[TEST] Dragon’s Dogma

À l’heure où Capcom et bon nombre d’éditeurs nous assomment à coup de suite à succès et autres remakes HD de vieux hits qui ont fait leur temps, la société japonaise nous a récemment pondu Dragon’s Dogma. On ne va pas passer par quatre chemins : cette toute nouvelle IP à mi-chemin entre Skyrim et Monster Hunter nous a véritablement séduits, et ce dès les premières minutes. Mais comme nous avons reçu la galette assez tardivement à la rédaction, nous avons pu prendre connaissance des diverses opinions contradictoires qui ont germé sur les sites de nos confrères. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de pousser notre partie à plus d’une centaine d’heures avant d’écrire ce test, afin, d’une part, de vérifier ce que certains ont reproché au jeu, mais également de vous coucher un avis en béton !

Tout va bien, j’ai juste un cœur en moins !

Avant d’analyser comme il se doit Dragon’s Dogma, attachons-nous à son univers médiéval ainsi qu’à son scénario. Assez ordinaire, ce dernier nous invite dans un premier temps à concevoir notre avatar via un éditeur de personnages extrêmement complet. Alors que notre héros (ou héroïne) fraîchement créé coule des jours heureux entre chasse aux mouettes et pêche à la ligne, sa vie va basculer en quelques minutes suite à l’attaque surprise de son joli village côtier par un dragon. En effet, la bourgade prend vite des allures de barbecue géant et personne ne semble pouvoir arrêter cet être à la puissance colossale. Mais alors que tout semble perdu, notre pécheur du dimanche va réussir à égratigner la bête dans un élan de désespoir. Étonné qu’un humain puisse lui faire une piqûre de moustique, le dragon va reconnaître sa valeur et le récompenser en engloutissant son cœur avant de disparaître (sympa le cadeau non ?).

Néanmoins, quelques jours après l’attaque, notre héros se réveille bien vivant avec une grosse balafre sur le torse, acquérant au passage le titre d’ « Insurgé » pour avoir tenu tête au Wyrm. Conscient de la menace qui pèse toujours sur Gransys -le monde de Dragon’s Dogma-, ce dernier entreprend un voyage jusqu’à la tanière de la créature légendaire afin d’en découdre une bonne fois pour toute. Autant dire tout de suite que ce ne sera pas une partie de plaisir. En outre, la venue du dragon a eu pour conséquence de réveiller d’autres monstres plus imposants les uns que les autres. Hydre, chimères, ogres, cyclopes, golems, griffons… Il y aura fort à faire pour venir à bout du bestiaire du soft, tout droit sorti des meilleurs bouquins d’Heroic Fantasy.

Role Playing Beat Them All Game

Le gameplay de Dragon’s Dogma se distingue de la concurrence grâce à une accessibilité et une nervosité rarement vues dans un A-RPG de ce type. Comme tout classique du genre, on débute par le choix d’une classe pour notre personnage parmi trois disponibles : Guerrier, Rôdeur ou Mage, qui seront complétées par six autres un peu plus tard dans le jeu. Il est possible d’en changer à volonté, de façon à faconner son évolution comme bon nous semble puisqu’à chaque gain de niveau les statistiques incrémentées varient en fonction du job assigné. Chacun dispose de ses caractéristiques propres, mais repose sur le même principe de compétences déblocables au fur et à mesure que l’on engrange de l’expérience. Une fois ces dernières équipées, on pourra les déclencher lors des combats en temps réel, un des gros points forts du soft. Pêchus, ceux-ci nous donnent une bonne définition de ce que le mot épique veut dire, notamment face aux nombreuses créatures bien au-delà des proportions humaines auxquelles on pourra s’agripper pour toucher leurs points faibles ou entraver leurs mouvements.

