Musa, la Princesse du désert

Mélangeant avec talent des combats époustouflants, des personnages intéressants et des mises en scènes impeccables, les grands réalisateurs coréens nous montrent que, malgré ses problèmes politiques et une certaine « perte d’identité », cette nation nous fera rêver, grands fans d’Asie que nous sommes, pendant encore très longtemps. C’est pourquoi il faut se pencher sur un de ses bébés, nommé « Musa The Warrior », qui est une œuvre épique, pouvant être considérée comme le « Braveheart » asiatique !

Un voyage incroyable, basé sur un fait réel

Avant de vous parler du scénario à proprement parler, il est nécessaire, pour comprendre certains éléments, de raconter quelques faits historiques qui ont inspiré Kim Sung-Su pour la création de son film :

En 1368, la dynastie mongole des Yuan qui a régné 90 ans sur la Chine a perdu le mandat du ciel (sorte de titre suprême donnant le pouvoir complet à une dynastie sur un territoire défini) recueilli par les Ming (les chinois donc). Les Mongols sont repoussés au Nord de la Grande Muraille, mais essaient encore, sous les ordres du grand Gengis Khan, de résister et de montrer leur puissance. Durant cette période de trouble, en 1375 plus exactement, le meurtre de l’ambassadeur Ming en Corée crée de nombreuses frictions entre les deux pays. Le nouveau roi coréen envoie donc deux groupes de « négociateurs » à Nankin pour essayer d’améliorer les relations. Le premier, emprisonné par les Chinois, parvient à s’échapper et rejoint la Corée. Le deuxième, quant à lui, ne rentre jamais au pays…

Musa The Warrior est justement l’histoire imaginée de cette deuxième ambassade. Mais ne vous inquiétez pas, cette œuvre reste pour autant tout à fait réaliste, avec une concordance parfaite entre les différents faits historiques. Mais le réalisateur a aussi su ajouter un petit je-ne-sais-quoi qui confère une sorte de « magie » dans cette oeuvre.

Revenons à nos moutons ! Dans le film donc, ce fameux groupe de guerriers et de négociateurs se rend à Nankin, mais est accusé à tort de meurtre et de trahison, et se voit envoyé en exil, sous la garde de vigilants soldats Ming. Soudainement, une horde de terribles mongols attaque et décime tous les chinois, mais laissant les Coréens en vie, n’ayant rien contre eux. Les rescapés décident alors de rentrer au pays, tout en essayant de survivre à la chaleur ardente des déserts de Chine. Arrivés à un oasis, où se retrouvent des caravanes marchandes, ils voient apparaître une troupe Yuan, dirigée par l’imposant général Rambulhua. Pendant la nuit, les exilés coréens remarquent que les Mongols ont kidnappé une princesse Ming et décident alors de la sauver, afin de pouvoir discréditer leur peuple aux yeux des Chinois. Commence alors un périple parsemé d’embûches…

     

Un classicisme imprégné de symboles

Je vous vois venir avec vos petits : « Bah les gentils qui sauvent la princesse des griffes des méchants, ça devient classique. » ! Et vous n’avez pas entièrement tort. Mais cette trame scénaristique n’est pas la plus répandue dans le milieu du cinéma (et de la littérature bien sûr) pour rien. Cela permet justement de mélanger facilement et efficacement héroïsme et romantisme, ce qui n’est pas pour nous déplaire ! De plus, Kim Sung-Su a aussi su intégrer un autre aspect très important dans son film : les relations humaines. En effet, on retrouve plusieurs « classes » de protagonistes : des personnes d’église, des guerriers, des nobles, de simples villageois, ou encore un esclave. Ce petit groupe se voit contraint de vivre les uns avec les autres, ayant tous des idées arrêtées et des réactions totalement différentes. Etant au début peu confiants vis-à-vis des autres, les différents protagonistes (qu’ils soient importants ou pas dans l’histoire) se lient peu à peu d’amitié, d’amour et de respect les uns envers les autres.

Il y a aussi trois peuples : Coréens, Chinois et Mongoles. Ce « mélange » ethnique apportera lui aussi son petit lot de complications. D’ailleurs, ces trois nations sont représentées d’une façon très réaliste car chaque acteur est de l’origine du personnage qu’il incarne et ils parlent leur langue propre dans la version originale du film.

