Romancing SaGa

On ne peut le nier, en tant que console, la Super Famicom arbore un catalogue RPG sacrément étoffé avec toutes les perles que l’on connaît et toutes celles qui nous sont passées entre les doigts à cause de cette foutue localisation. Enfouie entre une fantaisie finale pas encore terminée de nos jours et des aventures de mana, on trouvait une série de Squaresoft qui allait changer nos habitudes de joueurs. Les Romancing Saga marquaient d’une patte nouvelle l’histoire du jeu de rôle en instaurant des règles déroutantes mais terriblement excitantes ! Aujourd’hui, notre PS2 accueille le remake du tout premier épisode remodelé pour l’occasion. Ne boudons pas notre plaisir et louons l’initiative de Square Enix d’éditer ce titre en US !

Depuis un moment maintenant, c’est marrant, je ne rechigne même plus à me réveiller le dimanche ! Alors que je tente de récupérer de la soirée arrosée d’hier avec ma bande de joyeux compagnons, je me dirige nonchalamment vers un patelin paumé dans le simple et unique but d’y trouver des jeux… Vous me direz, j’aurais pu le faire en semaine, des enseignes spécialisées, ça pullule dans tous les bons centres villes et je n’ai qu’à me poster devant une vitrine pour faire mon choix parmi la bonne centaine de titres proposés. Mais voyez vous, la vie est tout autre. L’humble joueur que je suis recherche autre chose qu’un plaisir éphémère ou une explosion de beaux graphismes pour un intérêt lorgnant vers le bas… De cette volonté de renouer avec les racines de notre passion, le oldisme apparaît comme une excellente échappatoire et une mine de trésors insoupçonnés pour une poignée d’euros ! Sonic 1 sur Megadrive ? Une vieillerie pour certains, un exemple de gameplay pour d’autres ! Brocante, tu me fais du bien !

1992, Japon. Pas forcément préparé, l’archipel nippon recevait de SquareSoft un titre du nom de Romancing Saga. Un jeu étonnant qui misait sur une non linéarité totale, une marque de fabrique reprise plus tard, dans les autres titres estampillés Saga. Ce premier soft déroutait par son aspect sauvage et complètement hors catégorie puisque c’est vous qui alliez mener votre aventure de votre propre manière alors qu’un Final Fantasy servait une progression nettement plus régulière et suivie. Alors oui, le oldisme sévit toujours aujourd’hui, comme la foudre s’abat sans crier gare (et jamais au même endroit en plus !). Tandis que les jeux de plate forme rédigent leur testament puant la chronique de mort annoncée, le RPG persiste et signe sans pour autant faire mouche chaque fois ; du coup, on se retourne doucement vers les racines du genre pour rééditer des titres sur lesquels la majeure parties des fans auraient fait l’impasse.

2005, USA. Préparé, le continent américain reçoit le remake du tout premier Romancing Saga ; enfin dirons-nous ! Alors bon, si sur WebOtaku, on aime l’actualité, la fraîche, la chiadée, on aime aussi se pencher sur quelques vieilleries qui le méritent amplement, et cet épisode d’une série peu connue arrive au poil ! Au fait, je vous ai déjà raconté ma superbe pêche de la semaine dernière dans un village de paysans où…

     

8 destins, 8 façons de jouer.

Que ce titre est puissant ! Il recèle un potentiel énigmatique énorme, et je vous voie déjà froncer des sourcils ! Posons les bases scénaristiques qui finalement ne représente qu’un prétexte à toute une multitude de quêtes et d’aventures plus ou moins ardues. Néanmoins quand on incruste une bataille épique entre des dieux bons et mauvais, on accroche tout de suite une dimension grandiose au jeu pour peu que l’ensemble soit cohérent.

Sur Mardias, Death, Schirach et Saruin, un groupe de méchants, se sont mis sur la tronche avec le dieu des dieux, Elore. Mauvaise idée puisqu’à la fin, le Bien triomphe et on supprime les pouvoirs de Death et Schirach, alors que Saruin est emprisonné dans 10 pierres du destin aujourd’hui éparpillées à travers le monde. Le pouvoir de ces cailloux s’épuise de plus en plus et dans des mains mal intentionnées, le pire s’avèrerait plausible… Romancing Saga croise l’histoire de 8 personnages aux buts et ambitions différentes pour stopper cette menace qui ne dort que d’un œil.

