Metal Gear Solid: Portable Ops

Troisième titre de la série des Metal Gear Solid à voir le jour sur PSP, après les deux volets orientés « jeu de cartes » qui n’ont pas totalement convaincus les joueurs, Portable Ops arrive à point nommé pour nous rappeler que Kojima adore les consoles Sony. Il nous gratifie ici d’un épisode qui fait suite au troisième et dernier opus sorti sur PS2 : Snake Eater. Toujours prompt à développer ses théories sur la recherche génétique et sur le développement militaire des grandes puissances, on retrouvera donc une nouvelle fois les thèmes chers aux Metal Gear Solid. De quoi combler les fans avides d’en savoir toujours plus sur les arcanes du pouvoir qui se cache au sein de la série.

Changement de cap

Sans vouloir spoiler le déroulement de Snake Eater et ainsi pourrir l’intérêt que porteraient de nouveaux arrivants dans le monde de Metal Gear Solid, disons simplement que Portable Ops remet en scène son personnage principal qui était devenu entre-temps une légende vivante de l’infiltration et de l’espionnage. Ancien dirigeant de l’unité d’élite Fox Hound, notre bon bougre qui répond comme toujours au nom de Snake se retrouve en 1971, enfermé dans la cellule d’une prison perdue après avoir été capturé par une faction militaire qui souhaite lui soutirer des informations sur les derniers événements qui agitent le monde politique. Bien qu’à la retraite, Snake découvre toutefois avec stupeur que Fox Hound a semble-t-il pété les plombs en volant une arme nucléaire dont elle compte se servir pour faire pression sur les Etats-Unis et l’Union Soviétique, tout en créant sa propre nation entièrement militarisée. Et comme un Metal Gear Solid ne serait pas vraiment un membre de la famille de Kojima sans son gros méchant et son armada de sous-fifres, Portable Ops nous livre son psychopathe du moment en la personne de GENE. La petite cerise du gâteau étant, on s’en doute, l’existence d’un Metal Gear très convoité dont on se dit que l’on croisera sa route un jour ou l’autre.

     

Mais si sur le fond Portable Ops reste un Metal Gear Solid tout ce qu’il y a de plus de classique avec ses longs dialogues sur les technologies militaires et autres enjeux politiques, le jeu apporte avec lui un bon gros wagon de nouveautés. A commencer par son déroulement qui est tout sauf linéaire puisque l’on avance plus dans un enchaînement de niveaux construits pour n’être joués que dans un sens, mais on procède cette fois par missions. On navigue ainsi entre plusieurs pôles géographiques qui se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l’on progresse et pour ce faire, on comptera sur un homme de confiance. Cet homme n’est autre que celui qui permet à Snake de s’évader de sa cellule et son nom devrait vous dire quelque chose puisqu’il s’agit de Roy Campbell. Oui, le futur Colonel Roy Campbell sera ici votre assistant tout au long du jeu puisqu’il conduit le camion qui nous trimballe un peu partout sur les lieux de missions. Une fois arrivé sur place, vous aurez à vous infiltrer comme il se doit pour atteindre votre objectif. Ces derniers sont assez variés puisque outre ceux qui concernent le scénario principal, on aura sous le coude de la recherche d’armes ou d’équipement, de la destruction de cible, de la libération de prisonnier ou plus simplement du recrutement de personnel. Libres d’accès, les niveaux peuvent donc être revisités à volonté afin de remplir les caisses de fournitures et la prison de notre base, de prisonniers futurs coopérants.

Car c’est bien là la grosse nouveauté qui fait plaisir. Portable Ops propose un système de recrutement permettant de rallier à sa cause de tout un panel de soldats (jusqu’à 100 en stock, Pokemon peut trembler), experts dans divers domaines. Les choses étant bien faites, notre base est organisée en plusieurs centres d’intérêt. Il comporte une prison pour les nouvelles recrues à conditionner, un centre médical, un pôle technique, et plusieurs escouades d’espions et de combat. Pour remplir les cases vides on peut donc y ajouter des scientifiques, des médecins, des officiers, des soldats de base et d’élite, des commandos, etc. Par ajouter, on entend tout d’abord trouver sur le terrain la ou les personnes qui nous intéressent. Lorsque l’on commence une mission, on est ainsi largué dans un coin avec trois autres clampins cachés dans leur carton de camouflage. On progresse en se mettant à couvert et longeant les murs, on observe les déplacements et rondes ennemis en gardant un œil en haut à droite de l’écran, là où se trouve le radar. Montrant habituellement les champs de vision adverses il est ici remplacé par un radar sonore qui renseigne sur la proximité d’un son. Pas forcément mieux ni pratique que son collègue, on se dira qu’il colle plus logiquement au contexte du jeu et que c’est même un excellent point de détail technologique puisque dans Snake Eater nous étions privé de tout moyen de repérage, réduit à ne connaître que notre niveau de camouflage. Evolution aidant, Snake dispose donc d’un outil moins abouti que dans les épisodes chronologiquement suivants. Finalement tout est logique. Mais revenons-en à notre exploration.

