Shakugan no Shana

Shakugan no shana est un anime hybride qui mèle le shônen au shôjo manga. En clair, la série nous propose une série de combats mâtinée de romance entre adolescents. Toutefois, malgré ce statut original, et quel que soit le style abordé, la série peine à se démarquer du reste de la production 2005.

Shakugan no shana est à l’origine un manga co-réalisé par Yashichiro Takahashi, Noizi Ito et Ayato Sasakura. Adapté en anime de 24 épisodes par l’excellent studio JC Staff (Ai Yori Aoshi, Honey & Clover), il réunit des talents expérimentés, comme Takashi Watanabe (Boogiepop Phantom, Slayers) au poste de réalisateur ou Ko Otani (Haibane Renmei, Mobile Suit Gundam Wing) à la musique. Sa diffusion s’est étalée du 5 octobre 2005 au 22 mars 2006 sur la chaîne Chiba TV.

L’intrigue de Shakugan no shana reprend un principe similaire à celui des films Matrix, à savoir que notre monde cache un terrible secret. Dans notre cas, il s’avère que des démons appelés guze no tomogara et venants d’un monde parallèle dévorent les âmes humaines. Heureusement, il existe des chevaliers aux pouvoirs multiples, associés à des créatures divines, pour les combattre : les flame haze. S’ils peuvent isoler ces monstres dans des zones de combat spéciales, les fuzetsu, et réparer les dégâts matériels, il n’en est rien pour les âmes déjà attaquées. Il ne leur reste alors plus comme choix que de remplacer la victime par une copie, une torche inconsciente de son sort et vouée à disparaître après un certain temps. Yuji Sakai, un jeune lycéen, fait partie de ces êtres à l’existence limitée, et sa rencontre avec la flame haze Shana va bouleverser sa vie.

     

Une mauvaise réalisation graphique sauvée par une musique splendide

En découvrant pour la première fois l’anime Shakugan no shana, on ne peut qu’être déçu par l’aspect graphique. Le studio JC Staff, qui a su produire les beautés Tiny Snow Fairy Sugar et Honey & Clover, n’a visiblement pas jugé bon d’investir de gros moyens sur cet anime. Ainsi, les décors font peine à voir pour une série datant de 2005. Ils sont grossiers, manquent de détails et leurs dessins ne sont pas très soignés. C’est particulièrement flagrant sur les bâtiments citadins et les voitures. La ville de Mizaki est donc loin d’être aussi attachante que la pension Hinata de Love Hina par exemple, où le spectateur en venait à connaître par cœur ses salles favorites.

Le character-design mérite lui aussi quelques réprimandes. Certes, Mai Otsuka n’a pas complètement démérité ; ses personnages ont un style propre et certains sont même charismatiques. Mais lorsque l’on scrute les planches du manga ou les images extraites des génériques de fin, on ne peut que se sentir déçu de la standardisation que l’artiste a appliquée. Noizi ITO avait effectué un véritable travail d’orfèvre pour offrir de beaux personnages stylés à l’extrême. Mai Otsuka a considérablement dégradé leur pouvoir de séduction. Yuji Sakai en est le pire exemple : très expressif dans le manga, il est physiquement sans saveur dans l’anime.

Heureusement, pour rattraper un peu tout cela, l’univers des fuzetsu s’avère nettement plus réussi. Intercalant des couleurs rougeâtres (ou jaunâtres) agressives avec des teintes sombres, ils dépeignent un univers désespéré captivant. L’ambiance reste la principale bénéficiaire de ces efforts. Happés dans ces zones guerrières, nous sommes entraînés ensuite par le rythme soutenu des combats. L’animation quant à elle se montre correcte. Sans être époustouflante, on ne peut à aucun moment la prendre en défaut. Signe d’un travail appliqué et professionnel.

Cependant, la plus grande réussite technique de Shakugan no shana réside sans conteste dans sa musique. Ko Otani, après le magique Haibane Renmei, nous démontre encore une fois l’étendue de son immense talent. Ses compositions, pour la plupart orchestrales, qu’elles soient enlevées lors des combats ou doucereuses dans les moments d’intimité, sont magnifiques. On pensera notamment aux solos de piano.

     

Des personnages très inégaux

Point crucial de tout anime, les personnages de Shakugan no shana sont difficiles à appréhender. C’est le grand écart entre des protagonistes géniaux et charismatiques et d’autres intervenants plats et sans charme. Paradoxalement, à la manière des films Batman de Tim Burton, ce sont des personnages secondaires et des ennemis qui tirent leur épingle du jeu. Par exemple, Marjorie Doe et son livre parlant Marcosius forment un irrésistible duo à la fois comique et classe. Du côté des méchants, beaucoup apparaissent marquants comme le collectionneur de cadavres ou Bel-Peol, mais la palme revient incontestablement aux frères Aizen, Sorath et Tiriel. Leur association malsaine provoque dégoût et fascination.

Au rayon des personnages un peu manqués figurent étonnamment les deux héros principaux. Shana souffre effectivement de quelques faiblesses. Son design, typique du shôjo manga (énormes yeux et minuscule nez) est déjà très particulier. Son physique et ses proportions anatomiques rappellent davantage une toute jeune collégienne que la lycéenne qu’elle est censée représenter. Cette impression est renforcée par l’interprétation de sa seiyuu, Rie Kugimiya, qui lui donne une voix de gamine. Ajoutez enfin son caractère soupe au lait aux réactions extrêmes (urusai, urusai, urusai !) et vous obtenez le profil type de la gamine braillarde. Il conviendra à chacun de se faire une opinion mais personnellement, je trouve ce genre de personnage agaçant.