Avec tous ces éléments, on remarque une chose fondamentale que le réalisateur a essayé de faire passer à l’écran : son désir d’un rapprochement du sud-est asiatique. On peut le voir, entre autres, dans une scène où le sergent coréen parle avec un vieillard chinois :

– « Vous ressemblez… beaucoup à mon père. Dommage qu’il ne soit plus là… »

– « Depuis toujours le peuple coréen et le peuple chinois se ressemblent. Nous sommes pour ainsi dire des frères. »

Kim Sung-Su a d’ailleurs confirmé ce désir lors d’interviews, où il disait que le sud-est de l’Asie avait un passé et des richesses communes, et qu’il fallait les préserver, autant mentalement que matériellement.

     

Le film le plus cher du cinéma coréen

Eh oui, vous avez bien lu. Musa The Warrior est le film qui à coûté le plus cher de toute l’histoire de la cinématographie en Corée ! Avec un budget de 7 millions de dollars et une réalisation de 5 ans, ce film est, techniquement parlant, de la plus grande envergure. En ce qui concerne le côté « graphique » du film, les plans sont très bien choisis, mettant en valeur les sublimes décors chinois et les postures des personnages. Cependant le cadrage durant les combats est pour ainsi dire… spécial. Beaucoup de mouvements de caméra sont présents et le tout est filmé de très près ; on a une impression de « fouillis », ce qui pourrait perturber. Néanmoins cela procure une immersion totale dans les affrontements, nous laissant ébahis au milieu de ce spectacle sanglant, mais cependant subtile. En effet, les bras tranchés et les têtes décapitées seront de la partie, mais la manière dont tout cela est retranscrit à l’écran fait en sorte que le spectateur n’est pas trop gêné, ni choqué par cette violence.

Les musiques quant à elles conviennent parfaitement au film ; Shiro Sagisu (compositeur japonais, s’étant occupé des morceaux de quelques animes, notamment celles d’Evangelion) signe ici des compositions d’une pure beauté, dégageant cet aspect épique et en même temps dramatique que l’on ressent à travers le film. Malheureusement, on retrouve un petit défaut au niveau du montage. A certains moments, les musiques n’arrivent pas au bon moment. Cela peut gêner un petit peu, notamment pour le thème de fin, qui arrive quelques secondes trop tôt (cela paraît sans importance dit ainsi, mais vous le remarquerez sûrement à la vue du film).

     

Un casting de choix pour des personnages attachants

Qui dit grosse production, dit logiquement un panel d’acteurs dignes de ce nom. Voyez plutôt : tout d’abord la sublime Zhang Ziyi incarnant la princesse. Nous étions peu habitués à la voir dans un rôle si passif, à l’instar de « Tigre et Dragon » par exemple, mais elle se débrouille très bien ! Ensuite viennent les incroyables performances physiques et théâtrales des « guerriers » du groupe. Jung Woo-Sung, Joo Jin-Mo, Ahn Sung-Gi et Park Jung-Hak (respectivement l’esclave, le général, le sergent et le lieutenant) dégagent un charisme certain, un jeu d’acteur formidable et des aptitudes au combat époustouflantes. A noter d’ailleurs qu’ils ont dû commencer quatre mois avant le tournage des entraînements poussés de combat, de chinois et d’équitation.

Tous ces personnages sont fouillés et attachants, et en fait, on ne peut pas vraiment définir de « méchants » et de « gentils » dans cette histoire, car chacun a ses motivations propres. Entre patriotisme, vengeance, amour ou encore obligations, les protagonistes devront faire preuve d’intelligence et de motivation pour savoir imposer leurs envies. Mais dans les conditions de conflit et de peur dans lesquelles ils se trouvent, cela finira le plus souvent dans un bain de sang.

Les rôles « secondaires » ont eux aussi leur importance, car certains, qui paraissent insignifiants au premier abord, auront leur rôle à jouer dans le déroulement du film, et surtout dans le dénouement final. Cette dernière scène est un spectacle de toute beauté, notamment grâce à une musique collant parfaitement à l’ambiance, où tout le monde fait preuve d’un courage, d’une détermination et, surtout d’une « unification » multiculturelle et sociale incroyable.

En conclusion, je dirais que Musa The Warrior est à ne rater sous aucun prétexte ! Bien sûr, on peut lui trouver des défauts comme des combats parfois trop longs et des clichés « western » (scènes du fort, course du chariot etc.) qui peuvent en rebuter quelques-uns. Mais dans l’ensemble, avec une réalisation aussi ambitieuse et une aventure si palpitante, Kim Sung-Su a signé ici un film extraordinaire, qui n’est pas loin d’être l’un des meilleurs films du genre.

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