[TEST] Beyond : Two Souls

Quantic Dream, le studio français (cocorico !) dirigé par David Cage, a l’habitude de faire couler beaucoup d’encre. Ce fut le cas en 2010 avec Heavy Rain, mais aussi cinq ans plus tôt avec Fahrenheit. Pourquoi ? Car ce sont des titres à part, qui bousculent nos habitudes de joueurs et les codes du jeu vidéo, mais aussi parce qu’ils sont loin d’être exempts de défauts. Beyond Two Souls n’a pas échappé au dicton « jamais deux sans trois » et a beaucoup partagé les joueurs. Quid de notre avis ?

Beyond the origins

Je ne vais pas vous mentir, j’ai attendu, dévoré, aimé, adoré et refait une bonne dizaine de fois Heavy Rain. Étant une grande fan de point’n click, j’étais ravie de voir ce que ce genre pouvait donner avec des graphismes actuels et une mise en scène hollywoodienne. J’ai surtout été happée et touchée par le scénario. J’ai versé beaucoup de larmes pour Ethan, ce père ayant déjà perdu un fils et dont le second venait d’être enlevé par un tueur d’enfants. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’aider dans ce jeu de piste cruel et sadique imaginé par l’assassin pour retrouver et sauver son petit garçon.

Alors oui, effectivement, il s’agissait plus d’un film interactif que d’un jeu d’aventure, mais justement, il était unique en son genre. C’était là à la fois sa force et sa faiblesse. Et surtout, il s’adressait à des joueurs empathiques et sensibles appréciant les œuvres contemplatives. Les mordus de FPS ou de beat’em all devaient donc passer leur chemin, car ils n’étaient pas à même de l’apprécier à sa juste valeur. C’est certainement pour cela qu’il a essuyé beaucoup de critiques, souvent injustes. Beyond Two Souls suit cette voie et se voit reprocher en grande partie les mêmes choses. Voyons si cela est justifié ou non.

Un casting qui fait rêver

On ne peut le nier, ce jeu est une véritable prouesse technique, une démonstration de ce que peut donner la motion capture quand elle est maîtrisée. Les graphismes et les animations sont à couper le souffle, bluffants de réalisme. Il faut dire que le studio s’est donné les moyens d’une telle réussite avec un casting aux petits oignons. Pour ne citer qu’eux, Jodie et le docteur Nathan Dawkins sont interprétés avec brio par Ellen Page (X-Men, Inception) et Willem Dafoe (le bouffon vert dans la trilogie Spiderman). Et fort heureusement pour notre localisation, les doublages français sont eux aussi de qualité et ne nuisent en rien à l’immersion par rapport au jeu d’acteur original. De même la bande-son se montre le plus souvent magnifique avec des thèmes qui collent parfaitement à l’action et soutiennent comme il se doit les séquences d’émotions. A l’instar d’un long métrage hollywoodien.

Deux fois plus de tourments

Beyond Two Souls dépeint la tragique existence de Jodie, une jeune femme pas comme les autres qui en bave depuis son plus jeune âge. Le jeu ne suit pas la chronologie de sa vie, mais nous fait tantôt découvrir un fait marquant de son enfance, tantôt un événement de son présent. Ce choix peut paraître bizarre et maladroit, mais je trouve au contraire qu’il s’agit d’une manière habile de ne pas créer de déséquilibre dans le gameplay. En effet, les scènes de l’enfance de Jodie sont généralement calmes et se rapprochent d’un point’n click traditionnel, tandis que les scènes du présent mettent l’accent sur l’action.

On découvre très rapidement que Jodie n’était pas une petite fille ordinaire. Medium à ses heures, elle est surtout liée à une entité invisible nommée Aiden. Liée au sens littéral du terme, car une sorte de fil éthéré les unit. Même si Aiden a la capacité de la protéger, il peut aussi lui faire vivre un enfer. Il peut s’avérer violent et incontrôlable, si bien qu’il est à l’origine de nombre de ses malheurs. Même s’il fait partie d’un autre plan, Aiden peut interagir avec les objets ou même les êtres vivants du monde de Jodie. Beyond Two Souls permet d’incarner l’un et l’autre de ces personnages énigmatiques, en solo ou en coopération locale, ce qui donne lieu à deux gameplay totalement différents.

Un duo très spécial

Aiden flotte dans les airs et traverse la matière, mais ses actions sont limitées. Il ne peut pas interagir avec tout le monde ou avec n’importe quel objet ; cela dépend de la situation, ou du script si vous préférez. On aurait apprécié que les possibilités offertes par l’incarnation de cet esprit soient plus nombreuses. On se sent finalement frustré d’être borné dans nos choix et nos mouvements (car Aiden ne peut généralement pas s’éloigner de Jodie). Il n’en demeure pas moins jouissif de projeter des objets ou de prendre possession d’un ennemi pour neutraliser ses acolytes et se suicider ensuite. De son côté, la belle brune apporte elle aussi son lot de frustrations. Le plus souvent, l’incarner s’apparente à un jeu d’aventure ordinaire : on se déplace et on interagit avec des éléments du décor. Là où le bât blesse, c’est qu’on n’arrive pas toujours à faire ce qu’on veut du premier coup, comme le simple fait de passer une porte (!). Une action aussi triviale que celle-ci peut nécessiter de faire demi-tour et de s’éloigner afin de se mettre dans l’axe, ce qui est assez agaçant.