Au fil des épisodes, Shana découvre une autre facette de sa personnalité : l’amoureuse. Malheureusement, cela s’avère bien mal traité par les auteurs. Son amour passe rapidement de l’incompréhension à l’obsession totale, ce qui finit par être prodigieusement lourdingue. Heureusement, si Shana est peu douée en sociabilité ou en amour, son identité de flame haze vient tout de même rattraper le tout. Charismatique en diable avec son manteau noir et son superbe sabre japonais, elle parvient à faire oublier ses insupportables cris sur Yuji dans la vie quotidienne.

Yuji Sakai est lui une véritable déception. Les trois premiers épisodes laissaient sous-entendre un personnage torturé et attachant. Sa difficulté à admettre son existence de torche, ses convictions contraires à celle de Shana et surtout ses efforts vains pour conserver un souvenir de Hirai le rendaient touchant. Mais tout s’effondre par la suite. Le héros se transforme petit à petit en jeune homme toujours gentil, attentionné et disponible, qui charme inconsciemment les filles. En bref, un Keitaro Urashima bis de Love Hina ou une copie de Kazuki Shikimori de Maburaho. La façon dont il traite d’ailleurs Hekate à la fin paraît vraiment étrange tant cela ne lui ressemble pas. Enfin, ses hésitations sur le fait de quitter ou non la ville de Mizaki, vers le milieu de la série, sont à mille lieues de ses interrogations existentielles passionnantes du début. N’étant déjà pas aidé par son character-design conventionnel, Yuji Sakai est au final un personnage quelconque, indigne de son statut de personnage principal.

     

Une partie shônen qui se dégrade

Comme il a été dit en introduction, Shakugan no shana est un mélange de shônen et de shôjo. En ce qui concerne la première partie, force est de constater que le meilleur est au début. En effet, si l’anime pouvait déjà se vanter d’avoir un plot scénaristique original (les torches, les tomogara et flame haze), les huit premiers épisodes se montrent tout simplement enthousiasmants, même pour le connaisseur de shônen. Durant cette première partie, le déroulement des combats échappe effectivement à bien des clichés. Chaque combattant possède sa propre vision personnelle de son rôle, guze no tomogara comme flame haze. Il y a des rivalités entre membres d’un même camp et donc des combats croisés. L’intrigue n’en devient que plus complexe et intéressante.

Malheureusement, cette originalité fond comme neige au soleil au fil des épisodes. Peu à peu, réapparaissent les schémas traditionnels du shônen. A la fin, on revient même à la sempiternelle rengaine : « tous les gentils contre tous les méchants » et « un gentil combat un méchant ». Quel dommage… Les combats de Shakugan no shana constituent également un point faible. L’anime consacre en effet beaucoup de temps à exposer les enjeux et les positions de chaque protagoniste. Complètement absorbé par l’incroyable ambiance de la série, le spectateur s’attend alors à des combats dantesques. Ce qui n’est pas le cas. Les confrontations sont beaucoup trop courtes, sans grande stratégie ni retournement de situation étonnant.

Une partie shôjo ultra-classique

Si la partie shônen se permettait un début fracassant, la partie shôjo ne fait aucun effort. La romance entre Yuji et Shana est un condensé fabuleux de tous les clichés possibles : progression lente et EXTREMEMENT puérile, triangle amoureux, quiproquos, héros balourd qui ne remarque rien, héroïne qui met 20 épisodes avant d’admettre ses sentiments, timidité et rougissement au moindre contact… La liste est longue.

Attention toutefois à ne pas faire d’amalgames : manque d’originalité ne rime pas forcément avec ratage complet. Shakugan no shana fait même preuve d’une belle maîtrise dans le domaine. Le véritable ennui, c’est que depuis 6 ans déjà, il ne se passe pas une année sans qu’une dizaine d’animes ne sorte avec exactement les mêmes mécanismes, les mêmes situations. Pour éviter un sentiment de lassitude bien légitime, il faut se démarquer. Mais Shakugan no shana ne le fait pas. La série ne possède ni la présence de Mizuho Kazami de Onegai Teacher, ni l’humour de School Rumble, ni le réalisme de Suzuka. Et surtout, elle n’a pas la force dramatique de Saikano alors que c’était vraisemblablement son objectif avoué.

A moins de découvrir l’animation japonaise, d’être un très grand sensible ou un indécrottable fan d’anime romantique, il sera bien difficile d’être emporté par cette histoire d’amour. Terminons enfin cette critique en évoquant le dénouement de l’histoire. Alors que se profilait déjà un final grandiose et émouvant, un ultime twist de dernière minute détruit complètement l’intensité dramatique du moment. Un happy-end implacable et décevant intervient en dépit de toute cohérence. Les auteurs de Shakugan no shana auront donc poussé leur politique de non-risque jusqu’à son aboutissement.

Shakugan no shana partait avec de très bonnes cartes en main : un manga au design ébouriffant et une base scénaristique originale. Malheureusement, les auteurs n’ont pas su profiter de ces atouts. Ils se bornent à respecter à la ligne, chaque standard du shônen ou de l’anime romantique. Le déroulement des combats, au départ intéressant, devient prévisible ; l’histoire d’amour n’offre aucune surprise. En l’état, Shakugan no shana reste une bonne série, agréable à regarder. Elle sait se montrer efficace car elle use justement de procédés narratifs et graphiques déjà bien expérimentés par d’autres anime. Les amateurs apprécieront d’être en terrain connu. Mais si d’aventure, vous ne deviez ne choisir qu’une seule œuvre dans le même style, préférez Mai Hime, beaucoup plus poignant.

Les derniers articles par seta-san (tout voir)

Laisser un commentaire sur cet article :