Scénario presque « timbre poste », Romancing Saga vous octroie la possibilité de choisir au début de votre partie parmi 8 bonhommes qui parcourent le monde accomplissant exploits et missions pour mieux mettre à jour un complot pas si anodin. 8 façons de jouer car d’un protagoniste à l’autre, on n’aura pas les mêmes objectifs, et ça, c’est une des grandes forces de ce jeu. On débutera à divers endroits selon notre choix, tout en façonnant notre personnage à notre manière, en cherchant nous même nos missions, en recrutant nos propres alliés parmi une large gamme (simples mercenaires ou héros du jeu).

Romancing Saga propose donc une approche du RPG aux antipodes d’un Final Fantasy par exemple. C’est notre jeu, nos choix, nos combats. On veut aller à l’autre bout de la carte du monde ? Pas de problème ! Un petit tour sur le planisphère, et on s’y retrouve en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ! De ce gage de qualité découle déjà un problème de linéarité inexistante où l’on se retrouve propulsé sur des terres totalement inconnues avec peu ou pas d’indications pour correctement avancer. On se perd facilement dans la dizaine de noms de continents sans compter que Romancing Saga fait partie des jeux difficiles, et on ne compte plus les allers-retours pour enfin dénicher la petite information qui nous permet de continuer. Rageant, mais Square-Enix pense à tout, et nous sert un système complexe et efficace pour faire face aux nombreuses tâches à entreprendre !

     

Un titre complet mais confus.

Tellement complet que vous pouvez même choisir le sexe de votre héro pour en faire une sorte d’hermaphrodite… On s’amuse avec ce qu’on peut ! Votre aventure commence là où vit habituellement votre personnage, où on prend non sans mal ses premières marques. En effet, tout s’enchaîne rapidement, et on a parfois du mal à bien assimiler le flot constant d’informations. Chaque village dispose de son lot de boutiques ; ici aussi on trouve tellement de marchands que l’on a parfois du mal à s’y retrouver. Heureusement, un petit scout vous offrira une précieuse carte pour mieux déambuler. Au delà des éternelles armureries, on remarque un mentor qui vous enseigne l’art des classes pour se spécialiser dans telles ou telles armes ou magies. C’est pratique pour se confectionner une équipe équilibrée en misant sur plusieurs stratégies d’attaque. Ces maîtres vous apprennent d’autres actions – trouver des coffres cachés, grimper sur certaines parois, sauter des gouffres, etc. – idéales pour explorer à fond une zone et découvrir tous ses secrets.

Tout d’abord, il faut comprendre l’utilité des classes puisqu’elles influent sur vos capacités en combat. Grossièrement, on donne plus facilement une classe d’épéiste à un costaud plutôt que de miser sur la magie qu’il ne maîtrise que très peu. Les bars apparaissent comme un passage obligatoire pour recruter vos futurs compagnons. Parfois même, on y rencontre le ménestrel, un troubadour guerrier qui semble plus important qu’il ne le laisse voir. C’est lui qui vous permet de supprimer un allié de votre équipe pour un autre. Or un nouveau personnage n’est pas forcément plus fort… Aussi on préférera le plus souvent conserver sa formation actuelle plutôt que de jouer à la roulette russe et tomber sur une lopette qui ne fera que caresser l’ennemi en le frappant…

En plein combat, on retrouve ses marques habituelles, accompagnées d’autres indications, tels que les Life Points, les Battle Points et les Durability Points. Les Life Points représentent vos vies qui s’amenuisent lorsque vos HP habituels tombent à 0. Quand on n’a plus de LP, adieu ! Les Battle Points remplacent les MP pour lancer vos magies et autres techniques de combat. Les Durability Points se rattachent à vos armes, et à 0, elles se brisent occasionnant bien moins de dégâts. Pensez à rendre visite au forgeron le plus proche pour fortifier vos armes, vous le ne regretterez pas ! Gardez donc un œil sur toutes ces jauges car elles pourraient bien vous jouer des tours lors d’affrontements importants. Evidemment, il serait fastidieux de tout détailler, mais comme l’histoire tarde à démarrer, profitez-en pour bien analyser les offres des mentors et des marchands.

