[TEST] Assassin’s Creed III

Un an après la clôture de la trilogie d’Ezio Auditore dans l’Italie de la Renaissance, Assassin’s Creed III introduit enfin une nouvelle époque et un nouveau héros. Et force est de reconnaître qu’on l’attendait au tournant, notre nouvel ami Connor, afin de redonner un vent de fraîcheur à la licence, même si chaque épisode a pour l’instant réussi la prouesse d’améliorer subtilement la formule. Assassin’s Creed III sera-t-il ce nouvel étendard qu’Assassin’s Creed II fût en son temps ? Réponse ci-dessous immédiatement sans plus attendre.

L’histoire sans fin

L’une des grandes forces de la licence a toujours consisté en son incroyable flexibilité d’un point de vue narratif, permettant aux développeurs de jouer non seulement avec la grande Histoire, avec les époques mais aussi avec ses héros, et ce sans jamais trop perdre les joueurs. Et pour une fois, les plus assidus seront surpris dès les premières minutes du jeu. Assassin’s Creed III s’ouvre de la plus belle des manières sur une mission d’assassinat dans un théâtre en Angleterre, aux commandes d’un personnage que l’on n’avait encore jamais vu. Ce premier twist (et encore, vous n’êtes pas au bout de votre surprise) laisse présager à quel point les scénaristes aiment jouer avec nos nerfs et brouiller les pistes. Toujours est-il qu’Assassin’s Creed III frôle le syndrome Metal Gear Solid 2 en nous mettant aux commandes un bon moment d’un personnage que l’on n’attendait pas. Car il faudra attendre quelques séquences pour qu’enfin on nous permette d’incarner Connor Kenway.

Aussi appelé Ratohnaké:ton en langue Mohawk, le nouveau héros mi-Anglais, mi-Amérindien se veut presque l’antithèse d’Ezio Auditore. Là où l’Italien était subtil, charmeur et disposait de ses ennemis de la plus élégante des manières, Connor apparaît par moments comme un barbare avide de sang et imbu de sa personne. Cela reflète non seulement sa quête de vengeance contre ceux qui ont brûlé son village, mais aussi son style de combat brutal, armé la plupart du temps d’un tomahawk. Ce n’est presque qu’un hasard si son chemin suit celui des Assassins et de la révolte grondante dans les colonies britanniques. De petites histoires qui s’entremêlent dans la lutte entre les Assassins et les Templiers, elle-même fortement imbriquée dans la grande Histoire. Si vous avez aimé jusqu’à présent le déroulement des précédents opus, vous aimerez encore plus celui-là, surtout si vous vous êtes ne serait-ce qu’un minimum renseigné sur la Révolution Américaine. Car Assassin’s Creed III vous emmène dans chaque événement marquant de cette histoire.

Un jeu monumental

Au premier regard, la formule ne change guère. On avance dans le scénario en complétant des missions qui, misent bout à bout, forment des séquences de la mémoire génétique de Desmond, dans le temps présent. Entre chaque mission, Connor est libre d’explorer Boston et New York, les deux seules villes représentées dans le jeu. Si l’on pouvait craindre que la taille des villes et l’architecture moins élevée des bâtiments à l’époque amoindrissent le plaisir ressenti en grimpant sur les vieilles pierres italiennes, force est de reconnaître que le charme fait pourtant toujours effet. Les villes sont densément peuplées et vivantes à souhait, bien que le moteur a bien du mal à ne pas faire apparaître et disparaître des personnages par moments.

Assassin’s Creed III reprend également le principe de la villa personnelle du héros, sauf que celle-ci prend la forme d’un vaste domaine dans lequel des colons viendront s’installer en échange de l’aide de Connor. Chaque mission accroit la population de la communauté ou sa capacité de production. Trouvez des fermiers et vous aurez de la nourriture, des bûcherons pour du bois et ainsi de suite. En achetant des matières premières dans la communauté, vous pourrez créer des objets à revendre grâce aux convois marchands et ainsi accumuler des fonds pour améliorer votre équipement ou votre navire. Finie par contre la génération automatique d’argent, il faut désormais travailler dur pour en obtenir.

Hissez la grand-voile

Voilà qui nous amène à LA grande nouveauté d’Assassin’s Creed III : le gameplay en mer. Rapidement, Connor prend possession d’un navire, l’Aquila, et une fois doté d’un équipage, peut partir en mer pour des missions navales de toute beauté. Aux commandes du navire, il dirige la navigation et le combat. Si l’on pouvait se montrer dubitatif dans la capacité de créer un gameplay vraiment intéressant et agréable pour cela, le pari est pourtant relevé haut la main. Rien de tel qu’une course poursuite au milieu de récifs ou au cœur d’une tempête suivie d’un long combat contre de nombreux navires de guerre pour soulever le cœur et donner des frissons, le tout sans les nausées. D’autant que les remous des vagues semblent plutôt réalistes.

Quant aux habituelles missions optionnelles d’exploration de ruines ou autres, elles reviennent sous la forme d’une chasse au trésor du Capitaine Kidd. Mais avant de l’atteindre, il faudra récolter des objets, les échanger contre ces missions optionnelles et y collecter des bouts de carte au trésor. Seuls les plus avides de complétion auront le courage de tout faire, tout comme les autres objets à collecter au fur et à mesure de l’aventure. Outre que de rallonger artificiellement la durée de vie, cela a pour effet positif de pousser le joueur à explorer les villes et la frontière. Et là, Assassin’s Creed III fait une nouvelle fois très fort.