Concernant l’aspect purement RPG, le titre n’est pas en reste avec des heures d’exploration dans un monde entièrement ouvert et accessible, du craft, ainsi que la gestion du poids de son inventaire qui aurait tout de même gagné à être plus clair et pratique. Autre bémol, on aurait vraiment souhaité disposer d’un cheval pour se déplacer plus vite ou d’un système de voyage rapide. Car au bout d’un moment les allers-retours commencent à devenir répétitifs, même si l’on trouve toujours de quoi s’occuper sur la route avec les embuscades et autres ennemis rares à affronter. Enfin, la progression se fait par l’intermédiaire de nombreuses quêtes données par les NPCs croisés ou choisies directement sur les panneaux de missions dans les villes. Heureusement, notre personnage pourra rapidement compter sur de précieux compagnons qui l’assisteront dans l’accomplissement de toutes ces tâches.

« Come to me dark warriors, battle awaits us !! »

Appelés « Pions », ces derniers sont des êtres venant d’un univers hors du temps appelé « La Faille ». Leur apparence d’être humain est la seule chose qu’ils partagent avec les habitants de Gransys. En effet, ce sont des êtres sans émotions dont l’unique raison de vivre est d’écumer les champs de bataille. La bonne nouvelle c’est qu’ils ont juré fidélité à l’Insurgé. Du coup, il est possible de créer son Pion peu après le début de l’aventure de la même manière que son personnage. Qualifié de principal, celui-ci nous accompagne tout au long de l’aventure aux côtés de deux autres que l’on peut recruter ou renvoyer à sa guise, ceux-ci étant la plupart du temps les Pions principaux d’autres joueurs. Notre Pion principal peut en effet joindre la progression d’un autre Insurgé tout en restant dans notre équipe. Ce système vraiment bien pensé permet de créer des interactions intéressantes entre gamers, palliant l’absence de jeu en ligne. Par exemple, notre Pion glanera des connaissances sur le bestiaire et les missions effectuées dans la partie d’une autre personne pour nous en faire profiter. Il pourra également servir d’intermédiaire pour l’échange d’objets ou d’équipements entre joueurs.

Bien sûr, la fonction majeure des Pions est de nous assister au combat. Il faut donc choisir soigneusement le niveau et la classe de ceux que l’on recrute afin de toujours garder un minimum d’équilibre dans l’équipe. Tous les délires sont possibles, mais si l’on joue un job de combattant comme guerrier il est vivement conseillé de prendre avec soit au moins un Pion mage pour être soigné et lutter contre les ennemis ne craignant pas les attaques physiques. De même, recruter un Pion rôdeur ou archer permet de pallier l’absence d’attaques à distance de certaines classes. Au final, le seul défaut des Pions provient d’une IA pas toujours folichonne qui peut mener à des situations carrément agaçantes, que ce soit lors des affrontements ou des phases d’exploration. Non, parce qu’on se rend vite compte que les Pions sont des petits coquins qui adorent se noyer de leur plein gré dans des lacs ou éviter de balancer des sorts de soutien lorsque l’on en a le plus besoin.

L’imperfection a aussi son charme

On va pas se mentir, Dragon’s Dogma est loin de disposer d’une réalisation à nous faire dresser les poils du slip. Avec ses graphismes loin des standards actuels, ses textures d’un autre temps, ses environnements un peu vides, sa mise en scène en demi-teinte ainsi que ses énormes baisses de framerate sur PS3 (notamment durant les sauvegardes automatiques) ou son tearing sur Xbox 360, le titre aurait pu facilement se transformer en cale-porte. Pourtant il n’en est rien. Malgré tous les défauts énoncés précédemment, l’apparence du jeu est loin d’être dégueulasse. Elle est même plaisante grâce à une direction artistique agréable qui a su donner du cachet à l’ensemble. Par ailleurs, la tombée de la nuit est particulièrement bien retranscrite avec un réel changement d’ambiance dû à une véritable pénombre qui s’installe, empêchant toute exploration sans lanterne, là où dans d’autres jeux les développeurs se contentent d’assombrir le ciel et d’y rajouter trois étoiles. L’animation est également très correcte avec une mention spéciale pour les plus grosses créatures superbement animées. Enfin, la bande son aux accents symphoniques qui accompagne avec justesse chaque situation et le thème galvaniseur de l’écran titre signé par le groupe de pop-rock japonais B’z  sont une véritable réussite.

