Persona Trinity Soul

Signée par le studio A-1 Pictures, une filiale d’Aniplex, la série animée intitulée Persona Trinity Soul est diffusée depuis le 5 janvier 2008 sur le petit écran japonais. C’est une équipe solide que l’on retrouve à la tête du projet, d’où une attente particulièrement importante de la part des fans de la saga, mais également des amateurs de japanimation. Aussi, à l’heure où le suspense n’est plus, du moins pour nous autres privilégiés de la rédaction, nous avons décidé de vous révéler si oui ou non, Persona Trinity Soul tient ses promesses !

10 ans après…

… le sauvetage de la race humaine dans Persona 3, voila que le calme d’Ayanagi, une cité construite près de la mer du Japon suite au problème du syndrome d’apathie, est troublé par une série d’étranges agressions. Certaines victimes, surnommées « Reverse », ont été retrouvées atrocement défigurées, l’épiderme complètement retroussé. D’autres ont mystérieusement disparu, à l’instar de l’équipage d’un sous-marin en immersion, tandis que les plus chanceux demeurent figés dans un état végétatif, comme privés de leur conscience, voire même vidés de leur force vitale.

C’est dans ces circonstances peu rassurantes que débarque en ville le héros de l’anime, Shin Kanzato, accompagné de son petit frère Jun. Ces derniers viennent s’installer chez leur frère ainé, Ryô, qui occupe le poste de chef de la police locale, rien que ça. Quant à Shin, il entame une nouvelle année scolaire dans le lycée Naginomori. Il y fait la connaissance de nombreux amis, qui lui apprennent le dernier trip à la mode chez les jeunes : l’extraction d’ombre. Cette pratique dangereuse hautement dénigrée par Megumi induit chez l’humain un fort sentiment d’euphorie, comparable à celui provoqué lors de la prise d’une drogue, mais cache en réalité un moyen détourné de libérer sa persona ; cet alter-égo psychique surpuissant que les héros du RPG éponyme emploient afin de combattre les démons.

     

Un soir, alors qu’il part faire quelques courses au convini du coin, Shin croise le chemin d’individus très louches, capables de faire appel à leur persona. Leurs intentions ne s’avèrent visiblement pas amicales, et ils ne tardent pas à se montrer menaçants. A cet instant précis, la persona de Shin s’éveille et surgit hors de son corps pour le défendre. S’ensuit un combat titanesque entre les avatars de notre héros et ses adversaires, au bout duquel le lycéen parvient tant bien que mal à s’enfuir. Tout d’abord interloqué, l’intrépide garnement va très vite se ressaisir et recentrer ses interrogations sur la nature de la créature qui vient de lui sauver la vie.

Mais il ne s’agit pas de la seule vérité dont Shin ignorait l’existence. Le jeune homme est bien loin de se douter que Ryô possède également la faculté d’invoquer l’un de ces extraordinaires gardiens, et qu’il traque dans l’ombre ces mêmes criminels. Le chef de la police sait que l’un d’entre eux se sert de sa persona pour absorber celles d’autres personnes, entrainant chez ses victimes les même symptômes que chez les Reverse. Il paraît donc clair que tous les évènements inquiétants se déroulant à Ayanagi sont plus ou moins directement liés ; les meurtres sordides, le retour du syndrome d’apathie, les extractions d’ombre… Il reste néanmoins énormément de points à éclaircir, le premier sur la liste consistant à déterminer qui tire les ficelles d’un tel plan, et dans quel but ?

Une adaptation fidèle ?

Contrairement à ce que l’on peut lire à divers endroits, ce n’est pas la première fois que l’univers de la saga MegaTen se voit décliné en anime. Peu après la sortie du roman original d’Aya Nishitani, un OAV portant le nom de Digital Devil Monogatari Megami Tensei est enfanté en 1987. Il faudra ensuite attendre les années 2000 avant d’accueillir la série animée tirée de Devil Children, une autre sous-licence de MegaTen. Vient maintenant le tour de Persona, dont la renommée du troisième épisode sur PS2 a enfin fait le tour du monde.

Etant donné la qualité des cinématiques de celui-ci, les joueurs espéraient (à juste titre ?) quelque chose de similaire car Trinity Soul représente la séquelle de Persona 3. Seulement il n’en est rien, et de ce constat décevant ont émergé les premiers doutes au sujet du respect du monde de P3. Heureusement, d’un point de vue esthétique, on ne s’éloigne pas trop du cachet MegaTen/Persona puisque l’on retrouve dans le chara design de Yuriko Ishii une certaine ressemblance avec les coups de patte de Kaneko et Soejima. Cette analogie permet de rassurer suffisamment le fan pour lui laisser le soin d’appréhender sereinement l’atmosphère et le background de la série.

     

À commencer par l’environnement scolaire et l’importance des relations humaines, autrement dit la marque de fabrique de Persona 3. En effet, tout comme dans le dernier-né des MegaTen, Shin tente de se construire un cercle d’amis, et de gagner l’affection de ses proches (en particulier son grand frère). D’ailleurs, ses relations disposent toutes de traits de caractère en commun avec la troupe de P3 ; on reconnaît très vite en Ryô un petit air de Shinjiro, idem pour Megumi et Yukari, Kanaru et Fuuka, ou Takurô et Junpei.

