Saiyukiden

Le mythe que conte ce manga est connu sous différents noms plus ou moins renommés. Le hit interplanétaire Dragon Ball, par exemple, trouve sa source dans l’histoire du Roi des Singes, celle que décrit Saiyûkiden. Bien sûr, dès que l’on a lu le titre, on pense à Saiyûki, animé sorti en DVD chez Dynamic Visions. Et bien ces deux titres puisent leur source dans le même mythe, celui du Voyage vers l’Occident. Mais les deux mangakas traitent cette histoire de manières complètement opposées, l’un misant sur l’humour et l’autre sur le trash et la violence omniprésente. C’est sur ce dernier que nous allons nous attarder, et croyez-moi, vous n’allez pas être déçus…

L’histoire d’un singe pas comme les autres

Son Gokû dort « paisiblement » au pied du pilier auquel il est voué à être attaché pour l’éternité. Des volatiles maléfiques s’agitent soudain, le singe rêve. C’est donc au sein de ce rêve que débute l’histoire de Saiyûkiden. L’intrigue du manga est de prime abord très difficile à suivre et il est nécessaire de relire le livre à plusieurs reprises pour saisir parfaitement l’histoire. Le manga se divise en deux parties. L’une se déroule avant la malédiction de Son Gokû, l’autre nous conte les aventures du Roi des Singes après sa libération par le moine Sanzô. Ce premier volume dévoile très peu d’éléments et c’est le deuxième tome qui permettra réellement de s’accrocher à l’intrigue.

Terada Katsuya superpose dans l’histoire les deux étapes décrites plus haut. Cela demande un certain temps d’adaptation, mais qui, ne vous en faites pas, est loin d’être insurmontable. Les deux parties nous dévoilent deux visages de Gokû très différents moralement, mais pourtant physiquement identiques. Pour être plus clair, nous pourrions dire que le caractère du singe est identique des deux côtés mais c’est sa vision du monde qui est abordée de manière sensiblement différente. En effet, Son Gokû est toujours très violent et vulgaire, mais ses valeurs changent après que Sanzô l’ait libéré de la malédiction des dieux.

Résumons brièvement sans spoiler les différentes intrigues. La première partie, avant la malédiction, nous explique l’aventure de Son Gokû, Roi des Singes, parti à la conquête du ciel pour tuer le bouddha Câkyamuni (et oui rien que ça ^_^). Il doit alors affronter un grand nombre d’ennemis bien connus des amateurs d’animation japonaise. Citons par exemple les jumeaux Ginkaku et Kinkaku présents dans l’animé Saiyûki. Arrivé au terme de son voyage, notre héros se retrouve donc confronté à son ennemi juré, représenté sous la forme d’un énorme visage descendant du ciel. Vous n’en saurez pas plus sur le terme de l’affrontement, pour ne pas vous gâcher le plaisir.

Le moine Sanzô libère donc Son Gokû, attaché à un pilier depuis des milliers d’années. C’est à ce moment que tout se complique, suivez bien… Le moine, arrivé au sommet de la montagne où le primate est enchaîné, se fait attaquer et est malheureusement tué. Il a par chance assez de temps pour confier un fœtus à Son Gokû, fraîchement libéré. Il lui demande également de placer ce fœtus au sein d’une certaine femme, qu’il devra retrouver par lui-même. Terada ne nous montre pas le singe à la recherche de cette femme, mais nous place immédiatement au cours du Voyage que mène Son Gokû accompagné de la réincarnation du moine et d’un cochon, nommé Hakkai. Le bonze, doté de pouvoirs extrêmement destructeurs est attaché sur un cheval, les bras dans le dos, bâillonné (avec une poire…) et les yeux bandés. Tant de précautions sont requises pour l’empêcher de se servir de ses dons meurtriers. Nous suivons donc le périple de ces trois personnages hors du commun, bientôt rejoints par un quatrième larron, Sa Gôjo, représenté de manière assez singulière. Pour les fans de Saiyûki, les personnages sont complètement différents, ne vous attendez pas à retrouver l’ambiance de l’animé…

   

Âmes sensibles s’abstenir…

Et oui, ce petit bijou n’est pas à mettre entre les mains des plus jeunes, et surtout entre celles des amateurs de manga rose bonbon. En effet, il faut aimer le sang, l’action et la violence gratuite. C’est violent, vulgaire, parfois vraiment osé (mais quand je dis osé c’est osé…), mais en rien dérangeant et il suffit de se mettre dans l’ambiance pour que toutes ces petites particularités deviennent aussi banales que n’importe quel autre passage de l’intrigue. La violence sert néanmoins le récit la plupart du temps, et n’est pas, heureusement, tout le temps gratuite. Je déconseillerais donc aux âmes sensibles d’acheter ce manga, au risque d’être parfois choquées, et je pèse mes mots. Un seul mot pourrait décrire l’univers de Saiyûkiden : dérangeant…

Une œuvre d’art miniature

C’est fabuleux… Pour tout vous dire, ce manga est une source d’émerveillement constante. Tout est en couleur, le papier est glacé, la couverture est reliée et le format est plus grand qu’un manga dit « normal ». Terada s’est sublimé sur Saiyûkiden, et c’est l’étonnement suivi de l’admiration à chaque nouvelle page. Le niveau de détail est tel que c’est presque chaque poil de Gokû que l’on pourrait apercevoir en s’approchant des magnifiques planches qui parcourent cette œuvre d’art. Les phases d’action ne sont pas en reste, et même si elles sont parfois légèrement embrouillées, elles fourmillent de détails proprement hallucinants. Merci à Akata pour cette adaptation sans faille et si fidèle à l’édition originale. Dernière excellente initiative du tout jeune éditeur, la conservation des kanji parsemant le manga, traduits par de très discrètes notes en bas de page. Merci…

   

Terada Katsuya

Le mangaka est connu pour avoir créé et réalisé le fabuleux Blood : The Last Vampire, disponible en DVD et faisant partie du panthéon des œuvres animées les plus mémorables, au même titre que les réalisations du studio Ghibli par exemple. On reconnaît la patte du génie immédiatement, et pour ceux qui ne le connaissent pas encore, préparez-vous à devenir fans d’un des mangakas les plus doués de sa génération.

Parfait ?

Bien sûr, Saiyûkiden, L’étrange Voyage en Occident, n’est pas exempt de tout défaut. On pourrait par exemple lui reprocher les difficultés de compréhension au cours de la première lecture, compte tenu de l’enchevêtrement des deux intrigues, sans aucune précision. Ensuite, Son Gokû peut parfois paraître un peu violent et « bourrin », et choquera parfois un peu, notamment au cours de la scène érotique en compagnie de la réincarnation de Sanzô. Toutefois ces deux défauts sont des partis pris de l’auteur et sauront trouver leurs fans.

 

Alors oui ou non me direz-vous ? Et bien, tout dépend des goûts de l’acheteur potentiel, et surtout de son budget. En effet, le prix élevé de Saiyûkiden (11€) peut paraître excessif, mais est amplement justifié par l’édition d’Akata, presque identique à l’originale. En résumé, ce manga s’adresse à ceux qui ont aimé l’intrigue (et uniquement l’intrigue) de Saiyûki et aux fans d’action, d’histoires compliquées, et enfin aux aficionados du maître Terada. Malgré toutes ces informations, le choix ne pourra venir que de vous.

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