     

Baston dans des grottes !

Prenez n’importe quel RPG, on sait pertinemment que le levelling y tient une place prépondérante. Les rencontres aléatoires de Romancing Saga sont pourtant à double tranchant car elles s’associent à un Event Rank crucial. Omettre un point si important, c’est comme remettre en cause l’intérêt de tout le jeu, et louper un sac de quêtes rémunératrices ! Explications.

Dès lors que vous commencez à vous battre, vous développez vos compétences individuelles (force, défense, intelligence… etc), exit donc les niveaux ! Un personnage utilisant souvent des sorts augmente d’avantage sa puissance magique ; sachez donc planifier vos attaques, soyez cohérent, ne faites pas d’un bourrin un magicien ! De même, l’event rank progresse tout autant que vos caractéristiques personnelles lors des batailles, et comme toutes les missions requièrent un event rank minimal, vous pourrez bien en manquer certaines si vous vous lancez dans une session de level up monstre ! De ce fait, Romancing Saga nécessite une attention toute particulière sur votre environnement, discutez avec un maximum de NPC pour déclencher les quêtes et découvrir de nouvelles contrées.

Lors des phases d’exploration, on distingue les bestioles à l’écran, mais elles foncent sur nous lorsqu’elles s’aperçoivent qu’on s’approche d’elles. Alors parfois, ça donne lieu à des courses poursuites tendance chasse à l’homme par une demi douzaine de loups. Et soudain, un combat s’enclenche parce que l’un d’entre eux vous a rattrapé… Puis un autre, et encore un autre jusqu’à ce que la totalité des monstres qui vous coursaient soit éliminée. Pas glop. Pire, ils s’enchaînent sans temps mort et les nerfs supportent mal cette tension ! C’est le système de chain. En effet, si vous recouvrez la totalité de vos forces à la fin de chaque rencontre traditionnelle, ce n’est pas le cas dans les chain battles… Vicieux et tendus, les combats tiennent une place capitale dans l’avancée du jeu, tant et si bien qu’à trop en abuser, on risque de passer à côté de certains éléments scénaristiques. Ce jeu est perfide !

Un pari graphique osé.

Romancing Saga plonge le joueur dans un monde aux contours réalistes. On retrouve les stéréotypes de décors habituels (plaines, villages, montagnes enneigées, grottes, catacombes…) couplés à des couleurs ternes pour renforcer cette impression. Les personnages, quand à eux, en tiennent une couche ! De la SD bizarre, des bustes aux proportions humaines avec des têtes surdimensionnées, le tout animé exagérément par un dandinement du popotin ! L’ensemble donne au visuel un cachet particulièrement étrange quand on s’habitue à un Tidus-like, et contribue à rendre Romancing Saga attrayant, mais controversé. On se rend alors compte que les développeurs s’intéressent bien plus au gameplay qu’à l’aspect graphique du soft, c’en est presque étonnant de la part de Square Enix !

Par contre, les musiques bénéficient d’un soin divin, tout en douceur ! Guitare sèche, flûte, un peu de batterie, elles charment les oreilles mais cassent ce rythme à l’arrivée des boss et sortent les gros rifs acérés ! Un vrai bonheur pour les tympans ! Au final, on constate qu’entre technique et musique, c’est le jour et la nuit. Les animations des batailles ne se contentent que du strict minimum, et lors des zooms, on s’étonne des traits grossiers des combattants. Mais le rythme soutenu et la rapidité des affrontements relèvent le tout.

Romancing Saga mériterait un dossier complet à lui seul tant son système se révèle complexe. Sans pour autant le relayer dans la classe des jeux mauvais, il disperse les foules par ses graphismes d’un autre âge. Néanmoins, son gameplay ultra complet rehausse largement le tout, et finalement on prend énormément de plaisir à parcourir le monde pour trouver des quêtes. Romancing Saga fait parti de ces titres à part dans la ludothèque PS2, ceux qui s’y frottent en ressortent ravis ou carrément dégoûtés. L’expérience unique du titre vaut le détour, il casse nos habitudes pour proposer un voyage extraordinaire où vous êtes vraiment le héro, et rien que pour ça, je suis bien content de l’avoir acheté (merci à Gweb) !

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