Pouvez-vous revenir sur les débuts de Lamia Cross ?
Lamia : Notre projet musical a commencé en 1996. Il s’agissait surtout de composition car nous ne faisions que très peu de représentations. Notre carrière a réellement démarré en 2000 avec la sortie du premier album.
Fab : En fait on est les Stone et Charden du metal !
(rire)
Vous avez changé de noms plusieurs fois : de In Nominates Cristi à Lamia Cross en passant par Lamia Ténébrae.
Lamia : Effectivement à l’origine nous nous appelions In Nominates Cristi, car nous étions très branchés metal gothique. On s’est alors aperçu qu’il existait un groupe nommé La’cryma Christi, donc nous avons alors opté pour Lamia Ténébraé et au bout d’un moment cela nous a bloqué car nous voulions passer un autre message que « darkness ».
Alors Lamia… A l’époque on cherchait un terme, et en latin Lamia veut dire vampire et sorcière, et comme nous étions très branché culture gothique c’était parfait. Et quelques jours plus tard j’ai trouvé un mythe grec parlant d’une créature nommé Lamia. Il s’agissait d’une créature moitié femme moitié serpent, ancienne amante de Zeus victime de la jalousie d’Hera. Nous avons même crée une chanson Lamia qui parle un peu de ce thème. Ensuite nous avons mis Cross, la croix qui symbolise la croisée des chemins, les mélanges. Nous sommes franco-japonais, notre musique est mélange de genre…
Fab : Et puis c’est un petit clin d’œil à Lara Croft. Lamia Cross / Lara Croft, on trouvait cela marrant
(rire) Plus sérieusement pour en revenir au mythe de Lamia, c’est un personnage qui pour se venger de sa condition et de son amour perdu, tuait tout les nouveaux nés. Une sorte de croque-mitaine.
Petit retour sur le premier album : Inquisition.
Lamia : oulà …
(rire) C’était très gothique avec des chansons très longues, mais aussi quelques influences punk…
Fab : Oui, ce n’est pas l’album dont on est le plus fier. (Rire) C’était le premier album…
Lamia : Il n’y a plus que deux chansons que nous jouons encore en live : Lamia et Inquisition.
Quelle est l’évolution par rapport à votre dernier disque Yamazakura ? (merisier en japonais. Le merisier est un cerisier sauvage)
Lamia : L’enregistrement a été complètement différent puisque nous avons de nouveaux matériels et surtout c’est un disque beaucoup plus ouvert, chanté en plusieurs langues : japonais, anglais et français. Il y a un retour vers le Japon qui est mon origine, et même vers un Japon ancien qui est aujourd’hui un peu perdu. Et puis il y a le coté « Chic and Heavy » avec un gros son et une base dance/techno qui est la marque de notre nouvelle direction.
Fab : On voulait faire un truc qui bouge. Pas un album à écouter assis sur ton canapé, mais un truc qui passe bien quand tu vas en boite.
Quelle est l’importance de la scène pour vous ?
Fab : On adore ça, mais le problème c’est la situation du pays. Ce n’est pas une musique reconnue en France, donc c’est très difficile de jouer.
Lamia : Notre meilleur souvenir reste le Gibus 2005, c’était la folie ! Le public était jeune et hurlait !
Fab : ... pour tout te dire on ne s’entendait plus jouer ! On se serait cru en première partie des Beatles !
Lamia : Quand le public répond il y a de l’énergie à transmettre, et c’est là que l’on prend vraiment plaisir à jouer.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la Team Kogyaru ?
Lamia : La Team va prochainement assurer les back chorus lors des concerts. Au départ l’idée était de combiner un défilé Gothic Lolita durant le show. On voulait faire un vrai spectacle plus qu’un concert. Mais par rapport aux lieux et aux dimensions des scènes, nous avons dû adapter notre idée.
Sur scène vous employez beaucoup de samples, et par extension pourquoi évoluez-vous sans batteur ?
Fab : C’est ce que l’on appelle les problèmes de personnel. Honnêtement je préférerais jouer avec un batteur, un bassiste et un clavier, mais nous n’avons pas rencontré les bonnes personnes. De plus nous jouons de tous les instruments, on programme la batterie, Lamia fait le clavier tandis que j’écris les lignes de basse. Donc au final on s’en sort très bien, et l’on est plus sûr du résultat. Par contre le coté difficile est de jouer sur les samples, car cela demande d’être hyper carré et on n’a pas le droit à la faute. Et puis le fait d’être deux sur scène fait un peu vide.