Mais ce qui nous a le plus séduit dans ce titre, c’est sa propension à nous emporter dans son univers et à ne plus nous lâcher. Dragon’s Dogma, c’est de l’épique à tout bout de champ. Quand je repense au nombre incalculable de fois où j’ai cru que tout était perdu lors d’un combat et que tout d’un coup la tendance se renverse grâce à l’intervention miraculeuse d’un pion, ou à un dernier élan désespéré de mon personnage qui se raccroche in extremis à la vie, j’en frémis encore. Car le jeu est tout de même assez corsé, et les rencontres avec les ennemis les plus puissants peuvent survenir n’importe où. Du coup, il y a de quoi se forger des souvenirs mémorables sans arrêt. Le plus marquant pour ma part (outre les joutes de fin magistrales) reste un affrontement contre un ogre dans le puits de l’éternité, une sorte de trou très profond au cœur de la capitale Gran Soren. Pendant que ma petite équipe encore bas level descendait tranquillement en longeant le bord tout en butant de pauvres chauves-souris, un ogre hyper vénère nous saute dessus. S’ensuit un vieux pugilat des familles où je finis par porter le coup de grâce en m’agrippant au dos de la bête. Seulement, au même moment, mon pion mage envoie fortement la sauce, ce qui propulse le corps de l’ogre dans le vide, et moi avec puisque j’étais encore perché dessus… Avec la puissance de l’explosion et l’écran virevoltant de partout, je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je commence à voir défiler les étages quand je décide de sauter au pif avant de m’écraser au fond, pour m’accrocher de justesse à un rebord. Je ne pensais pas à l’époque qu’un tel « move » était faisable dans le jeu. Tout simplement énorme ! Et des scènes comme celles-là, il y en a des trouzaines une fois le combat final passé, lorsque le « endgame » survient et que les ennemis surpuissants fourmillent dans Gransys. C’est d’ailleurs là que le vrai challenge commence.

L'avis de Samanomatou :www.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.com
Alors certes Dragon’s Dogma ne dispose pas d’un background aussi profond qu’un Final Fantasy et d’un système de quêtes croisées aussi abouti que celui de Skyrim, mais le dernier RPG de Capcom peut se targuer d’offrir un gameplay ultra dynamique et un univers carrément envoûtant. Le jeu est un digne représentant de « l’epicness » dans toutes ses formes, et incarne à peu de choses près ce que l’on attend du croisement entre le J-RPG et le W-RPG au sein de l’équipe. Il pose les bases d’une grande licence, et en peaufinant les petits ratés esthétiques, ainsi que certaines lacunes de son game design, il pourrait devenir le RPG qui mettra tout le monde d’accord. Il ne manque vraiment pas grand-chose pour atteindre ce rêve ultime, alors nous avons décidé de soutenir cette IP ambitieuse de toutes nos forces car il s’agit de notre gros coup de cœur de cet été, et du soft qui nous a le plus scotché cette année. Et on pense sincèrement que tous les amoureux du jeu vidéo nippon devraient faire de même. A ceux qui nous rabâchent qu’il n’y a rien à se mettre sous la dent ces temps-ci, on leur répond : Dragon’s Dogma !

Article co-écrit avec X-Fab

Samanomatou

Samanomatou est aussi connu sous le nom de « Mat le Génie » par-delà les 7 mers, ou plus sobrement comme « Le Furax ». Certainement l’un des gamers les plus acharnés et persistants que nous ayons rencontrés, il est capable de recommencer 4 millions de fois le même passage tant qu’il n’a pas atteint le summum de la perfection. Expert du lancer de Sixaxis, il est aussi un grand amateur de Platine, ou plutôt de « Plataing » comme on dit chez lui à Marseille. Pour lui, faire 120 fois le tour du bac à farine en sautillant sur les mains pour un trophée de bronze, ce n’est pas un problème. Un type cinglé comme ça, il nous le fallait dans la team ! Ses spécialités : le RPG, la baston et les jeux d’action en tous genres.

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