Kaiba

Il est toujours difficile de parler d’une œuvre qui s’est avéré être un véritable coup de cœur. Tous les superlatifs ont été trop utilisés dans le monde de l’art au sens large : sport, littérature, cinéma ou musique. C’est avec cette difficulté en tête que Webotaku vous propose de découvrir Kaiba, la petite perle du studio Madhouse.

L’histoire d’une odyssée grandiose

L’histoire débute lors du réveil du personnage principal. Kaiba se lève dans un corps étrange, avec un trou dans la poitrine et un symbole énigmatique tatoué sur le ventre. Il est surpris de cette apparence atypique car il a complètement perdu la mémoire. Son seul lien vers son passé est un pendentif sur lequel apparaît une photo d’une jeune fille. Mais Kaiba n’a pas le temps de se poser de questions : il est soudainement attaqué par d’étranges créatures, qui aspirent et enlèvent aux gens la puce qui leur fait office de cerveau, laissant des corps inanimés derrière elles.

Poursuivi, il ne doit son salut qu’à l’aide de Popo. Ce jeune garçon explique à Kaiba que le monde est gouverné par les gens de la ville haute, qui disposent de toutes les richesses. Ils ont le pouvoir de retirer les souvenirs d’un corps, afin d’y transposer leur propre mémoire et ainsi devenir immortel et changer d’apparence à volonté. Ils ont également le pouvoir de modifier leurs propres souvenirs, ainsi que ceux des gens. Ces possibilités ne sont offertes qu’à ceux qui ont les moyens de financer ce trafic onéreux.

À la recherche de son passé, Kaiba est emmené par Popo sur la ville haute. Un riche collectionneur le remarque et tente de s’emparer de son corps. Il semble particulièrement attiré par le mystérieux symbole tatoué sur le ventre de Kaiba. Pour le sauver, Popo fait monter le jeune amnésique sur un vaisseau spatial dans lequel il devra se faire appeler Warp. Ainsi débute la grande odyssée de Kaiba, à la recherche de son identité et de la jeune fille dont il porte la photo en pendentif.

   

Savourez cet anime à l’apparence atypique

Dans une société où l’apparence prime sur tout le reste, nul doute que Kaiba détonne. On ne peut que remarquer le design très spécial qui entoure cette série. Le dessin est loin de ce dont nous sommes habitués avec nos amis nippons : on a vraiment du mal à qualifier cet aspect étrange… Certaines scènes semblent être dessinées par des enfants ! En effet, le trait est appuyé et les personnages ont des apparences plus que déjantées. Cependant, cet aspect original contribue sans conteste au charme indéniable de la série. Cela permet d’aborder de façon édulcorée des thèmes lourds comme l’identité, l’amour, le sexe, l’ambition, la trahison ou la mort. On rentre beaucoup dans la suggestion, ce qui est appréciable dans la mesure où on fait marcher notre imaginaire. De plus, ce design se marie parfaitement avec l’animation. On ne peut que louer l’admirable travail du studio Madhouse, qui joue à merveille avec les différents angles de vue. Sans être cinéaste averti, on ne peut qu’apprécier l’animation. La succession d’images est dynamique lors des scènes d’action, tout en conservant cet aspect si particulier et charmant. En clair, c’est un véritable régal pour les yeux !

Plongez dans un univers riche et captivant

L’auteur Masaaki Yuasa fait voyager Kaiba au sein de plusieurs planètes toutes plus loufoques les unes que les autres. On peut ainsi voir le héros évoluer au sein de décors toujours plus singuliers. De plus, les personnages ont tous des têtes particulières, on ne risque pas de les confondre. Le dessinateur s’en est donné à cœur joie, et a laissé parler son imagination. Il n’a posé que peu de barrière à son génie créatif, ce qui donne un panel de personnages originaux. On est loin de voir des similitudes avec d’autres séries.