Quant aux scènes d’action, car il y en a pas mal contrairement à Heavy Rain, il faut reconnaître que les commandes sont déconcertantes. Il s’agit ni plus ni moins de QTE déguisées durant lesquelles on appuie sur X pour courir et se mettre à couvert, sur Carré pour neutraliser un ennemi et sur L1 pour tirer. C’est perturbant au début, mais on s’habitue peu à peu jusqu’à ce que ça devienne presque intuitif. Sauf dans le cas des QTE au ralenti durant lesquels il faut incliner le stick droit dans la bonne direction afin d’esquiver un coup ou d’attaquer. Ces séquences demeurent bien souvent illisibles, et seul leur dynamisme estompe le manque de maîtrise. Il faut dire que cette touche d’action manquait cruellement à Heavy Rain... Malgré ces quelques lacunes de gameplay, on ressent l’envie d’en savoir plus sur le passé de Jodie, et son devenir. Dans le prologue, la jeune femme a une énorme cicatrice sur le crâne et les cheveux rasés, le S.W.A.T. la traque. On veut savoir pourquoi et l’aider à s’en sortir. On aimerait aussi en apprendre plus sur son compagnon d’infortune, sur ce qu’il est réellement et pourquoi ils sont unis. Voilà ce qui nous tient en haleine en dépit des défauts manifestes et des nombreuses incohérences dont fait preuve le scénario. Sans trop en dire afin d’éviter tout spoiler, on ne comprend pas pourquoi Aiden est capable à un moment de provoquer un véritable carnage en soulevant des voitures, pour juste après rester inactif pendant que Jodie se fait molester. Et il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres.

Le script tu suivras…

A l’instar d’Heavy Rain, nos actions et nos choix ont, dans une moindre mesure, une incidence sur le déroulement de l’histoire. Il existe plusieurs fins et ce sont quelques-unes de nos décisions qui y conduisent. On peut notamment choisir de sauver ou non certains personnages-clé. Malheureusement, ce n’est le plus souvent que de la poudre aux yeux. Que l’on réussisse ou non un QTE, le jeu nous amène là où il doit nous amener, parce que c’est prévu comme ça et pas autrement ; on se rend bien compte de l’absurdité du gameplay lorsque l’on refait le jeu en faisant exprès de n’appuyer sur aucun bouton et en passant malgré tout avec succès chaque épreuve… A contrario, on peut par exemple appuyer sur 100% des touches durant un combat, on le perd quand même si le scénario en a décidé ainsi. On a beau vouloir tuer un personnage avec Aiden, une cutscene met fin à la mise à mort s’il est prévu qu’il vive. Seuls quelques événements majeurs sont finalement modifiables comme c’était déjà le cas dans Heavy Rain. Sauf que dans ce dernier nos actes avaient davantage d’influence.

L'avis de Na'Tali :www.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.com
La force de Beyond Two Souls réside sans nul doute dans son intrigue touchante et la qualité de ses acteurs virtuels, ainsi que dans sa réalisation et ses graphismes impressionnants. Ils feront oublier à certains des défauts pas si anecdotiques que ça, notamment en matière de gameplay. Comme tous les titres de Quantic Dream, ce jeu s'adresse à un public bien particulier. Si vous avez aimé Heavy Rain, vous avez plus de chances de l'apprécier car il est de la même trempe, à condition d'adhérer au scénario orienté SF et de ne pas tenir compte des nombreuses incohérences / maladresses dont il fait preuve. Il faut cependant se mettre en tête que nos actions n'ont pas réellement d'incidence sur le déroulement de l'histoire, contrairement au précédent titre des studios... Si en revanche vous êtes de ceux qui n'imaginent pas un jeu sans une jouabilité bien huilée et de l'action à gogo, passez votre chemin, vous risquez fort de vous ennuyer et de pester devant ses commandes poussives.

Na'Tali

Après avoir rêvé d’aventure dans les champs de moutarde dijonnais, Na’Tali s’est lancée dans le projet insensé de se financer un voyage intergalactique en compagnie du commandant Shepard et Kaidan Alenko. Depuis, elle a migré sur la capitale afin de gagner suffisamment d’argent pour construire une réplique du Normandy dans son jardin. Pour ce faire, elle se donne en spectacle dans la rue avec son petit chien en enchainant les perfect sur les morceaux expert de Guitar Hero. En parallèle, et parce que cela ne représentait pas assez de challenge, elle a également entamé la fabrication d’une machine à remonter le temps pour retrouver Alistair et ses amis gardes des ombres, ainsi que Geralt de Riv. C’est qu’elle en a de la ressource, la petite ! Ses spécialités : le RPG, le Survival-Horror, les jeux musicaux et le travail manuel.

Un commentaire

  • A ma grande surprise j’ai beaucoup aimé l’aventure. Je ne me suis pas du tout ennuyé, et j’ai dévoré le tout de bout en bout. Maintenant, dans ma nouvelle partie, j’avoue que le fait de ne pas pouvoir passer certaines séquences un peu longues me dérange un peu. Tout comme les scènes qui ne changent pas vraiment malgré nos actions volontairement différentes.

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