[TEST] Tales of Berseria (PS4)

En lice pour le titre de la licence la plus paresseuse, Tales of Berseria ne bouscule pour ainsi dire pas la règle établie par certains qui veut que parfois, moins on en fait, mieux on se porte. Sans pour autant dire que tout est à l’identique quand on le met en face de Zestiria ou des Xillia, le simple fait de rester ancré à l’ère PS3 avec une nouvelle fois un portage PS4/PC à moindre frais, en dit long sur la volonté d’aller de l’avant pour Bandai Namco. Mais mettons de côté un instant ces considérations techniques pour nous attarder très brièvement sur son histoire. Se déroulant dans un passé lointain de Tales of Zestiria, Berseria se la joue un peu Tales of Xillia 2 en réutilisant l’univers de l’épisode précédent, moins massivement certes, mais avec à la clé la grande question qui taraudera sans doute 0.1% des joueurs : est-ce que ce concept de dilogies est un nouveau modèle adopté par la licence ? En effet, on aurait presque pu sous-titrer Berseria « Road to Zestiria », ou plus simplement, Tales of Zestiria II.

SI L’ETERNEL EST MON BERGER, QUI DIABLE EST ALORS VELVET ?

Sonnez trompettes et chantez petits anges tout nus, « le héros » de cet épisode risque de créer une onde de choc dans l’univers, car ce n’est plus un mâle qui est au cœur de l’intrigue, mais bel et bien une très charmante damoiselle en la personne de Velvet Crowe. Notez que Velvet = velour en français et que Crowe ressemble beaucoup à Crow = Corbeau = Noir. Donc, entre sa chevelure ébène, son bras gauche acéré et sa tenue « corbeau style », ça tilte ? Parfait. Si de prime abord elle ressemble franchement à Milla Maxwell des deux Tales of Xillia, Velvet Crowe s’en démarque assez nettement avec ses longs cheveux noirs, son caractère contrarié, son manque d’empathie certain, et sa soif de vengeance qui en font une personnalité détonante. Car oui, madame est colère. Madame en a gros sur le bras gauche. Pourquoi ? Parce que madame, après une introduction un brin mouvementée 3 ans en arrière, est devenue à moitié démoniaque et s’est transformée en Thérion. En résulte un appétit insatiable de dévorer d’autres démons, en les absorbant avec son bras gauche que l’on préfère voir de loin qu’empoignant notre caboche. Velvet n’a plus qu’un but dans la vie, se venger du très vilain personnage qui lui a fait ça. Tales of Berseria, commence de manière plutôt inhabituelle, avec une pile de cadavres dont le compteur monte assez vite, et une ambiance relativement sombre et pesante qui perdurera tout au long du jeu (comptez dans les 70h pour en faire le tour proprement). Les plus dépressifs pourront fort heureusement se remonter le moral avec la pléthore de scénettes humoristiques, toujours là pour nous arracher un rictus de bonheur.

Contre-coup de cette initiative intéressante qui met au premier plan notre héroïne démoniaque, on ne sera malheureusement pas assez dépaysé par ce nouveau Tales Of. Presque tout est semblable aux derniers épisodes, des menus à peine remaniés aux icônes, en passant par des graphismes de plus en plus dépassés, même si toujours aussi colorés, parce qu’il faut bien tourner une fois encore sur PS3, et surtout ne pas trop se fatiguer à rajouter des faces ou des textures HD sur PS4 et PC. Le recyclage des ennemis qui peuplent le monde, et des personnages dont le fait d’être habillés autrement ne trompera pas notre œil averti, est donc massif. Fort heureusement, le jeu se rattrape sur le caractère des principaux protagonistes qui composent notre équipe puisque contrairement aux habitudes, ces derniers ne sont pas tous des enfants de cœur, loin de là. Histoire de faire un lien de plus en plus marqué avec Zestiria, on retrouvera même certains personnages de ce dernier, et il ne sera pas trop difficile d’imaginer lesquels, l’immortalité n’étant pas à la portée de tous en ce bas monde. Pour dégourdir les jambes de tout ce petit monde, le jeu se montre peu généreux en quêtes annexes, et on se contentera de chasses aux monstres rares qui ne resteront pas dans les annales de l’originalité. Il en va de même avec la quête des Boîtes à Minouz dont le contenu est aussi inintéressant que la collecte des esprits nécessaires à leur ouverture est fastidieuse.

