se répètent

Dans cette première saison, on assiste au lent plongeon de Keiichi dans la paranoïa alors que l’ambiance mignonnette laisse place petit à petit à un ton plus dérangeant, pour ne pas dire effrayant. Cela dit, outre son atmosphère délicieusement macabre, c’est sans aucun doute sa narration des plus originale qui suscite en nous un intérêt hors normes pour cette série. Pour bien comprendre toute la complexité du scénario de Higurashi, il faut savoir que celui-ci se divise en huit chapitres principaux et que la chronologie des épisodes constitue une boucle infinie. Comprenez par là que lorsque la fatale tragédie a lieu, l’histoire recommence au point de départ lors d’un nouveau chapitre. On dispose ainsi d’une multitude d’histoires parallèles et il faut s’accrocher pour ne pas se perdre parmi toutes ces réalités alternatives. Chaque chapitre garde ainsi les mêmes protagonistes tout en apportant une vision différente des faits. En effet, leurs épilogues sanglants suivent chacun un chemin différent tout en apportant des éclaircissements et de nouveaux éléments sur l’intrigue globale. Ne vous étonnez donc pas de ne pas tout comprendre lors du premier « recommencement »… A noter que toutes les réponses à nos questions se trouvent dans la deuxième saison en cours de diffusion au Japon.

Une équipe de (serial) killers

A l’origine, Higurashi est une série de dôjin games éditée par 07th Expansion sur PC (2002-2006) et PS2 (décembre 2006). L’adaptation en série animée a été confiée au studio Deen et produite par Geneon Entertainment. On trouve Chiaki Kon à la réalisation et Kenji Kawai en tant que compositeur. L’anime fut diffusé au Japon d’avril à septembre 2006 et compte 26 épisodes au total. Face au succès de cette œuvre, une seconde saison de 24 épisodes intitulée «Higurashi no naku koro ni kai» est diffusée depuis le 9 juillet dernier sur la chaîne japonaise TV Saitama. Une adaptation live a été annoncée durant cet été sur le site officiel de 07th Expansion. Le film, dont la réalisation a été confiée à Ataru Oikawa, est prévu dans les salles obscures nippones pour début 2008.

Kyuuta Sakai, le character design, participe beaucoup à créer cette atmosphère à la fois allègre et inquiétante. Au départ, il présente des héroïnes aux traits joliment ronds et gais. Puis, selon les circonstances, leurs traits deviennent plus fins et leurs expressions faciales se figent en laissant place à un visage froid comme si elles étaient sous l’emprise d’un esprit démoniaque. Un autre élément renforce cette impression : la bande son envoûtante de Kenji Kawai. L’opening « Higurashi no Naku Koro ni » chanté par Eiko Shimamiya, est un véritable petit chef d’oeuvre, à la fois mystique et entraînant. L’ending « Why, or Why Not?« , chanté par Rekka Katakiri, s’avère quant à lui plus mélancolique mais non moins ensorcelant.

   

Des personnages complexes

Dans l’univers de Higurashi, on dénote six personnages récurrents, sur lesquels repose tout l’intérêt de la série. Le protagoniste principal, Keiichi Maebara, vient tout juste d’emménager dans ce petit village de 2000 habitants. Comme il n’existe qu’une école unique, il se lie très facilement d’amitié avec Rena Ryuuguu, Mion Sonozaki, Satoko Houjou et Rika Furude. Bien qu’ayant le même âge que notre héros, Rena possède un caractère légèrement puéril. En effet, elle ressemble à première vue à la nunuche de service. Cependant, cela ne l’empêche pas de très vite se rapprocher de Keiichi. Son signe distinctif réside dans son amour démesuré envers les choses dites « kawai ». Elle va même jusqu’à s’aventurer régulièrement dans la décharge en quête de nouvelles babioles, en entraînant bien évidement notre héros. Mion est avant tout l’amie de Rena, puis son cercle d’amis s’agrandit à l’arrivée de Keiichi puisqu’ils font tous les trois partie de la classe supérieure. Son caractère de meneuse lui octroie la place de présidente du club de jeux de société. Cependant, derrière ses airs de garçon manqué se cache une jeune femme délicate.

Ensuite, on compte dans leur club deux autres membres issues de la classe inférieure : Rika et Satoko. Cette dernière tente de se distinguer des autres en utilisant un langage soutenu, mais qui s’avère très maladroit à ses dépends. Sa personnalité espiègle dissimule un passé tragique. En effet, son frère, Satoshi, a disparu sans laisser de trace depuis un an et ses parents sont morts dans un accident. Depuis, elle passe la majeure partie de son temps avec sa meilleure amie Rika. Celle-ci est considérée comme l’héritière du temple Shinto du village, et assure la fonction de Miko (prêtresse) pendant le festival de Watanagashi. De caractère calme et réfléchi, elle apaise souvent notre groupe d’ami et malgré son jeune âge , elle tient parfois des propos d’une rare sagesse. Outre ces personnages, on constate l’apparition de Kuraudo Ôishi, un policier qui enquête sur les mystérieux meurtres et disparitions qui sévissent dans Hinamizawa. Il prend contact avec Keiichi pour lui faire part de son hypothèse sur ces tragiques évènements. Face aux révélations de l’inspecteur Ôishi concernant la malédiction qui sévie sur la bourgade, le jeune homme sombre lentement dans la folie et se renferme peu à peu sur lui-même.

   

On dispose ainsi d’une palette d’histoires intimes très riches. Car leur paisible quotidien et leurs beaux sourires dissimulent pour chaque protagoniste un passé douloureux ; le divorce des parents de Rena, les actes de violence envers Keiichi dans son ancien lycée, le premier amour malheureux de Shion, la perte de sa famille et les actes de maltraitance envers Satoko. Aussi, tout ce petit monde possède une force de caractère propre à chacun. On les voit évoluer entre une vie des plus banales et une schizophrénie passagère, qui n’est pas sans nous rappeler les romans de Stephen King. Le développement de leur psychologie contribue grandement à nous immerger dans l’histoire et à s’attacher aux personnages. Toutefois, mis à part l’hémoglobine amplement mise en avant dans l’anime, on remarque certaines valeurs elles aussi très bien dépeintes, telles que l’amitié et la confiance. La nature humaine y est donc retranscrite de façon très singulière, à la fois pleine de candeur et de folie.

Cette série allie à la perfection humour, horreur et mystère, en occultant volontairement le plus de détails possible au sujet de l’intrigue. Aussi, en attendant la seconde saison, libre à nous de remplir à notre guise toutes les cases manquantes de la grille des secrets de ce mystérieux village grâce aux indices présents dans le scénario. Ses côtés adulte et atypique en font l’une des oeuvres les plus passionnantes de l’année.

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