Priest

Le manhwa fait décidément une entrée bien plus rapide que le manga dans notre beau pays. Ceci grâce notamment aux éditions Tokebi qui en ont fait leur spécialité. Un de leur artiste qui fait le plus parler de lui en ce moment est le manhwaga Hyung Min-Woo qui a débuté sa carrière en 1994, avec une série sur le judo. Depuis juillet 1998, il publie Priest. Comportant actuellement plus de 15 tomes en Corée, l’auteur pense boucler l’affaire en 25 volumes. Ce sera donc un investissement conséquent que de se lancer dans cette série, et il serait plus prudent de se faire une idée dès maintenant sur ce Western-Gothique.

La messe est dite

« […] Je m’appelle Ivan… Ivan Isaak. Ceci est le récit de mon cauchemar. » Ainsi commence le journal du prêtre qui a brisé le tabou catholique en ouvrant le Domas Porata. Le destin d’Ivan fut scellé le jour de son adoption dans la famille d’un riche propriétaire d’Old Berry, Jacop Isaak. Il y grandit en assouvissant sa soif de connaissances des vieilles légendes et des religions, catholiques comme hérétiques. Il y connut aussi l’amour pour sa sœur adoptive, Zena. Cet amour impossible fut condamné par leur père, qui envoya Ivan dans une université religieuse. Il revient 9 ans plus tard, ayant embrassé la carrière de prêtre. Après une courte idylle avec sa sœur, devenue propriétaire suite à la mort de son père, un homme énigmatique fait son apparition : le père Raul Pietro. Cet homme vient chercher notre érudit des sciences hérétiques afin qu’il découvre le mystère se cachant derrière un artéfact mystérieux du nom de Domas Porata…

Que renferme cet objet ? Ivan arrivera-t-il à percer son mystère… En tout cas, il y a un rapport entre ces événements et la présence de notre prêtre dans un train au début de l’histoire. Prêtre cadavérique, un couteau en argent à la main, un fusil à canon scié dans l’autre, et une rage incarnée par un démon du nom de Vessiel. Celui-ci a pris la moitié de l’âme d’Ivan pour lui permettre de revivre et d’accomplir sa vengeance contre Temosare. Sa haine est telle que rien, ni les morts-vivants, ni les démons disciples des ténèbres, ne l’empêcheront d’atteindre celui qui est responsable de son malheur.

     

Amen

Le personnage d’Ivan est impressionnant. On le sent vraiment tiraillé entre les deux parties de son âme. On ressent toute sa colère lorsqu’il bondit sur ses ennemis, un sourire diabolique aux lèvres et le visage de Vessiel flottant derrière lui comme une aura de haine. On ressent également toute son humanité lorsqu’on le voit souffrir de son passé et écrire son journal. Mais si Ivan est le personnage principal, et que tout est là pour le mettre en avant, bien des personnages sont présents à différentes époques et en différents lieux selon son périple, et eux non plus ne manquent pas de charisme. On notera principalement Ester, chef et seule survivante des Mat Riders après s’être retrouvée entre notre prêtre maudit et une troupe de zombies. Son destin semble lié a celui d’Ivan, de par sa ressemblance avec Zena, mais aussi par la malédiction qu’elle reçoit du onzième disciple de Temosare, Xavilon, qui la condamne à se transformer en mort-vivant. Suivra-t-elle Ivan ou Temosare ?

D’un point de vue graphique, l’auteur se détache vraiment du lot. N’utilisant que des traits anguleux et hachures, laissant de côté les dégradés, on est vraiment en présence d’une vraie œuvre en noir et blanc. Et il est évident que ce style colle parfaitement à une ambiance western, tout comme une ambiance gore. Les dessins sont capables de dégager énormément d’énergie, et on ressent la rage d’Ivan à chaque combat. Une particularité parmi tant d’autres, l’auteur ne délimite pas ses cases par des traits, mais en jouant en permanence sur un fond noir pour une image blanche et inversement. Tokebi ne doit pas apprécier la quantité d’encre que coûte l’impression de l’oeuvre, mais le résultat est là, chaque page gagne énormément en profondeur, et chaque case nous attire.

     

Voir également l’interview de Hyung Min-Woo sur WebOtaku.

L’auteur a-t-il vendu la moitié de son âme au diable ? D’où tient-il son talent, sinon ? Beau, passionnant, c’est vraiment une œuvre de grand intérêt. L’auteur omnivore cite énormément d’inspirations, mais certaines ressortent souvent comme Blood (jeu vidéo américain), Hellboy (comics), ou les films de Sergio Leone. Il leur fait honneur et c’est un bon mélange qu’il nous propose, en obtenant une œuvre originale et un manwha qui se détache des autres. N’hésitez plus, laissez vous entraîner sans attendre dans cette messe noire.

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