[TEST] Final Fantasy XV (PS4, Xbox One)

« Est-ce que tu aimerais donner ton avis sur FFXV à mes côtés ? » C’est par ces quelques mots que notre cher rédacteur en chef m’a infligé la pire punition à moi qui venait à peine de finir le jeu quelques heures avant. Pourquoi punition ? Car depuis sa sortie, Final Fantasy XV a autant de détracteurs prêts à le descendre en flèche que de fanboys aveugles qui le défendent envers et contre tout. Schéma classique, on le sait. Partant de ce postulat, je sais que mon avis risque de déplaire à pas mal de monde, mais après quelques jours pour bien digérer le jeu, voici ce que j’ai à en dire. Et il se trouve que ça coïncide avec l’opinion de X-Fab, donc autant foncer dans le tas.

Final Fantasy, je t’aime moi non plus.

Pour les personnes qui ne me connaîtraient pas – et il y en a, les vilains – je suis un grand fan de la série Final Fantasy. J’ai comme beaucoup débuté avec le septième épisode, donc le premier à avoir débarqué chez nous. J’ai dévoré chaque opus canonique et pas mal de spin-off, mais malgré tout je ne me considère pas comme un fanboy prêt à tout accepter de la part de la saga qu’il apprécie tant. Si je peux disserter avec enthousiasme durant des heures sur les épisodes 16 et 32 bits, j’ai pas mal de griefs envers les opus XII et XIII. Donc, après la déception que furent les derniers épisodes, je n’attendais pas que FFXV me ravisse au plus haut point tout en gardant une grosse lueur d’espoir. Oui, je voulais retrouver la magie que j’ai eu à parcourir la ville de Midgar, voyager à bord de la BGU et être touché en plein cœur par des destins tragiques. Oui, je le voulais vraiment. Mais encore une fois Square Enix a cassé mon jouet. J’aurais pourtant dû le voir venir vues les difficultés de conception de ce jeu – j’ai d’ailleurs vraiment hâte de lire un post mortem dessus.

Je ne vais pas vous refaire tout l’historique de Final Fantasy Versus XIII devenu Final Fantasy XV, et de ses 10 ans de conception. Les milliers de news qui parsèment les internets depuis une décennie sont là pour ceux qui ont des problèmes de mémoire. Malgré la tonne de soucis autour de ce projet, il est logique de se dire qu’après autant de travail acharné sur un jeu et une mise en avant titanesque, Square Enix est en position de nous livrer un titre fignolé comme jamais. Et pourtant, les aventures du prince Noctis et de ses trois protecteurs semblent rafistolées avec des bouts de ficelle, de la colle et des pansements à peine dissimulés.

À la base, Tetsuya Nomura, à qui on avait confié le projet Versus XIII, avait écrit une histoire qui devait s’étaler sur trois jeux. Une histoire qui nous paraissait bien plus Shakespearienne au vu des premiers trailers. Au final, le récit de Final Fantasy XV nous conte le voyage en voiture du prince Noctis obligé de fuir sa ville qui vient d’être envahie par l’empire voisin. Pour avoir une chance de récupérer son trône, il doit parvenir à obtenir un grand pouvoir que seuls les membres de sa famille peuvent maîtriser. Pour ce faire, il est épaulé par trois compagnons : Ignis, son majordome et la tête pensante du groupe, Gladiolus, le bouclier du roi qui joue également le rôle de grand frère, et enfin la fine gâchette Prompto, le jeune fou du groupe issu des classes moyennes. Le but premier de ce petit groupe consiste à retrouver la fiancée de Noctis qui incarne également le grand oracle du jeu. L’oracle étant la personne qui peut communiquer avec les six grands dieux du monde d’Eos.

Durant la première partie du jeu – jusqu’au chapitre 8 sur 15 -, nos quatre compères sont lâchés dans une très grande map qui va s’ouvrir au fur et à mesure du périple. Ce semblant d’open world propose plus d’une centaine de quêtes annexes « FedEx » telles que « va me chercher dix pierres », « va tuer tant de monstres », « va récupérer des flageolets » (véridique)… Afin de jeter de la poudre aux yeux des fans avec son monde ouvert, Square Enix a gonflé à bloc son gameplay de quêtes totalement inutiles et inintéressantes. Des missions secondaires qui n’apportent rien au scénario et qui pourtant se révèlent nombreuses, trop nombreuses. C’est bien simple, cette première partie ne contient quasiment aucune mission qui étoffe l’univers et le récit. Passées les 3 premières heures – le temps de se rendre compte qu’il n’y a rien à sauver de ce côté -, ça devient tellement gonflant qu’on ne demande qu’à avancer dans l’histoire. Donc on fonce sur les quêtes indiquées dans le menu comme importantes. On les enchaîne souvent très facilement car les objectifs annexes ont boosté à fond nos personnages ; la progression en devient ainsi ridiculement facile. Ce qui fait qu’on arrive rapidement à la seconde grosse partie du jeu… Et là c’est la catastrophe. Mais avant de continuer à déverser ma vilaine bile sur Final Fantasy XV, on va quand même parler des choses qui sauvent un tant soit peu le jeu, car il y en a.

