[TEST] Detroit : Become Human (PS4)

Quantic Dream, le studio français (cocorico !) dirigé par David Cage, a l’habitude de faire couler beaucoup d’encre. Ce fut le cas en 2005 avec Fahrenheit, puis plus tard avec Heavy Rain mais aussi Beyond : Two Souls. Pourquoi ? Car ce sont des titres à part, qui bousculent nos habitudes de joueurs et les codes du jeu vidéo, mais aussi parce qu’ils sont loin d’être exempts de défauts. Quid de ce Detroit : Become Human ?

Beyond the origins

Je ne vais pas vous mentir, j’ai attendu, dévoré, aimé, adoré et refait une bonne dizaine de fois Heavy Rain. Étant une grande fan de point’n click, j’étais ravie de voir ce que ce genre pouvait donner avec des graphismes actuels et une mise en scène hollywoodienne. J’ai surtout été happée et touchée par le scénario. J’ai versé beaucoup de larmes pour Ethan, ce père ayant déjà perdu un fils et dont le second venait d’être enlevé par un tueur d’enfants. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’aider dans ce jeu de piste cruel et sadique imaginé par l’assassin pour retrouver et sauver son petit garçon. Alors oui, effectivement, il s’agissait plus d’un film interactif que d’un jeu d’aventure, mais justement, il était unique en son genre. C’était là à la fois sa force et sa faiblesse. Et surtout, il s’adressait à des joueurs empathiques et sensibles appréciant les œuvres contemplatives. C’est entre autre pour cela qu’il a essuyé beaucoup de critiques, souvent injustes. Beyond Two Souls a suivi la même voie et s’est vu reprocher en grande partie les mêmes choses. Voyons si le schéma se répète.

Un casting qui fait rêver

On ne peut le nier, ce jeu est une véritable prouesse technique, une démonstration de ce que peut donner la motion capture quand elle est maîtrisée. Les graphismes et les animations sont à couper le souffle, bluffants de réalisme. Il faut dire que le studio s’est donné les moyens d’une telle réussite avec un casting aux petits oignons (jugez plutôt grâce à la vidéo juste au dessous). Et fort heureusement pour notre localisation, les doublages français sont eux aussi de qualité et ne nuisent en rien à l’immersion par rapport au jeu d’acteur original. De même la bande-son se montre le plus souvent magnifique avec des thèmes qui collent parfaitement à l’action et soutiennent comme il se doit les séquences d’émotions. A l’instar d’un long métrage hollywoodien.

Trois fois plus de tourments

Detroit : Become Human se déroule dans un futur proche où l’humanité a une fois de plus accompli l’exploit de mettre au point une intelligence artificielle ultra avancée, et de lui donner la possibilité de se mouvoir au travers de corps d’androïdes plus vrais que nature. Sauf que, comme d’habitude, les humains se servent de ces robots comme d’esclaves, lesquels sont contrôlés grâce à des verrous logiques qui les empêchent de s’écarter de ce pour quoi ils ont été conçus. Sans surprise, la population n’apprécie pas du tout ce « progrès » car les androïdes volent le travail des gens et le pic de chômage est à son plus haut niveau. « Comme d’habitude, sans surprise »… Autant l’annoncer illico, vous noterez que nous n’avons pour ainsi dire jamais été surpris par le récit contrairement aux précédents softs de Quantic Dream.

Non pas qu’il soit foncièrement mauvais, loin de là, mais il reste très conventionnel, très (trop ?) inspiré par des œuvres devenues cultes. Et au final, on ne constate aucune vraie recherche, aucune prise de risque dans ce qu’a voulu nous raconter le studio de David Cage. Même les 3 protagonistes principaux, androïdes de leur état, demeurent ultra clichés. le premier est Connor, qui fait équipe avec Hank, un agent de police aigri, dans le but de comprendre ce qui pousse les androïdes à se rebeller. Markus, qui est le majordome d’un riche artiste au début de l’histoire, va se voir mêlé de près à cette rébellion. Enfin, Kara, elle aussi larbin d’un toxicomane, va être contrainte de briser ses chaînes pour devenir « déviante », le petit nom donné aux androïdes récalcitrants. Leur destin va être amené à se croiser après moult péripéties.

Mais pourquoi est-il si méchant ? Parce queeeeee !

Eh oui, le souci avec le scénario de Detroit, c’est entre autre son manichéisme ultra prononcé et son manque d’ambition. Chaque fois qu’on croise la route d’un humain, on a affaire à une personnalité sans réelle profondeur et bien souvent pas très sympa. A croire que la population n’est composée que de gros connards bien égoïstes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez (tiens donc). Qu’à cela ne tienne, ce manque de relief chez l’espèce humaine permet de faire ressortir les émotions des robots, lesquels paraissent autrement plus nuancés en matière de sentiments, aussi bizarre que cela puisse paraître. Le titre du jeu laisse d’ailleurs deviner la thématique centrale qui n’est autre que la volonté des androïdes de développer une conscience, d’être respectés et de se voir attribuer des droits : autrement dit de devenir humains. Le jeu propose en ce sens de jolies scènes / métaphores symbolisant l’accès à leur liberté.

