La cité interdite

Après Seven Swords de Tsui Hark peu apprécié en France malgré ses qualités et Wu Ji, la légende des cavaliers du vent aussi fade que démesuré, il était légitime de penser que le Wu Xia Pian (film de cape et d’épée chinois) n’allait pas fort sur l’hexagone. Mais c’était sans compter sur le talent de Zhang Yimou, qui décidément maîtrise parfaitement son sujet. Explications.

Rien ne va plus au palais

Chine, année 928, dynastie Tang. Tout commence par un matin comme les autres, vers 3h, heure à laquelle les centaines de servants et servantes s’affairent pour se préparer en vue de servir les moindres désirs de la famille royale. C’est aujourd’hui qu’arrive le roi, et tout doit être en ordre pour son retour. La reine prend ses remèdes à heures fixes, continue de broder des chrysanthèmes, ses fils se préparent à accueillir leur père et les complots retournent dans l’ombre de leurs maîtres. Bref la vie suit son cours pour les souverains, qui continuent de nager dans l’opulence, pour mieux se poignarder dans le dos. Seulement cette fois-ci, à l’approche d’une fête très importante, la reine décide de ne plus faire l’autruche, et prend les devants pour montrer au grand jour la folie de son époux. Car derrière ce sérieux et cette rigueur si parfaite, se cache un terrible secret, du genre que l’on a peur de dire à voix haute, qui va briser des cœurs, et entraîner bien des affrontements…

     

La démesure d’un homme

Plus la peine de présenter Zhang Yimou, grand réalisateur/acteur/producteur chinois, à qui l’on doit quelques chefs d’œuvre du Wu Xia Pian tel que Hero, avec Jet Li et Donnie Yen, ou encore Le Secret des Poignards Volants, avec Takeshi Kaneshiro et Zhang Ziyi. Comme vous le voyez, le monsieur n’en est pas à son premier essai en la matière, il connaît donc toutes les ficelles du genre : tant au niveau de l’esthétisme – un sens particulièrement développé chez lui – que pour la mise en scène et le dosage entre action et émotion. Alors en plus quand on lui met entre les mains un budget de 45 millions de dollars (le plus grand jamais vu en Chine), Zhang Yimou s’en donne à cœur joie pour nous servir des séquences grandioses où des milliers de figurants donnent vie à la fameuse Cité Interdite, retranscrivant de manière personnelle, mais tout à fait cohérente, le faste et la démesure des dynasties chinoises de cette époque. A l’image de la couleur dorée, omniprésente dans les décors, ou encore des centaines de servants s’affairant à décorer TOUT le palais pour la cérémonie. Les scènes de combats, un poil en retrait par rapport au reste, bénéficient tout de même d’un soin particulier, avec des chorégraphies travaillées et un rythme dynamique, juste ce qu’il faut pour nous tenir en haleine.

     

La force de l’interprétation

Le film ne se résume bien évidemment pas à une débauche de costumes et de décors tous aussi beaux les uns que les autres, sinon il lui manquerait le principal : une âme. De ce côté-là, Yimou s’en sort un peu moins bien. Le scénario, basé principalement sur le complot visant à renverser le roi, s’enlise bien vite dans un secret de famille certes tragique et diablement bien amené, mais d’une complexité dérangeante qui au final a bien du mal à se résoudre. Il faut dire que le bonhomme aime ce genre de choses, vu le scénario du Secret des Poignards Volants ou de Hero. Heureusement que les acteurs sont là pour rattraper la donne. Chow Yun-Fat (Tigre et Dragon, The Killer) impressionne en souverain mégalo, cruel et sadique, et Gong Li (2046, Mémoires d’une Geisha) nous offre l’interprétation magistrale d’une reine accablée par le poids d’un secret, qui se résigne à faire le plus grand des sacrifices, en luttant jusqu’à la fin. Ce personnage est de loin le plus intéressant à suivre, tant sa détermination et son intégrité impressionnent, appuyés par le jeu d’actrice de Gong Li, dirigée pour la cinquième fois par son réalisateur de mari. C’est plus facile de rendre une femme belle quand on l’aime à la base !

     

Fresque démesurée aux allures de drame familial, La Cité Interdite nous prouve que le cinéma chinois en a encore dans le ventre. Dirigé d’une main de maître par un Zhang Yimou que plus rien ne semble arrêter, ce film vous fera passer un très bon moment, surtout si l’on vient y chercher de la beauté visuelle et un jeu d’acteur magistral, au détriment d’une action un poil en retrait mais toujours agréable. A vous de voir ce que vous préférez !

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