Old Boy

Imaginez que vous soyiez emprisonné pendant de longues années, sans nouvelles de vos proches, sans autre vision des événements extérieurs que celle retranscrite par la télévision, et surtout sans même savoir ce qui vous arrive. Imaginez maintenant que vous sortiez de cette cellule et tentiez de reprendre le contrôle de votre vie. Que feriez-vous en premier ? Park Chan-Wook poursuit sa trilogie de la vengeance toujours à partir d’un constat simple mais avec des conséquences aussi logiques qu’impressionnantes.

L’espoir fait vivre

Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire, est enlevé et séquestré pendant quinze ans, avec une télévision pour seul lien avec l’extérieur. C’est d’ailleurs par ce biais qu’il apprend la mort de sa femme et les accusations de meurtre portées à son encontre. Quinze longues années durant lesquelles il médite sur deux questions existentielles : qui et pourquoi ? Un beau jour, il se réveille sur le toit d’un immeuble. A la joie de recouvrer sa liberté succède le désir de vengeance, comblé par un jeu de piste proposé par son mystérieux agresseur. Dae-Soo se lance donc à la poursuite de son passé pour mieux construire son futur, un futur qui ne pourra passer que par la mort de son adversaire.

     

Voyage au cœur de l’enfer

A l’enfer vécu durant son incarcération succède pour Dae-Soo l’enfer de ne pas savoir ce qui lui arrive. Quelqu’un joue avec sa vie, ses souvenirs, ses proches et quoi qu’il fasse, la patte de son mystérieux ennemi ne cesse de le poursuivre. A chaque indice récolté, une nouvelle énigme, à chaque réponse, de nouvelles questions apparaissent. C’est sur ce principe que le lien unissant les deux hommes se resserre petit à petit, sans jamais se dévoiler complètement, tout comme le lien unissant le spectateur au film.

La vengeance a beau être un plat qui se mange froid, comme Kill Bill s’amusait à nous le rappeler, il n’en reste pas moins meilleur avec du sang bouillonnant. La violence apparaît donc comme un ingrédient primordial, auquel Old Boy fait appel à diverses reprises de la plus « belle » des manières qui soit. Sans taper dans le voyeurisme, les scènes de violence dans le film font montre d’un sens esthétique particulier et malgré tout plaisant. On se souviendra longtemps de la scène de combat dans le couloir, où Dae-Soo abat à coups de marteau des dizaines d’opposants déchaînés. Un régal pour les yeux… et pour les notes d’hôpital.

     

Magistral !

C’est, parmi tous les qualificatifs qui viennent à l’esprit, celui qui décrit le mieux la réalisation de Park Chan-Wook sur ce petit bijou d’inventivité. Old Boy fascine littéralement par son scénario maîtrisé de bout en bout, la qualité exceptionnelle de sa réalisation très inspirée, l’humanisme de ses personnages ballottés par leur destin, l’intensité de ses scènes chocs (comme les combats), la diversité des émotions ressenties. Oui, il s’agit bien d’un chef d’œuvre, n’ayons pas peur des mots. Mis à part la qualité technique du film, il convient de souligner la prestance des personnages, magistralement interprétés par des acteurs de grande classe. Choi Min-Sik (Ivre de femmes et de peintures) colle parfaitement à son rôle de vengeur hirsute, Yu Ji-Tae (Attack the Gas Station, La femme est le futur de l’homme) à celui du tortionnaire rageur et Kang Hye-Jeong à celui de femme perdue et insolite.

Park Chan-Wook met le spectateur sur la piste, sans pour autant lui distribuer les réponses sur un plateau d’argent. Chacun est ainsi libre de se faire sa propre idée de ce qui se trame, de réfléchir à sa propre vitesse, puis de se faire lamentablement jeter par les choix scénaristiques opérés par le réalisateur. Et c’est exactement ce qui fait la force d’Old Boy : des idées si simples et terre à terre qu’elles en deviennent tirées par les cheveux pour quiconque s’amuse à faire des pronostics. En ce sens, Park Chan-Wook parvient à manipuler le spectateur, à maintenir son désir d’en savoir plus, à titiller ses sens (émotion, colère, désarroi, surprise…). Une certitude : vous ne ressortirez pas intact d’une séance psyché-délire d’Old Boy.

Old Boy vous prend aux tripes et ne vous relâche qu’une fois tout retourné. Un estomac bien accroché, un mental insubmersible et surtout un cerveau en pleine possession de ses moyens, voici les qualités requises à l’entrée en salle. Park Chan-Wook signe avec Old Boy un thriller noir époustouflant et captivant, et le mieux, c’est qu’il y met les formes. Du grand cinéma.

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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