Naruto le film 1

Chacun de vous connait Naruto. Et pour cause : le ninja de Masashi Kishimoto occupe le premier rang des stars du manga en France. Chacun des tomes truste la première place des ventes dès sa sortie. Comme tout blockbuster qui se respecte, Naruto a eu droit à tous les produits dérivés possibles et imaginables : jeux vidéo, figurines, accessoires… et bien sûr longs métrages. Comme toujours avec une licence si forte, l’attente était au rendez-vous pour ce premier film. Pour un résultat à la hauteur ?

Moteur… Action !

Pour préparer au mieux leur prochaine mission, Naruto, Sakura et Sasuke se trouvent au… cinéma ! En effet, Kakashi leur a demandé d’assister au dernier film de la célèbre actrice Yukie Fujikaze, qui incarne la Princesse Fûun à l’écran. Alors qu’ils attendent leur professeur, qui, conformément à son habitude, brille par son retard, les trois aspirants ninja voient l’actrice s’enfuir à cheval, poursuivie comme dans le film par de mystérieux soldats en armure ! Pour Naruto, grand fan du personnage Fûun, la question ne se pose pas : il utilise toutes ses techniques afin d’aider « sa » princesse dans sa fuite. Alors que les trois aspirants de Konoha parviennent à neutraliser les soldats en armure, Kakashi explique à ses élèves la mission qui leur est confiée.

   

L’équipe 7 de Konoha doit escorter la célèbre actrice lors de son prochain film, au Pays des Neiges. Cependant, leur mission ne s’avère pas aussi simple que prévue : Yukie n’en fait qu’à sa tête et tente constamment de fuir ! De plus, pour des raisons inconnues, un groupe de ninja attaque l’équipe lors du tournage. Leur cible n’est autre que Yukie…

La Shueisha fait son cinéma…

Lorsque le plus gros éditeur japonais de manga (en termes de ventes) réalise le premier long métrage de sa plus grosse licence actuelle, l’attente des fans et des journalistes est telle que le résultat se doit d’être grandiose. Pour ce film, la Shueisha a décidé de se donner les moyens de réussir en plaçant Tensai Okamura à la réalisation. Cet homme a travaillé dans de nombreux projets comme Ghost in the Shell, Neon Genesis Evangelion, Cowboy Bebop, et plus récemment Darker than Black, Soul Eater et autre Canaan. Oui, c’est une pointure ! On ne change pas une équipe qui gagne : comme pour la série, la musique, signée Toshiro Masuda, accompagne parfaitement l’intrigue, tandis que le studio Pierrot s’occupe de la production. L’auteur du manga original, Masashi Kishimoto, a lui-même loué la qualité du scénario et de l’animation de ce film. Alors, le fan sort-il de la salle comblé ?

   

De prime abord, on pourrait répondre par la positive. En effet, au niveau visuel, le long métrage semble très bien réalisé. L’animation se veut très propre, avec des scènes dynamiques et agréables à regarder. Les combats sont plaisants esthétiquement, et la musique porte l’action. Elle reste dans l’esprit de la série : cet effort sera remarqué par les puristes.

« La responsabilité est le prix du succès »

Cette phrase de Winston Churchill signifie que le succès crée une attente, et donc des responsabilités. Pour Naruto, ces responsabilités ne sauront être complètement assumées lors de ce long métrage. En effet, si l’animation a été effectuée avec le plus grand soin, elle ne suffit pas à masquer les faiblesses scénaristiques du film. L’histoire, linéaire et prévisible, souffre clairement d’une carence en coup de théâtre susceptible de faire bondir le spectateur de son siège. On reconnaît l’effort des scénaristes de mettre en valeur une vertu spécialement prisée des japonais : ne jamais abandonner même dans l’adversité la plus grande. Cette volonté à toute épreuve, qui permet aux héros de renverser des montagnes, apporte un succès certain à une série comme Naruto. Cependant, aussi louable soit cette qualité, utilisée sans parcimonie mais comme fil rouge, on finit par s’en lasser. De plus, les combats, s’ils sont plaisants et bien réalisés, ne durent pas assez longtemps pour qu’on les apprécie à leur juste valeur. Or, un shônen comme Naruto, quand il ne brille pas par son scénario, doit se rattraper par l’action. Nul ne doute que chaque spectateur aurait aimé voir Naruto, Sasuke et Kakashi faire preuve de leur combativité de façon plus prononcée.

   

Autre bémol : les scénaristes ont été quelque peu laxistes lors de l’écriture du storyboard. En effet, ils auraient pu éviter des incohérences qui peuvent choquer certains spectateurs. Par exemple, nous savons que les personnages utilisent des oiseaux pour communiquer, ce qui suppose une absence de téléphone ou autre média de communication. Et pourtant, le cinéma serait développé au point de hisser certaines actrices au rang de star mondiale reconnue partout où elle va ? De plus, difficile d’accepter de voir les personnages se déplacer en dirigeable… Lorsque l’on se souvient que même pour des missions urgentes, Naruto ne fait que se déplacer à pied ! Quant à certains décors urbains, il tranche énormément avec le village de Konoha auquel nous sommes habitués. Certes, ces petites incohérences ne sont pas suffisantes pour faire de ce film une aberration, mais contribuent à n’avoir de cette œuvre qu’une image mitigée.


Ce long métrage ne se montre pas à la hauteur de l’œuvre originale de Naruto. Dans cette ère capitaliste où on cherche toujours de nouveaux supports à toute licence qui fonctionne, on peut se demander si la création de ce film revêt d’une quelconque volonté artistique. Peut-être que la Shueisha souhaitait explorer un nouveau format, mais que ce désir était si prononcé qu’il a eu raison de la bonne préparation du projet, notamment au niveau du temps. Or, comme le dit Hérodote, « La hâte est la mère de l’échec ». Cependant, les producteurs ne risquent pas d’en rester là tant la licence est forte et vendeuse. Les prochains opus seront pour eux une occasion de nous fournir un projet plus abouti.

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