Il faut être un grand artiste pour faire une œuvre d’art avec des objets cassés.

Coté réalisation, les personnes les plus exigeantes remarqueront très rapidement une légère baisse de qualité comparé à certains trailers. Si les personnages s’avèrent très bien modélisés / animés, les environnements – quoique charmeurs – ne sont pas éblouissants. Mais l’ensemble reste d’un excellent niveau, surtout lorsqu’on lorgne du côté des récentes productions japonaises. On prend plaisir à parcourir le grand territoire que ce soit à pied, en voiture ou à dos de chocobo. Plaisir doublé grâce à une bande son tout simplement grandiose. C’est simple, pour moi Final Fantasy XV nous procure une des meilleures bandes originales de la série, et même du jeu vidéo dans son ensemble. Que ce soit en promenade, lors de missions ou en combat, il n’y a aucune fausse note, rien que du plaisir pour nos oreilles. De plus, si l’on est ravi de pouvoir choisir la VO pour les dialogues, on hallucine en découvrant que la VF est franchement réussie ! On note en revanche quelques bugs plus souvent drôles que gênants, ou des choix d’ergonomie douteux. Mention spéciale pour le bouton de saut qui sert également de touche pour les actions contextuelles : au final, on passe notre temps à sauter à chaque fois que l’on veut interagir avec tout et n’importe quoi.

Quant aux combats, avec Final Fantasy XV, la licence passe un gros cap déjà engagé depuis plusieurs épisodes. On constate un abandon total du système de temps. Il n’y a plus d’attente entre chacune de nos actions, le jeu devient un Action-RPG au même titre qu’un Kingdom Hearts, dont justement il s’inspire allégrement. Logique en même temps, vu que les deux titres ont le même géniteur. Mais là où KH demande beaucoup de technique et pas mal d’apprentissage pour maîtriser à fond toutes les finesses du système de combat, FF XV simplifie les choses. Peut-être même trop car la plupart du temps, simplement matraquer le bouton d’attaque suffit largement pour s‘en sortir. Rares sont les batailles qui requièrent de la réflexion et du skill. C’est dommage, car le système d’esquive et de mise en retrait sont vraiment bien pensés, mais on les utilise très peu. Fort heureusement, l’ensemble se montre ultra dynamique et certains affrontements valent le détour aussi bien visuellement qu’en termes de patate. D’autres en contrepartie, s’avèrent complètement à la rue à cause d’une caméra mal gérée ; cela fait partie des petits couacs techniques qu’il convient de mentionner.

En parlant de systèmes qu’on laisse souvent de côté, il faut évoquer la magie. FF XV nous propose d’absorber des éléments à des endroits clés de la map et de les associer pour en faire des magies plus ou moins puissantes, voire de véritables bombes une fois couplés avec certains objets. Au début, on se dit « chouette je vais pouvoir jouer au magicien et tout détruire avec classe », mais les développeurs ont eu la superbe idée d’inclure le friendly fire juste pour les sorts. Une fois la magie lancée, elle peut également blesser mortellement nos compagnons ainsi que nous-même… De plus, viser parfaitement un ennemi se révèle parfois hasardeux, vu qu’entre le temps où l’on appuie sur le bouton et le moment où la magie se déclenche, notre cible a pu bouger. Non seulement, cette dernière ne reçoit pas tous les dégâts souhaités, mais en plus ce *** de Prompto est venu se mettre juste au point d’impact pour crever. *Gloups*, ça sent le vécu, oui oui. C’est vraiment le pire système de magie de toute la série, au point qu’on oublie son existence très vite.

Il reste néanmoins les invocations largement mises en avant lors des différents trailers. Celles-ci ne sont pas très nombreuses, mais elles demeurent importantes pour le scénario. Hélas, encore une fois, une décision des têtes pensantes gâche tout puisque l’on n’a aucun contrôle sur ces divinités. Ce sont elles qui interviennent automatiquement en fonction de conditions plus ou moins secrètes. Vous ne pourrez que valider ou non leur intervention une fois proposée, c’est tout. Donc il ne faut pas compter sur elles dans votre stratégie de combat tellement leurs apparition est aléatoire. C’est dommage car visuellement ces petites séquences sont magnifiques.

« Tout ce que vous voyez dans les trailers est dans le jeu » – H. TABATA

Vient maintenant le moment d’aborder le gros fail de cet opus : sa trame bourrée d’ellipses et d’incohérences. Pour commencer, les concepteurs ont trop misé sur le trans-média. Sans voir Kingslaive et Brotherhood, on passe à côté d’éléments capitaux. Mais ce n’est pas tout. Passé le plaisir de la découverte, FFXV nous a tous dérangés à cause d’une très mauvaise mise en scène des moments clés. Et comme si ça ne suffisait pas, la narration zappe les points importants du récit, c’est à la fois terrible et aberrant. On a l’impression de se prendre de plein fouet d’énormes coupes du scénario survenues pour « sortir rapidement ».