Autre avantage de taille : on ne sait jamais ce qui va arriver. Chaque planète étant différente, chaque habitant ayant un passé qui lui est propre, le périple de Kaiba est une multitude de rencontres imprévisibles. La seule certitude est d’assister à des scènes émouvantes !

   

Une réflexion profonde, une critique indirecte de notre société

Un homme se construit à travers sa mémoire, ses expériences, ce qu’il a su tiré de son passé. C’est là toute la cruauté du monde de Kaiba : on peut perdre tout ce qui nous rend unique du jour au lendemain. Et cela peut s’appliquer aux gens qui nous entourent. La série nous plonge dans une grande réflexion. La majeure partie qui fait un être n’est pas son corps, mais avant tout sa mémoire, son âme… Mais est-ce suffisant ?

Kaiba va lui-même changer plusieurs fois de corps. Mais il reste attachant, non pas pour son apparence, mais bien pour son humanité, sa mémoire. Cependant, reste-t-il complètement lui-même ? N’a-t-il pas une façon de penser qui évolue en fonction de son corps (fille, garçon) ? Au final, on peut en déduire que l’auteur veut nous dire que l’identité vient de la combinaison du corps et de l’esprit.

Ces questions graves ont heureusement moins lieu d’être dans notre monde, qui n’est pas celui de la série. Mais Masaaki Yuasa a peut-être voulu faire passer un message. Les nombreuses personnes à la recherche de la jeunesse éternelle, prêtes à dépenser des sommes astronomiques, seraient comblées dans l’univers de Kaiba ! Imaginez le prix que prendraient certains corps, et le nombre de ceux qui, vieux et usés, seraient sans âme… Et que dire des associations (pas forcément politiques) qui usent de propagande, ou même des entreprises qui recourent au marketing : la vie ne serait-elle pas plus simple si on pouvait manipuler la mémoire des gens, et leur faire aimer les choses ?

  

Un scénario à rebondissement, une belle histoire d’amour

Un autre point fort de Kaiba est son scénario, imprévisible, émouvant et, n’ayons pas peur des mots, sublime. S’il était évident depuis le début que le passé oublié était lourd d’histoire et que Kaiba ne se doutait pas de sa propre importance, qui aurait pu prédire un tel scénario, de tels retournements de situation ? Outre les surprises qu’on découvre autour du pouvoir en place, le passé de Kaiba comporte une histoire d’amour qui saura plaire à tous. Certains disent que les plus belles histoires d’amour doivent être tragiques. Nul doute que Kaiba saura combler les adeptes des amours impossibles, avec une version animée de Roméo et Juliette plus que réussie, où nous ne verrons qu’à la fin si le complot et la manipulation auront été plus forts que l’amour avec un grand A.

 

Cette série peut-elle plaire au grand public ?

Poser cette question revient déjà à y répondre. Kaiba n’est pas destiné à tout le monde. On ne retrouve pas tous les ingrédients qui font le succès habituel d’un manga. Le design si particulier, qui fait la force de la série, aura rendu réticent les fans de shônen. Le scénario compliqué sera venu à bout des moins de 20 ans. Car soyons explicites : contrairement à beaucoup d’œuvres, on ne sait parfois pas où veut en venir l’auteur avant la fin de l’épisode, on se demande même parfois si on a bien compris tel ou tel passage. Les nombreuses questions d’éthique soulevées sont profondes, et peu habituelles dans le monde du manga.

Le public averti, qui aura fait l’effort de suivre jusqu’au bout, sera tombé sous le charme du graphisme de la série, et sera émerveillé par la complexité, la finesse et la beauté du scénario. Une série peu accessible, où on réfléchit plus que devant un animé lambda, certes, mais un chef d’œuvre incomparable avant tout.

Si vous êtes intrigué par cette série, dont l’article ici présent aura tant chanté les louanges, n’hésitez plus. Les 12 épisodes de Kaiba sauront à coup sûr vous porter dans un autre univers, pour peu que vous soyez prêt à regarder une œuvre qui diffère complètement de ce dont nous sommes habitués. Un coup de cœur que nous vous incitons à découvrir !

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