Un continent à découvrir

La frontière, c’est tout simplement une énorme portion du gigantesque territoire inexploré de l’époque. Imaginez-vous vous balader le long des sentiers que les premiers explorateurs ont formé, explorer la forêt luxuriante, apprivoiser les montagnes indomptées, franchir d’incroyables distances en grimpant de branche en branche, chasser la biche ou le lapin, se faire chasser par une meute de loups ou se faire coincer par un ours mal léché. La frontière, c’est tout ça à la fois et bien plus. Un grand moment de bonheur pour les explorateurs nés, ceux qui aiment à découvrir ce qui se cache derrière une colline, traverser un cours d’eau à la nage, admirer le passage du temps dans la forêt. Honnêtement, le level design y est tellement bon que l’on ne reconnaît son chemin qu’après y avoir passé de longues heures.

Riche de faune et de flore, la forêt regorge donc d’animaux. Impossible de passer plus d’une minute sans en croiser. Libre à vous de les ignorer, de les pourchasser avec un faible pourcentage de chance de les rattraper, ou mieux encore, de les traquer tel un Davy Crockett vidéoludique, armé de pièges, d’appâts et d’une petite dose de patience, tapi dans un buisson ou perché sur un arbre pour mieux leur fondre dessus. Un conseil : utilisez la lame d’assassins pour causer le moins de dégâts possible à leur fourrure, car cela a un impact direct sur le prix que vous pourrez en tirer. Fort heureusement, Ubisoft n’est pas tombé pour autant dans l’écueil creusé par Red Dead Redemption. N’attendez donc pas (ou disons quasiment pas) de missions répétitives et inutiles consistant à ramasser des fleurs ou tuer tel ou tel animal.

Comme un goût d’inachevé

Et c’est justement parce qu’il nous gâte énormément que l’on ne peut que regretter les approximations de certains gameplay, voire quelques bugs que l’on aurait aimé voir corrigés grâce à un peu plus de finition. Quand on voit la qualité de la synchronisation labiale dans Far Cry 3, on se demande comment Assassin’s Creed III peut encore se permettre d’avoir des bouches qui ne bougent parfois même pas quand les personnages parlent. Pire encore, certains passages qui se veulent épiques deviennent plan-plan simplement à cause d’un manque flagrant de travail au niveau de l’ambiance sonore (le Boston Tea Party par exemple). Pourquoi nous refuser de simples bruits d’ambiance, tels des pas, un feu qui crépite ou une foule qui hurle lorsque c’est ce que l’on voit à l’image ? Sans parler des objectifs secondaires qui disparaissent trop vite et sont trop petits, tout comme la jauge de rechargement des armes à feu. Ou encore le menu de la guilde des Assassins, qui ne permet pas de voir l’état de ses hommes. Ce sont pourtant tous ces détails qui font un hit incontournable. Malheureusement, Assassin’s Creed III a perdu en qualité ce qu’il a encore gagné en générosité. Et plus que jamais, on sent que cette génération de consoles peine à faire tourner un jeu de cette trempe, au vu des micro-chargements et de l’affichage en retard de textures ou même carrément d’objets et de personnages. D’autre part, la version PS3 est une fois de plus victime de bugs supplémentaires par rapport à la mouture 360. Il n’est pas rare de se voir coincé dans le décor après une animation spécifique, parmi d’autres problèmes de collision.

Pour finir, le multijoueur nous revient quasiment à l’identique, toujours aussi frais et pimpant à côté de l’éternelle horde de shooters qui tournent en rond. Il n’y a pas à dire, jouer au chat et à la souris demeure toujours aussi plaisant. Reste que la formule n’a pas beaucoup bougé, hormis l’introduction de challenges secondaires pour booster son score avec style et de l’excellentissime mode Meute qui permet de chasser en coopératif des NPCs. On note tout de même une amélioration visuelle bienvenue, et les plus assidus auront le plaisir de débloquer du contenu Abstergo et Erudito (des hackers qui perturbent les serveurs de jeu et proposent même une monnaie secondaire).

Fort d’une nouvelle époque passionnante, d’un nouveau héros charismatique, d’un scénario rondement mené, d’un gameplay encore plus peaufiné, d’un monde ouvert gigantesque à explorer, d’une excellente durée de vie et d’un nouveau type de gameplay avec les missions navales, Assassin’s Creed III a mis les petits plats dans les grands et offre une superbe expérience. Et pourtant, il n’en perd pas moins de saveur eût égard aux nombreux bugs, aux nombreuses approximations et au manque d’ambiance de certains passages. Pour rester dans le culinaire, Assassin’s Creed III, c’est un peu un repas préparé par un chef étoilé mais servi tantôt dans de l’argenterie, tantôt dans une assiette en carton. Le tout a beau être excellent, on garde quand même un arrière-goût d’inachevé. Mais ne vous y trompez pas, cet opus est de loin le plus abouti de la série et mérite votre attention tant il déborde de générosité.

Ryosan

Ryo est celui qui a lancé WebOtaku en l’an 2000 avec une telle puissance que cela a provoqué le fameux bug. C’est le sauveur de notre espèce, le défenseur des opprimés, l’instigateur d’un mouvement international visant à défendre les valeurs de la pop-culture otaku. Il en a vu des choses malgré son jeune âge, un peu comme un héros de J-RPG déjà blasé de la vie et considéré comme un vétéran à même pas 30 ans. Du coup, ayant atteint son level 99, on lui a lancé le pari fou d’étendre notre influence jusqu’au Québec. Et il est parti vivre ainsi son DLC canadien, tabernacle. C’est ça la master-classe. Ses spécialités : Tout. Quand on vous le dit : master-classe !

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