Lain

Quand le spectateur ne comprend pas une série, il la laisse de côté. Cette démarche peut lui empêcher de s’ouvrir à des œuvres intéressantes, qui cassent tous les codes auxquels nous sommes habitués. Serial Experiments Lain fait indubitablement partie de cette catégorie à part. Prenez place et préparez-vous à découvrir un ovni dans le paysage de la japanimation.

Des événements difficiles à expliquer…

Les élèves du lycée de Lain sont en état de choc. Une de leurs camarades de classe, Chisa Yomoda, a mis fin à ses jours de manière brutale et spectaculaire, en sautant du toit d’un immeuble de la ville. Cependant, un événement étrange et inexplicable surpasse l’aspect tragique du suicide de la jeune fille, et plonge les élèves dans la stupeur : chacun reçoit un e-mail de la jeune décédée ! Lain, lycéenne solitaire et introvertie, souhaite se pencher sur de ce phénomène étrange. Elle demande donc à son père de lui acheter un ordinateur dernier cri, afin de découvrir ce monde mystérieux qu’est le « Wired », sorte d’internet nouvelle génération.

   

Alors que Lain commence à s’ouvrir aux autres et à se faire des amis, de nombreux hasards ont lieu de façon inattendue et inexplicable. En effet, bon nombre de personnes reconnaissent Lain, alors que la jeune fille certifie ignorer jusqu’à leur existence ! Pourtant, tous sont formels : ils ont rencontré Lain sur le « Wired »…

Un scénario complet et complexe

« Le sage ne rencontre pas de difficultés. Car il vit dans la conscience des difficultés. Et donc il n’en souffre pas ». Plus facile à dire pour Lao-Tseu, le fondateur du taoïsme, que pour un spectateur lambda. On a énormément de mal à saisir la portée des nombreux messages délivrées. L’effort de concentration demandée fatigue énormément le spectateur, dont l’attention a une fâcheuse tendance à flancher tout au long de l’épisode… qui ne dure pourtant que 25 minutes. Le principal danger devient alors de manquer des éléments subtils et de perdre le fil, puis, de voir son intérêt pour la série s’estomper.

   

Si nous insistons sur cette difficulté d’accès, marque de fabrique de la série, c’est bien pour vous prévenir de ce qui vous attend, et pour vous inciter à passer outre cet obstacle. Dans notre société où les zappeurs règnent, il serait dommage de passer à côté d’une série si atypique et intéressante. On a tendance à éviter l’effort, oubliant parfois qu’il nous permet ensuite d’ouvrir une porte vers une grande satisfaction.

« Le fond et la forme sont ensemble comme l’âme et le corps »

Le fond et la forme doivent entrer en résonnance pour former une même entité. Dans Serial Experiments Lain, le scénario qui n’a rien de conventionnel prend place dans des lieux aux antipodes de ce dont sont habitués les fans de japanimation. En effet, les décors résultent d’une formidable exploitation des couleurs et des ombres, et renforcent la singularité de la série. La série conserve un rythme peu soutenu voire plat, ce qui rend difficile de garder le fil pour le spectateur, qui a plus de mal à rester attentif que devant un manque de dynamisme.

  

Enfin, alors que beaucoup de séries jouent sur une atmosphère créée grâce à une bande-son à forte identité, voilà que Serial Experiments Lain continue à se distinguer par… ses nombreux silences, plus que pesants ! Vous l’aurez compris : la production utilise la forme pour renforcer le côté étrange et unique de la série.

Wired is weird…

Le scénario de la série sert de support autour de la réflexion suivante : où se situe la limite entre le monde réel et le monde virtuel ? Quand on sait que la série a été produite en 1998, on ne peut que féliciter le studio Triangle Staff pour se pencher sur cette problématique avant-gardiste. En effet, on remarque aujourd’hui que ce phénomène s’amplifie et que la question mérite d’être posée, surtout dans un pays comme le Japon, où les « hikikomori », qui érigent le Wired comme la seule solution à leurs problèmes psychologiques, sont plus présents que n’importe où dans le monde.

 

D’autres sujets trouvent leur place dans la série, de façon plus implicite et moins prononcée comme la schizophrénie, la paranoïa ou encore la solitude. Le vocabulaire employé tout au long des 13 épisodes est volontairement spécifique au champ lexical de l’informatique, mais reste accessible. La série vaut clairement le détour car derrière une apparence peu conventionnelle se cachent de nombreux points qui méritent d’être approfondis et discutés.

Si vous pensez que Matrix est trop difficile à comprendre, laissez de côté cette série originale. Quand Dybex la conseille pour les spectateurs à partir de 14 ans, la manœuvre semble ambitieuse… Car bien affuté est l’adolescent capable de regarder de bout en bout Serial Experiments Lain… Occulter la série vous permettra de passer à côté d’une certaine prise de tête, mais vous privera de la découverte d’une série forte intéressante, qui mérite une meilleure exposition. A ne conseiller qu’aux spectateurs aguerris et aux fans de cybernétique.

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