Lamia : Mais si un jour un concert demande que l’on soit un groupe sur scène alors on pourra jouer avec des musiciens additionnels, comme le fait Gemini.
Comment se déroulent la composition et l’enregistrement de vos titres ?
Lamia : En premier Fab trouve un riff. On lui met un tempo, puis je trouve la mélodie de la chanson ainsi que la ligne de chant. A ce moment là on enregistre puis je rajoute « les couleurs » : la batterie, la basse, le clavier … Il y a beaucoup d’heures de mixage !
Que pensez-vous de l’engouement actuel du Visual Kei en France ?
Lamia : J’ai été très étonnée que cela marche en France ! Je suis arrivée en France en 1995, cela marchait bien au Japon, mais pas ici ! Cette apparition en France est récente et ce fut une surprise !
Fab : En fait je pense que les japonais ont recopié tout ce que les américains faisait dans les années 80 avec des groupe comme Poison, Mötley Crüe et tout le courant Glam Rock, sauf qu’ils ont des managers beaucoup plus businessman qui ont poussé la chose dans les manga et les vidéos. Et voilà comment cela arrive chez nous. Simplement parce qu’ils ont des producteurs qui osent ! Chose que l’on n’a pas en France où les médias nous servent uniquement de la soupe musicale à la TV… En fait pour percer ici faut faire du rap !
Dans le milieu musical japonais, quels artistes appréciez-vous ?
Lamia : J’apprécie beaucoup une chanteuse, malheureusement décédée d’un cancer en 2005. C’est Minako Honda. Elle avait une voix puissante, étant comédienne… On aime bien aussi Marie Hamada et Anne Lewis.
Fab : Il ne faut pas oublier hide
(Lamia approuve). Mais sinon ce qui m'a amené à la musique japonaise c'est Akira Takahashi le guitariste de
Loudness.
Et quels sont vos disques de chevet ?
Fab : Alors moi personnellement ma culture musicale est tellement vaste que cela change du lundi au vendredi. Et je pense que quelqu’un qui a un groupe préféré c’est quelqu’un qui est fermé musicalement ou qui a une ouverture d’esprit très petite. Nous avons la chance d’avoir un style musical très vaste, et quelque soit ton humeur tu trouves ton bonheur.
Et quel est votre premier souvenir musical ?
Lamia : C’était au karaoké avec mes parents !
Fab : Pour ma part le premier truc qui m’a fait pleurer c’est un solo de Michael Schenker sur le Live At Budokai. Et il y aussi Empty Room de Gary Moore. Il y a des choses auxquelles on ne peut pas rester insensible ! C’est comme si un mec me dit que le solo d’Hotel California (The Eagles) pue. Bon, soit il est sourd, soit il vient d’une autre planète, mais il y a un problème !
Lamia : Alors que moi c’est vraiment le karaoké qui m’a amené à la musique. Au Japon c’est une activité très répandue dans le cadre familial. Mon père était un adepte du karaoké et il y avait plusieurs kits à la maison. On allait aussi souvent dans des bars karaoké !
Fabrice, d’où te vient cet amour pour la guitare ? Tu en possèdes 9 il me semble.
Fab : Alors, déjà j’aime l’instrument. C’est un peu comme un mec qui aime les belles bagnoles. Et la raison est purement musicale. En fait comme aucune chanson de notre groupe n’est accordée de la même façon, je suis obligé de changer de guitare à chaque titre. C’est très pénible sur scène, mais cela permet sur un album d’avoir des sonorités différentes.
Parlons maintenant de la culture de vos deux pays. Quel fut votre premier contact avec la culture étrangère ?
Lamia : Et bien j’apprenais la langue française au lycée. Il l'ancienne école royale du Japon, celle où vont les empeureurs et leurs familles!! Finalement, je suis venue en France en voyage avec ma famille vers l’âge de douze ans, mais ce fut trop bref. Puis lorsque j’étais au lycée, je suis venue un mois dans une famille française. Je me souviens d’avoir passé une semaine à Paris et trois semaines en Bretagne !