En outre, les clins d’oeils beaucoup plus direct à P3 ne manquent pas, à l’image des pilules que prend Ryô ou l’équipe des Outsiders, qui ne sont pas sans évoquer les drogues utilisées par Strega et Shinjiro. On citera aussi l’apparition d’Igor dans les rêves des détenteurs de persona, une mystérieuse jeune fille incarnant le sosie de Mitsuru Kirijô, un informateur secret de Ryô possédant la même voix que Akihiko Sanada, les escapades nocturnes de nos héros, ou bien encore la présence de musiques tirées du RPG (et quelles musiques !!).

Ceci dit, pour estimer à sa juste valeur le lien entre Trinity Soul et le jeu vidéo, il faut se mettre en tête dès le départ que l’anime ne limite pas ses références à Persona 3, mais les étend à l’ensemble de la saga. Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’ambiance générale ou certains détails du scénario se rapprochent plus de ceux des premiers épisodes que du troisième ; par exemple l’extraction d’ombre – malgré son rapport évident avec les Shadows – rappelle étonnamment le jeu « Persona » et la malédiction de Joker, c’est-à-dire des éléments capitaux des deux premiers volets (cf notre dossier en section jeux vidéo). De même les personnages n’ont pas besoin d’un Evokeur (le fameux pistolet des S.E.E.S.) pour invoquer leur persona.

En fin de compte, les influences « personaesques » demeurent bel et bien omniprésentes dans Trinity Soul, et le seul reproche que l’on puisse indubitablement formuler quant à la fidélité de la série vis-à-vis de l’oeuvre originale reste la modélisation beaucoup trop « mécha » des personae. Et pour cause, quand bien même celles-ci en imposent par leur look cyberpunk, on ne distingue plus vraiment à travers elles les facettes cachées des héros, ni l’inspiration mythologique que l’on ressent habituellement dans leur design. Dommage…

Persona dit si c’est bien ou pas ?!

OK, Trinity Soul fourmille de clins d’œil et références diverses aux RPG d’Atlus, c’est vachement cool. Mais nous sommes d’accord, cela ne fait pas forcément de lui un produit à découvrir d’urgence par les non-initiés. En revanche, un scénario prenant et une réalisation appliquée si ; encore faut-il savoir les apprécier ! Parce qu’en bonne production nippone qui se respecte, Trinity Soul jouit d’un traitement spécifique qui ne plaira clairement pas à tout le monde. En ce sens, l’anime rejoint directement la saga de RPG, en proposant une intrigue alambiquée et longue à s’installer, dont les zones d’ombre s’estompent au fur et à mesure du temps.

     

Son univers imprègne petit à petit le spectateur de son ambiance délicieusement sombre. On se laisse inexorablement submerger par son courant surréaliste, pour finalement s’enfoncer dans le même cauchemar éveillé que les personnages principaux. Tout comme eux, on ne sait pas qui sont réellement les ennemis, ni la vérité sur les événements passés, et l’on assiste, impuissants, à la révélation de leurs origines au cours de leurs combats. Le parallèle établi entre la découverte de leur persona et de la réalité de la vie hors milieu scolaire apporte une vision extrêmement percutante de la quête initiatique. Malheureusement, nous n’avons pas pu visionner la fin, et nous ne pouvons donc pas vérifier si elle se montre à la hauteur des épilogues habituels de cette fabuleuse saga.

Par contre, nous en avons vu largement assez pour évaluer favorablement l’aspect technique de la série. Grâce à son staff composé de nombreuses pointures, notamment Shinsuke Onishi au scénario (déjà responsable de Darker than BLACK, Innocent Venus, The Third), Yuriko Ishii au chara design (Host Club, Ghost in the Shell SAC SSS, Prince of Tennis, Kemonozume) et Taku Iwasaki à la composition des musiques (Gurren Lagann, Witch Hunter Robin, Oban Star-Racers, Origin, Getbackers, Muv-Luv Alternative…), Trinity Soul bénéficie d’une finition digne des dernières productions en matière de japanimation. Mention spéciale à l’animation de très bonne facture, surtout durant les combats très dynamiques, régulièrement ponctués de remarquables effets de lumières.

Si cette chronique semble globalement positive, nous tenons cependant à la terminer par une grosse mise en garde. Tout comme Persona 3 (et ses prédécesseurs) s’adresse à une niche de fans hardcore prédisposés à pénétrer dans un monde aussi complexe que séduisant, Trinity Soul ne dévoilera son essence qu’aux spectateurs prêts à faire l’effort de s’investir corps et âme dans sa compréhension. A bon entendeur…

Vous retrouverez l’intégralité de l’article original dans le magazine Role Playing Game n°8 (Mai/Juin 2008), ainsi que des illustrations inédites et plein d’autres informations exclusives.

X-Fab

X-Fab est ainsi surnommé car il a passé de longues années au département des affaires non classées du FBI, en compagnie de Mulder et Scully… en tant que pièce à conviction. Persuadé d’avoir été enlevé par des ET, et clamant haut et fort qu’ils l’ont torturé en lui passant la musique de Tetris en boucle durant des semaines, il sait qu’il est différent des autres. Il prétend que son contact avec des entités paranormales lui a alloué des pouvoirs surhumains : ses pouces seraient cent fois plus rapides et puissants que ceux du commun des mortels. En quête de pouvoir, il réunit une équipe d’exception sur WebOtaku afin de convertir l’humanité à la cause des loisirs geek. Ses spécialités : le RPG, le Survival-Horror, l’action-aventure, la baston, les jeux musicaux, et les cernes sous les yeux.

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