[TEST] NieR

Maintenant que le rouleau compresseur Final Fantasy XIII a tout écrasé sur son passage, ne laissant que peu de chance à ses concurrents directs voguant sur les eaux houleuses du RPG, d’autres titres exploitant les codes du même genre peuvent enfin sortir et montrer le bout de leur nez. C’est le cas de NieR, la nouvelle licence de Square Enix développée par Cavia (à qui l’on doit notamment des titres plus anciens comme les deux « Drakengard » sur PS2).

Les premiers pas dans le monde de Nier sont plutôt troublants, voire hésitants. Après une vidéo d’introduction qui part dans absolument tous les sens – et ponctuée de termes aussi fleuris que les propos d’Eric Cartman dans ses bons jours – nous voici projeté au cœur de l’action. Dans le futur glacial d’une mégapole grise hantée par des immeubles enneigés, on nous place aux commandes d’un homme nommé Nier. Le visage blême et creusé par la fatigue, celui-ci est arrivé au bout de ses limites et ne tient que par la volonté de guérir sa fille d’une mystérieuse maladie qui la ronge. Pour parfaire le tableau, une horde de monstres belliqueux traque nos héros. Muni d’un esprit fort de père protecteur, il affronte sans relâche ses agresseurs. Au cours de l’assaut, Nier est mis à terre et n’a d’autre choix que de pactiser avec un grimoire parlant qui lui promet de grands pouvoirs en échange de son âme.

     

Commence alors une phase de didacticiel qui nous apprend les bases du combat (esquive, parade) avec comme arme de départ un long tuyau métallique, que Nier manie comme une épée. On sent immédiatement que le jeu n’a pas les qualités d’un Devil May Cry et consorts, mais il n’en a pas la prétention non plus. L’autre atout de notre guerrier réside dans le fameux grimoire, qui devient malgré lui son meilleur allié. Ce dernier est garni de sorts très efficaces faisant apparaître tour à tour des poings géants ou des lames tranchantes de toutes sortes. Dans un déluge de combos, Nier passe une trentaine de niveaux en l’espace de 5 minutes, ce qui laisserait rêveur n’importe quel rôliste en quête de puissance.

1312 ans plus tard…

Une fois le combat achevé, nous voici automatiquement propulsés 1312 ans plus tard dans un univers en décalage total avec les premières minutes de jeu. Curieusement, nous y retrouvons Nier, avec un petit quelque chose de changé. Relooké pour l’occasion en guerrier massif d’heroic fantasy munie d’une épée dans le dos, il n’a pas gardé les caractéristiques débloquées quelques minutes plus tôt. Nier 2.0 a lui aussi une fille nommée Yonah, atteinte de la même nécrose runique, et bien sûr toute deux sont physiquement identiques.

Si le décor a changé, l’objectif reste le même ; sauver Yonah de cette terrible maladie couvrant le corps de symboles étranges avant de donner la mort. Une fois dehors, il est fort agréable de remarquer que dans ce futur, la nature a repris ses droits, créant pour l’occasion un univers typique de jeu de rôle teinté de tout un tas de vestiges du passé (tels des ponts suspendus a moitié détruits ou des zones industrielles rongées par la rouille). Ceci dit, le seul lien réel avec le passé est la grande bibliothèque du village, remplie d’ouvrages laissés par les anciens, mais indéchiffrables pour la plupart des habitants. Côté ambiance, certains plans et certaines lumières ne sont pas sans rappeler des jeux comme Ico ou Shadow of colosus.

Dans son village, Nier est une sorte d’homme à tout faire, mais aussi un mercenaire très respecté que tout le monde admire pour l’amour qu’il voue à sa fille. Il accepterait n’importe quoi pour le bien de Yonah. Car si les premières scènes qui illustrent les sentiments d’amour d’un père pour sa progéniture peuvent paraître surprenantes dans un jeu vidéo, on s’attache vite à la douceur et au calme du héros vis-à-vis de sa petite protégée. Et il faut bien dire que Yonah ne le ménage pas toujours ; elle sort sans prévenir ou lui cuisine des plats infects et indigestes. Plats qu’il mange toujours avec un sourire forcé en risquant la mort a chaque bouchée, et bien sûr toujours accompagné d’arrières pensés drôles et ironiques.

     

Avançant au jour le jour, Nier accepte donc de petites quêtes l’envoyant aux 4 coins de la carte, multipliant les allers-retours forcés. Les premières missions, assez simples, consistent comme souvent en des objets à récolter ou à livrer, ou nécessitent de s’en prendre aux pauvres animaux alentours pour leur viande. D’autres personnages vous confiront des taches plus actives comme tuer des monstres belliqueux qui sévissent dans les parages, ou partir en mission de sauvetage pour chercher un personnage disparu.