Fab : Moi, je n’avais absolument aucun contact avec le Japon, hormis quelques visions dans des films. Mais disons que la première fois que j’ai mis les pieds là-bas il y a quinze ans, ce fut Blade Runner ! J’ai halluciné, je me suis cru sur une autre planète pendant trois semaines !!
D’un point de vue du comportement et de la culture, quelles sont les différences entre les deux pays ?
Lamia : Là-bas c’est le sens de la communauté qui est très développé. Il n’y a pas ou peu d’individu. Alors qu’en France la société est beaucoup plus individualiste. Chaque avis est respecté, mais dans un certain sens on se moque de l’avis de tout le monde ! Tandis qu’au Japon, quand tu n’agis pas comme tout le monde, ça ne passe pas.
Fab : De mon point vu en ce qui concerne la France, je reprendrais une phrase de Jospin « Pays de merde ! ». Et pour ce qui est du Japon, ça me parait un énorme magasin de jouet.
Lamia : C’est vrai qu’il faut consommer. On est constamment harcelé ! Tous les quinze jours il sort un nouveau truc, on a l’impression d’acheter et de renouveler les choses. La vie est abordable et paraît facile, mais l’on consomme beaucoup, alors qu’ici la vie est très chère. C’est abusé !
Comment percevez-vous l’intégration dans chaque pays ?
Fab : On va entamer le sujet qui fâche !
Lamia : Il faut faire avec. Disons que je me sens bien en France car je suis libre. Comme j’étais en dehors du moule au Japon, j’ai « été victime de la jalousie et je ne pouvais pas m’exprimer comme je le voulais, et cela me pesait énormément. Alors qu’ici je peux m’exprimer comme je le veux, même si tout le monde s’en fiche ! »
Fab : Disons que pour vivre en France c’est plus facile quand tu viens du Japon ou de Suède que quand tu viens de Bamako. Au Japon je ne peux pas dire car je n’ai pas émigré là-bas, mais ça n’a pas l’air simple.
Lamia : Il est très difficile de s’intégrer au Japon. C’est une mentalité d’insulaire. Je ne dis pas xénophobe mais il y a différentes générations dont certaines qui pensent que le Japon est meilleur que tout le monde. Les jeunes générations sont beaucoup plus ouvertes sur la culture occidentale, et elles acceptent donc plus facilement. Et puis si tu ne parles pas le japonais, c’est encore plus pénible !
Pour terminer cette interview, revenons à un sujet plus léger. La base de l’avancée de la culture japonaise en France est le manga et l’animé. Etant donné vos origines êtes-vous sensible à ce média, et si oui quelles œuvres vous ont marquées ?
Lamia : Forcément, j’ai baigné dedans toute mon enfance. A l’époque mes héros étaient Albator et Esméralda ! Je voulais être un pirate et je me faisais griffer par mon chat pour avoir les mêmes cicatrices qu’elle !
(rire) Puis plus tard j’ai lu des manga d’horreur !
Fab : Plus que le manga je pense que ce qui a poussé les jeunes à s’intéresser au Japon ce sont les jeux-vidéo. Donc, merci Sony ! Comme il y a toujours beaucoup de jeux qui ne sortent pas en Europe, on est obligé de chercher, et quand tu creuses, tu finis par découvrir d’autre chose comme la musique, les manga, le cinéma … Et d’un point de vue concret, si nous les français on se mettait à faire des manga, on ferait aussi bien.
Lamia : Il y a un truc qui passe entre la France et le Japon…
Fab : Oui, si tu regardes l’Histoire, on a les mêmes valeurs. Eux ils avaient les samouraïs, et nous les chevaliers. Et dans les deux cas on préférait la mort que le déshonneur. Et je pense que c’est pour ça que bien que l’on ait des cultures différentes, on s’entend bien ! Même si les japonais ont gardé une partie de cette ancienne mentalité, je pense que l’on est plus proche des japonais que des américains !
Lamia : Oui, il y a vraiment quelque chose avec la France.
Et bien je vous remercie !
Lamia : Merci à WebOtaku !!
Fab : Merci, et achetez l’album en masse !!
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