Kaikan Phrase

Considérée comme la grande prêtresse du shôjo manga sulfureux au Japon, Mayu Shinjo est encore peu connue en France, si ce n’est de quelques aficionados de son oeuvre. Très attendue par certains, ce sont tout d’abord les éditions Akiko qui firent des heureux en publiant Love Celeb, et c’est désormais Pika qui édite à son tour la série qui la rendit célèbre : Kaikan Phrase.

Parole parole

Aïné est une jeune lycéenne sans histoire qui rêve d’être parolière. Poussée par ses amis, elle s’est inscrite à un concours pour lequel elle écrit la chanson « Fallen Angel ». En apportant la chanson au siège de la société organisatrice du concours, elle est renversée par une luxueuse voiture. Un homme magnifique en sort afin de s’assurer qu’elle n’a rien et pour se faire pardonner lui offre un pass « all access » pour le concert de l’un des plus grand groupe de rock actuel : j’ai nommé Lucifer. Totalement éberluée et muette d’admiration devant la beauté du jeune homme, Aïné en oublie les feuillets sur lesquels sont écrites les paroles de sa chanson.

 

Elle se rend alors au fameux concert et n’en croit pas ses yeux lorsque, sur scène, elle découvre le superbe étranger de la voiture. Il n’est autre que Sakuya, le célèbrissime chanteur de Lucifer. Mais Aïné n’est pas au bout de ses surprises, puisque Sakuya entame les premières syllabe de « Fallen Angel », SA chanson…

Aïné retrouve Sakuya dans les coulisses après le show et celui-ci lui annonce une nouvelle des plus hallucinantes : il veut qu’elle devienne la parolière attitrée du groupe. Mais à une seule condition : qu’elle n’écrive que des chansons à consonance érotique ! La douce et effacée Aïné va alors plonger dans le monde démoniaque du show-business…et dans les bras du trop sexy Sakuya.

  

La souris couchera-t-elle avec le chat ?

Ce qui fait tout le piment de l’histoire de Kaikan Phrase c’est le jeu du chat et de la souris que se livrent ses deux protagonistes principaux. En effet, Sakuya voit en Aïné une parolière d’exception pour tout ce qui touche du domaine des chansons érotiques… parce qu’elle est vierge. Ainsi son inexpérience fait vivre ses fantasmes et écrire des textes de chansons extrêmement suggestifs et osés. Quant à Aïné, elle voit en Sakuya l’homme de ses rêves et se sert de ses sentiments naissants à son égard pour y puiser l’inspiration et écrire ses textes.

Mais la jeune fille inexpérimentée pense qu’elle n’est rien d’autre qu’une muse pour le sublime chanteur, persuadée qu’il ne la regardera jamais comme une vraie femme. Or c’est là que l’ambivalence de l’histoire se tient, car bien que Sakuya n’a pas l’intention de passer une nuit avec Aïné afin de conserver sa parolière de génie, il va commencer à tomber sous le charme naïf et tout en ingénuité de la jeune fille. Il va ainsi se mettre à la draguer ouvertement tout en protégeant rageusement sa virginité, si précieuse pour son imagination fertile.

  

Mais voilà, parfois les sentiments sont plus forts que tout et l’inévitable ne peut que se produire. Et c’est en cela que l’intrigue se transforme au fil des volumes. Les scènes sulfureuses entre nos deux protagonistes principaux sont légions et remplissent les pages de dessins plus osés les uns que les autres, mais sans que le principal ne soit jamais dévoilé. L’auteur laisse une très grande place au fantasme du lecteur (ou devrais-je dire de la lectrice) de manière à ce que l’imagination s’emballe. La perversité est le maître mot de l’auteur qui s’est justement rendue célèbre grâce à ses oeuvres pleines de sous-entendus érotiques. Ne sautant jamais le pas, elle reste néanmoins à la lisière du politiquement correct et le scénario est tellement bien construit que l’on en vient à attendre la moindre petite scène « chaude » entre nos deux héros.

C’est l’histoire d’une première fois…

La trame de fond de Kaikan Phrase est donc le monde de la musique et du show-business, monde sulfureux et trompeur par excellence. Mais contre toute attente, nos deux héros ne vont pas trop tarder à se mettre réellement ensemble et l’on va alors assister aux embûches que les ennemis de Sakuya ne vont pas manquer de mettre sur leur route. Le chemin de l’amour est difficile, ce qui est parfaitement incarné par les différents obstacles auxquels Aïné et son beau chanteur vont devoir faire face. Malheureusement, ces difficultés vont finir par devenir redondantes dans l’histoire, qui ne va plus tourner qu’autour de cela, ce qui peut parfois agacer le lecteur, les histoires se ressemblant significativement au final. On se demande alors, comment l’auteur va réussir à nous tenir en haleine pendant 17 tomes d’intrigues parfois réellement abracadabrantes…

  

Mais avec un découpage très dynamique et faisant la part belle aux gros plans sur les visages ou les regards des personnages, Mayu Shinjo sait parfaitement captiver le lecteur qui ne décolle plus avant la dernière page de chaque volume. Le seul petit reproche que l’on pourrait faire à ce titre est sans conteste le dessin qui accuse son âge (le premier tome fut publié en 1997 chez Shogakukan) et paraît vraiment vieillot si on le compare à des oeuvres plus récentes de l’auteur comme Love Celeb, dont le graphisme touche à la perfection. Ici au contraire, on sent l’œuvre de jeunesse, avec un trait encore parfois hésitant et inabouti. Mais cela s’oublie rapidement tant Mayu Shinjo possédait déjà l’art du « bogoss » à la perfection. Chacun de ses protagonistes masculins est d’une beauté renversante, à commencer par le divin Sakuya, qui va faire se pâmer plus d’une lectrice.

Mayu Shinjo s’est fait connaître en 1995 avec Taboo ni daite, sa première publication. Puis elle enchaîna avec plusieurs titres tous composés de un ou deux volumes. Kaikan Phrase est sa première oeuvre de longue haleine, puisqu’il compte au final 17 tomes. Il s’agit également de la série l’ayant fait connaître du grand public et grâce à laquelle elle devint ce qu’elle est aujourd’hui : la reine incontestée du josei manga sulfureux, empreint d’une grande dose de perversité. Elle ne s’arrêtera plus après ce titre et surfera sur la vague de « l’érotique pas vraiment érotique » dans de nombreuses autres séries, parmi lesquelles nous pouvons bien sur citer Love Celeb, Haou Airen, Ai o utau ore ni oboreru et enfin son dernier titre en date Sex = Love 2.

 

Kaikan Phrase, s’il n’est pas parfait et dénote de l’extrême jeunesse de son auteur au moment de sa création, n’en reste pas moins un titre incontournable pour tout amateur de josei qui se respecte et surtout l’un des seuls titres de ce style disponible en français. Les japonaises l’ont hissé au rang d’œuvre culte, gageons que les françaises en fassent rapidement de même !

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