Trop classique ?

Après quelques quêtes de routine, l’histoire finit par décoller et met de nouveau un grimoire (baptisé Weiss) sur le chemin du principal protagoniste. Weiss étant semi-amnésique, tous deux repartent de zéro avec les premières formules de base et des pouvoirs à débloquer au fil du temps. Et de pouvoirs, Nier va en avoir besoin. Car si la civilisation a radicalement changé de visage, les monstres qui rodaient quelques siècles plus tôt sont toujours là pour terroriser les foules, et s’avèrent même plus puissants. Les tours et donjons visités regorgent de pièges, d’énigmes ou de puzzles géants à résoudre. Dans ces épreuves, la caméra passe de temps en temps en vue de dessus comme dans un Zelda.

Si les séquences de combat sont des plus classiques et peu originales lorsque Nier manie son épée, le livre apporte une subtilité assez rare au genre. Selon les phases d’action, le jeu se transforme en shoot’em up version light. Le grimoire Weiss peut lancer des rafales d’énergie en ligne droite tel un vaisseau spatial, ou des projectiles chargés. Certaines phases de jeu vont même jusqu’à placer la caméra comme dans un jeu de shoot classique. Ce pouvoir donne réellement du relief aux combats ; une dimension supplémentaire qui apporte un vrai plus au titre, mixant l’attaque frontale et les tirs en rafales. Le système de shoot est d’ailleurs très utile face aux boss gigantesques. Ces derniers s’affrontent d’ailleurs souvent en plusieurs sessions qu’il faut clôturer avec une ultime attaque ciblée sous forme de lances géantes envoyées par le grimoire.

     

Weiss ne constitue pas votre seul allié, puisque d’autres personnages viendront lui prêter main forte pendant le périple. Ces partenaires au caractère torturé ne seront pas de trop vu la difficulté de certains passages. Dans la liste des accompagnants, on notera surtout la présence féminine de Kainé, une jeune femme aussi puissante que court vêtue. En plus d’être vraiment très puissante, cette guerrière n’a pas sa langue dans sa poche. Comme Weiss, elle ne lésine pas lorsqu’il s’agit de railler les choix du héros quand elle les considère inutiles ou futiles. Ce n’est pas pour autant que le bouquin parlant et Kainé s’entendent à merveille, au contraire. Weiss la critique régulièrement, notamment sur sa tenue vestimentaire trop vulgaire selon lui. Ces échanges aident à installer l’atmosphère unique dont dispose ce titre. D’autres protagonistes comme Emile ou Fyra participeront au combat ou guideront Nier en territoire inconnu.

Des yeux et des oreilles

Si la trame scénaristique devient attachante, drôle et très prenante au cours de l’histoire, il est difficile d’en dire autant des graphismes vieillots et un peu vides. Idem, on constate très vide le manque cruel de vraies scènes cinématiques. Chose surprenante pour une licence Square Enix… mais pas pour une production signée Cavia. En revanche, la bande son est une pure merveille. Composé d’instruments classiques, de cœurs et de chants en tout genre, le mix final délivre un déluge de sonorités teintées de douceurs, de nostalgie, ou de percussions lors des phases d’actions. Autre petite déception : le doublage japonais n’est pas présent sur le disque. Néanmoins, les acteurs anglophones ne s’en sortent pas mal du tout. Mention spéciale à celui qui prête sa voix au grimoire Weiss, plein d’ironie et de sarcasme.

Un dernier mot sur cette version du soft originellement estampillée « Gestalt ». Comparé à la mouture exclusivement japonaise (baptisée « RepliCant »), le héros a eu droit à un relooking extrême plutôt spécial, soi-disant adapté aux joueurs occidentaux. Il s’affiche donc chez nous en barbare musculeux et grisonnant, très différent de son homologue de la version japonaise, quant à lui beaucoup plus juvénile. Du coup, dans RepliCant, Nier essaie de sauver sa soeur, ce qui colle davantage au look manga et aux thématiques des histoires japonaises actuelles.

Pour conclure, Nier n’est certainement pas LE jeu d’Action-RPG par excellence, et n’aura pas non plus le premier prix au concours de beauté. Sans aller chercher God of War III ou Final Fantasy XIII sur leurs propres terrains, Nier saura surement satisfaire les amateurs du genre qui ne sont pas trop regardant sur les finitions graphiques ou techniques. Néanmoins, il développe une histoire très touchante et une vraie atmosphère qui lui sont propres. Sauver la petite Yonah d’une maladie mortelle devient vite une quête personnelle que l’on veut atteindre comme si elle était réellement notre fille.

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