     

En fonction des lieux, on s’adapte donc et on prend conscience de la dimension stratégique du jeu assez rapidement. Une mauvaise préparation, et tout particulièrement un mauvais choix dans les quatre objets que l’on peut emporter sur chaque protagoniste, et c’est souvent un retour à la base directement. Il ne faut pas non plus négliger le type et l’équipement des hommes ou femmes qui nous accompagnent car de par leurs tenues, ils passent souvent bien plus inaperçus que Snake et sa sale tête mal rasée. Quand enfin on tombe sur un profil intéressant, la première difficulté sera d’isoler et de capturer notre proie. L’arme de base de Snake sera généralement le moyen à employer car les munitions hypodermiques qu’elle utilise fonctionnent à merveille. Une fois dans les vapes, il ne reste qu’à traîner le corps jusqu’au camion de départ, ou à le faire transporter par un membre de notre escouade caché à proximité. Pour les plus motivés, il est tout à fait possible de faire prisonnier tous les bougres qui errent dans un niveau, mais une fois la limite des 100 atteinte, il faudra bien faire des choix et arrêter d’embaucher à tour de bras tout ce qui bouge sur deux pattes. Là encore, le côté stratégique du jeu rejaillit, car gérer une armée de cent hommes n’est pas anodin et on peut facilement passer de longues minutes à se demander que faire.

« Fous ta cagoule !!! » (Fatal Bazooka)

De retour à la base, notre nouvelle main d’œuvre sera délicatement convertie à notre cause, ce qui prendra parfois quelques tours de jeu en fonction de leur niveau de résistance (un médecin ou un officier étant plus malin qu’un simple soldat, ils résisteront donc plus longtemps). La base est d’ailleurs l’occasion d’organiser ses troupes et faire le point entre deux virées à l’extérieur. C’est là qu’interviennent les caractéristiques de chaque membre de notre armée. Relativement détaillées, elles permettent de connaître le niveau de vie, de résistance, ainsi que tout un tas de paramètres de maîtrise des armes et techniques de combat. On aura également connaissance du niveau technique et médical de chacun. Enfin, des capacités spéciales seront parfois développées par certaines recrues. Géomètre pour mieux cartographier les niveaux, athlète pour aller plus vite, armurier pour faire plus de dégâts, artiste pour être insensible au magazines de charme, chimiste pour faire de la recherche, ou docteur pour augmenter la vitesse de guérison des blessés, sont autant de bonus qui déterminent généralement le lieu d’affectation que l’on donnera à chacun. Inutile de préciser qu’il est essentiel d’en passer par là pour avancer dans l’aventure car plus vous possèderez une armée structurée et organisée, plus elle sera efficace, et sur le terrain, et pour toute la logistique parallèle.

Fort de vos équipes à pied d’œuvre, vous bénéficierez alors des derniers gadgets inventés par le pôle technique, des produits médicaux du centre éponyme, et de toutes les trouvailles des espions dispersés sur tous les fronts importants. Il faut dire que ces derniers rapporteront non seulement de l’équipement, mais également le plus important : de l’information (et donc de nouveaux objectifs de mission). De quoi rallonger de manière importante la durée de vie plus que confortable du jeu. Il vous reviendra de faire durer le plaisir suivant votre façon de gérer votre armée, votre volonté à recruter du monde et votre envie de compléter toutes les missions annexes ou pas. Pour les moins solitaires, Portable Ops offre également un mode online plus que réussi. Certes les modes n’ont rien d’exceptionnels et il faut avouer que les affrontements tournent rapidement à la course effrénée et au canardage en règle. Le manque de subtilité est d’autant plus criant que les niveaux et le gameplay ne se prêtent pas vraiment à jouer de l’infiltration comme on peut la connaître dans les Splinter Cell et la naissance des très intelligents modes Spies VS Mercenaries. Mais peu importe, on s’amuse et pour peu que l’on joue avec des personnes entraînées, la tactique prend parfois légèrement le dessus sur l’action pure et dure (cela reste substantiel hélas). Petite mise en garde cependant sur le fait que jouant avec vos équipes du mode solo, il va de soi que face à des joueurs ayant débloqué tous les personnages les plus forts, vous n’irez pas bien loin avec un groupe de soldats basiques. Il est donc plus que conseillé que de finir le jeu pour ensuite se rabattre sur les parties multijoueurs, limitées à 6 joueurs précisons-le.