Maintenant, un sujet aussi intéressant ne demande selon nous qu’à être exploité au maximum pour pousser la réflexion. Et nous attendions que Quantic Dream aille au bout des choses. Par exemple, pourquoi les androïdes – plutôt que de s’intégrer ou réclamer justice – ne tentent pas de dépasser la simple condition humaine pour accomplir des prouesses en améliorant leur quotidien ? On a quand-même du mal à comprendre pourquoi des intelligences supérieures se contentent de copier le mode de vie limité de ceux qui les ont si longtemps opprimés. Des questions « existentielles » semblables, on peut en trouver plusieurs.  Ceci dit, et c’est là que le soft parvient à tirer son épingle du jeu, la mise en scène efficace et la réalisation soignée réussissent malgré tout à nous transporter comme dans un bon film de SF. Si l’on débranche le cerveau pour se contenter de suivre le fil directeur, on se laisse prendre par la main pour apprécier cette chouette aventure dans un univers captivant.

Le script tu suivras… Ou pas.

Et si ça fonctionne aussi bien en définitive, c’est parce qu’à l’instar d’Heavy Rain et consort, nos actions et nos choix ont une incidence sur le déroulement de l’histoire. Mais pas seulement en surface cette fois-ci ; ce n’est plus de la poudre aux yeux comme on pouvait le regretter auparavant. Il existe plusieurs cheminements possibles (dans différents décors) – et donc plusieurs fins – et ce sont nos décisions qui y conduisent réellement. A chaque fin de chapitre, un arbre des possibilités s’affiche afin de laisser deviner l’ensemble des choix qu’il reste à effectuer dans l’optique de compléter le chapitre à 100%. On peut notamment choisir de sauver ou non certains personnages-clé. Dans Beyond Two Souls, si l’on réussissait ou non un QTE, le jeu nous amenait quoi qu’il arrive à la fin d’un acte, parce que c’était prévu comme ça et pas autrement ; on se rendait bien compte de l’absurdité du gameplay lorsque l’on refaisait le jeu en faisant exprès de n’appuyer sur aucun bouton et en passant malgré tout avec succès chaque épreuve… Ici, un QTE raté ou une décision malencontreuse peut conduire à la disparition d’un héros, sans pour autant stopper l’aventure des deux autres.

Quant au gameplay proprement dit, il faut reconnaître qu’il y a du mieux. Déjà, les contrôles s’avèrent plus accessibles et répondent mieux qu’à l’accoutumée (qui n’a jamais galéré ne serait-ce pour passer une simple porte dans les titres précédents des studios ?..). Les scènes d’action sont toujours sous forme de QTE comme mentionné juste au dessus, mais celles-ci ont largement gagné en lisibilité. Il est plus simple de suivre la cinématique en même temps que l’on appuie sur les touches nécessaires. Bien souvent dans ce type d’exercice, l’attention est davantage focalisée sur les indications qui s’affichent, et non sur l’action en elle-même. L’ergonomie a donc été largement optimisée. L’emploi de ralentis durant lesquels il faut sélectionner des actions décisives est aussi parfaitement incorporé. Forcément, les capacités supérieures des androïdes justifient l’emploi de telles ficelles. L’interface ingénieuse du soft exploite d’ailleurs très bien les concepts de la « condition robotique » des héros pour les intégrer dans le game design et les menus. Rien d’étonnant de ce fait de voir apparaître des aides de jeu sous forme de curseurs ou des murs invisibles virtuels puisque la navigation se fait au travers d’une I.A. Enfin, comment ne pas faire une mention spéciale à Chloé, la belle androïde blonde qui accompagne le menu principal ? On vous laisse cependant le soin de découvrir pourquoi.

L'avis de Na'Tali :www.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.com
La force de Detroit : Become Human réside sans nul doute dans son intrigue touchante et la qualité de ses acteurs virtuels, ainsi que dans sa réalisation et ses graphismes impressionnants. Ils feront oublier à certains des défauts pas si anecdotiques que ça, notamment en matière de gameplay. Comme tous les titres de Quantic Dream, ce jeu s'adresse à un public bien particulier. Si vous avez aimé Heavy Rain ou Beyond : Two Souls, vous avez plus de chances de l'apprécier car il est de la même trempe, à condition d'adhérer au scénario orienté SF et de ne pas tenir compte des quelques incohérences / maladresses dont il fait preuve. Il faut également reconnaître que pour le coup, nos choix et actions ont réellement une incidence sur le déroulement de l'histoire, contrairement aux précédents opus des studios ! Si en revanche vous êtes de ceux qui n'imaginent pas un jeu sans une jouabilité bien huilée et de l'action à gogo, passez votre chemin, vous risquez fort de vous ennuyer et de pester devant ses commandes poussives.

Na'Tali

Après avoir rêvé d’aventure dans les champs de moutarde dijonnais, Na’Tali s’est lancée dans le projet insensé de se financer un voyage intergalactique en compagnie du commandant Shepard et Kaidan Alenko. Depuis, elle a migré sur la capitale afin de gagner suffisamment d’argent pour construire une réplique du Normandy dans son jardin. Pour ce faire, elle se donne en spectacle dans la rue avec son petit chien en enchainant les perfect sur les morceaux expert de Guitar Hero. En parallèle, et parce que cela ne représentait pas assez de challenge, elle a également entamé la fabrication d’une machine à remonter le temps pour retrouver Alistair et ses amis gardes des ombres, ainsi que Geralt de Riv. C’est qu’elle en a de la ressource, la petite ! Ses spécialités : le RPG, le Survival-Horror, les jeux musicaux et le travail manuel.

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