Pour couronner le tout, cette histoire ne sait pas introduire ni exploiter ses personnages capitaux. Les protagonistes qui sont censés supporter le récit vont et viennent en un éclair sans nous laisser le temps de comprendre ce qu’ils fichent là ni de s’y attacher. De ces manquements émerge une narration dépourvue d’émotions et, de fait, incapable de toucher le joueur. Plusieurs évènements que l’on se surprend à qualifier de « blagues » à la rédaction nous ont complètement cloués. Le personnage de Luna notamment, que l’on n’aperçoit pas plus de 10 minutes dans le jeu (on la voit plus longtemps dans les écrans de chargement que dans des séquences ingame). C’est malheureux, mais pour profiter de FFXV, il ne faut pas attendre grand-chose du scénario. Un comble.

L’illustration flagrante de cet échec réside dans le trailer « Dawn » montré à la Gamescom 2015 : cette vidéo laisse penser que les héros seraient bien développés, que les émotions figureraient au cœur du jeu. Eh bien c’est un zéro pointé. Il y a beaucoup plus de sentiments et de tension dans ces 3 minutes que dans toute l’aventure. Car mis à part le quatuor principal dont la relation est plutôt bien matérialisée à l’écran, tous les autres rôles sont bâclés voire inexistants. Et vous voulez savoir le plus triste ? C’est que le contenu de cette superbe vidéo n’est pas présent dans le jeu. Pourtant, ce cher Hajime Tabata nous avait soutenus que tout ce qui est montré dans les teasers/trailers promotionnels serait inclus dans le produit final. Ce n’est d’ailleurs pas là la seule erreur de la communication désastreuse dont a souffert le titre. Mais nous ne sommes pas ici pour juger la stratégie marketing de la firme.

L’apogée de la médiocrité en matière de game design et de story-telling est atteint dans les 5 derniers chapitres qui cumulent les erreurs de débutant dans ces domaines. On a réellement le sentiment que les concepteurs se sont cassés en vacances après avoir livré leur monde ouvert à moitié torché et ont transmis la consigne de finir les chapitres restants aux stagiaires et autres auxiliaires de vacance. L’ensemble s’avère tellement vide (de sens, d’intérêt, de tout !) que ça en est effrayant. Et passé le chapitre 10, la progression devient aussi linéaire que la traversée d’un train, littéralement. Et pour cause, on pourrait croire que c’est Sheldon Cooper qui s’est chargé de l’écriture puisqu’on passe une bonne partie de notre temps à se promener dans des wagons, avec quelques escales dans de minuscules zones fermées. On en vient à la conclusion que Square Enix ne sait plus raconter une histoire ni pondre un FF solide, et ça en dit long sur le futur du J-RPG.

Chronique co-écrite avec X-Fab

OMEN : Encore un trailer mensonger scandaleux qui nous vend des scènes et des décors absents du jeu…

L'avis de Nox & X-Fab :www.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.comwww.dyerware.com
FFXV a généré énormément d'attente sur dix ans, c’est un fait. De plus, il est issu d'une série tellement marquante pour les fans de RPG qu'il est impossible de le traiter comme un simple soft sans passif. C’est donc délicat de le noter. On nous avait promis un monde ouvert : on en a un... Jusqu’à la moitié du jeu, puis on revient dans un schéma linaire bâclé servi par un scénario bringuebalant. Sans omettre de mentionner les quêtes annexes FedEx inutiles et dépourvues d’âme, ou les ellipses scénaristiques lunaires… Ce titre doté d’un capital sympathie hors norme et pétri de bonnes intentions sait pourtant délivrer ses moments de gloire. On sent qu'il a (avait ?) du potentiel. Le voyage en compagnie de la bande de potes se laisse globalement apprécier grâce à une réalisation somme toute soignée, une splendide bande-son et des combats dynamiques. Ses erreurs impardonnables de story-telling et de game design - sans parler de la communication catastrophique avant son lancement - lui coûte hélas très cher au final… Square Enix nous a cependant promis plusieurs DLC autour de personnages clés (hop, encore des découpages dans le jeu principal) et de nouvelles zones. On va donc attendre la « Définitive Edition » avant de jeter l'éponge...

 

Mr Nox

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Est-ce un avion ? Un oiseau ? Non c'est Mr Nox habillé de sa superbe camisole. Son super pouvoir ? Il peut avaler des tonnes de RPG, Survival Horror, Manga, Anime et films assis sur son fauteuil sans jamais souffrir de troubles hémorroïdaires. Quoi comment ça c'est pourri comme pouvoir ? Il sait aussi casser des noix entre ses fesses, c'est déjà mieux ? Par contre, attention, il se murmure dans des cercles très fermés qu'il prend son pied à torturer des grands-mères à grand renfort de vannes merdiques, et qu'il a un faible pour les Petits Poneys. Oui, il est dangereux. TRES dangereux.
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