     

Agréable à l’œil, Portable Ops est un jeu à l’esthétique soignée, à la mise en scène travaillée sur un style BD animée, et bien que tournant toujours dans les tons habituels que l’on connaît de la série, il n’y a pas de raison de faire la fine bouche, au contraire. La bande son est comme toujours d’excellente qualité elle aussi, et les sous-titres en français accompagnent les voix anglaises du jeu. Mais malgré toutes ses qualités, Portable Ops ne déroge pas non plus à la ritournelle que nous sert la série à chaque nouvel opus. Des défauts, le jeu en comporte toujours, et il serait tout de même temps que Kojima se penche sur la question car le quatrième épisode étant toujours en développement, on ne peut qu’espérer que certaines choses seront définitivement résolues. A commencer par le gameplay vieillissant des Metal Gear Solid qui comporte de nombreuses incohérences très énervantes comme cette ulcérante manie qu’à Snake de se relever de sa position allongée lorsqu’il rencontre un obstacle, même riquiqui. Quoi de mieux pour griller sa couverture qu’un crétin qui se montre aux yeux de tous alors qu’il tentait de rester discret. Même remarque sur l’impossibilité de grimper sur une plateforme à hauteur d’homme alors que l’on peut se suspendre dans le vide et remonter aussi facilement. On regrettera également le fait que l’ennemi possède un sixième sens qui lui permet de vous repérer si vous vous approchez trop près, et ce même si vous avez exactement le même uniforme que tous les autres soldats du coin.

A l’inverse, et pour être direct, les ennemis sont toujours aussi cons et limités intellectuellement. A dix mètres ils ne vous calculent généralement pas, ils se font toujours avoir par un magazine de charme posé au sol, ils ne bougent parfois même pas quand un de leur coéquipier tombe au sol après avoir été anesthésié, sans doute en raison de leur champ de vision très étroit (la faute à leur cagoule, qui sait). Autre source d’énervement, l’impossibilité de marcher normalement relève tout bonnement de la crétinerie. Il est même totalement incompréhensible de voir les soldats adversaires déambuler au pas, alors que l’on a que comme choix de courir, ou de marcher sur des œufs, ce qui est bien entendu tout de suite repéré car suspect. C’est mine de rien une inconsistance lourde dans le gameplay qui ne trouve aucune justification logique. C’est comme si toutes les voitures qui vous entourent roulaient en deuxième et que vous n’ayez à disposition sur la vôtre que la première et la troisième vitesse. Aberrant. L’un dans l’autre, le jeu reste plaisant à jouer, notamment pour ses combats de boss toujours aussi travaillés, mais quelle misère de constater que certaines choses ne bougent pas, et continuent à plomber de l’intérieur cette excellente série.

Non ce Metal Gear Solid : Portable Ops n’est pas parfait, loin de là, handicapé qu’il est par des lourdeurs de gameplay incroyables qu’on aimerait voir disparaître à jamais. Il n’en demeure pas moins que le jeu reste une réussite globale et un titre parfaitement adapté à la PSP de par son choix d’en passer par des missions assez courtes, et non pas d’interminables niveaux linéaires. Prenant et intéressant à suivre, d’autant plus si l’on est un fan de la première heure, Portable Ops vaut non seulement pour la richesse de son mode solo, mais également pour ses parties en ligne qui vous scotcheront de longues heures durant. Oubliez donc les deux épisodes Ac!d pour ne retenir que celui-là car à moins d’être un card collector avéré, Portable Ops est LE Metal Gear Solid à avoir sur PSP.

Dark Inquisitor

Dark Inquisitor est le représentant sur Terre de l’Ordo Malleus et du Serial Gaming. Renvoyé dans le temps par l’Empereur de l’Humanité, il s’assure que les joueurs appliquent la Règle de la Priorisation. Cette règle qui soumet les jeux à une sélection draconienne afin de ne jouer qu’à ceux correspondant à chaque profil de joueur en fonction du temps disponible. Ses pouvoirs d’inquisiteur lui permettent toutefois de profiter de failles temporelles pour jouer plusieurs heures sans que le temps ne s’écoule et donc de finir des jeux alors même qu’on ne l'a pas vu toucher une manette pendant plusieurs jours. Ses spécialités : les RPG, les survival-horror, l’action-aventure, quelques ovnis du jeu vidéo et les motos custom.

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