HEY MAIS ON EST DEJA EN 2011 ? … 2017 VOUS DITES ? … PAS POSSIBLE…

Sans tergiverser pendant des siècles sur l’absence d’évolution technique de la licence, on ne peut qu’assister une nouvelle fois à la paresse chronique dont souffre les développeurs de Bandai Namco Studios, à moins que ça soit un réel manque de moyens (vue la bonne santé financière du groupe, le doute est permis). Par effet de causalité, on radote de fait toujours sur les mêmes choses, observant que les villes restent toujours aussi vides, avec une absence totale de piétons mobiles et une architecture souffrant d’une modélisation d’un autre temps. Les donjons sont toujours aussi génériques et tristes, et les zones extérieures à peine plus excitantes même si un peu plus colorées, selon que l’on soit en pleine forêt ou dans un marécage lugubre, le tout avec une distance d’affichage ridicule où même un gros arbre apparaît d’un coup à 20m. Bref, PS4 Pro ou pas, on reste bel et bien sur PS3, avec un petit lissage visuel et un jeu fluide en 60 fps… Encore heureux. Mention spéciale au mode Share de la PS4, verrouillé la majorité du temps pour une raison obscure. Les personnages quant à eux profitent d’une modélisation acceptable, même si les textures commencent à vraiment saigner du pixel. Comme toujours, on ne voit qu’un seul personnage à l’écran et, comme toujours, c’est le système de combat qui nous évite de porter ce vieux t-shirt fétiche mité de partout, la nostalgie ne pouvant servir éternellement d’excuse.

Adepte depuis quelques épisodes des transformations et autres mutations, Berseria nous offre une approche un poil différente de ces « mode furie ». Plus proche de Ludger (Xillia 2) qui disposait de son Chromatus pour se transformer en machine à tuer, et moins spectaculaire que l’Armatisation, Velvet peut consommer les âmes de ses victimes pour réveiller le démon qui sommeille en elle. Pour ce faire, il lui faut au moins trois âmes en stock, un compteur qui peut monter jusqu’à 5 (voire plus), à raison d’une âme gagnée par ennemi étourdit ou tué. L’inverse est également vrai, donc il faudra se méfier des attaques adverses qui, bien placées, peuvent nous faire perdre une précieuse âme. Petite subtilité, moins Velvet a de points de vie, plus son pouvoir est puissant, lui permettant de remonter sa santé au passage. Grâce à ses capacités de Thérion, Velvet a accès également à des attaques surpuissantes qui dépendent de l’ennemi que l’on a en face. Utiliser ces attaques consomme une âme supplémentaire, donc il veut mieux les garder pour achever un ou plusieurs ennemis à portée. Le tout baigne une nouvelle fois dans un déluge d’effets spéciaux, avec des affrontements qui donnent souvent lieu à un joyeux capharnaüm où l’on ne sait plus trop qui fait quoi. Peu importe, on tape dans le tas pour se défouler, on vise approximativement, et ça passe toujours.

« SI J’AVAIS UN BATEAU… JE NAVIGUERAIS LE JOUR … JE NAVIGUERAIS LA NUIT » … OU PAS.

En dehors des combats, quelques nouveautés font quand même leur apparition, bien qu’elles s’inspirent fortement des précédents épisodes. On remplace ainsi les chats de Xillia 2 par un bateau à envoyer en expédition aux quatre coins du monde, dans l’espoir qu’il nous rapporte une nouvelle recette de cuisine, des trésors uniques et quelques accessoires de personnalisation (là encore, c’est réutilisation massive des accessoires plus ou moins ridicules de la licence). Dans l’idée, on est dans une version simplifiée du mini jeu de flottille d’Assassin’s Creed Black Flag, avec un seul bateau à gérer, des déplacements qui font toujours 30mn, peu importe la distance, et des combats qui se résolvent automatiquement. A défaut d’être passionnant, ce bonus n’est pas très envahissant et permet de jouer les collectionneurs de trésors plus ou moins loufoques. Pas de quoi révolutionner le monde du JRPG d’autant qu’il aurait réellement été agréable de pouvoir barrer notre propre navire pour explorer le monde, plutôt que d’être contraint une fois encore par des déplacements automatiques entre zones autorisées par le scénario. On se consolera tant bien que mal avec la Géoplanche qui est à Velevet ce que l’Hoverboard est à Marty McFly, lui permettant de traverser les continents sur un coussin d’air. On en viendrait presque à se contenter de peu.

Le crafting n’a pas été oublié avec une liste assez conséquente d’équipements à maîtriser et améliorer. Oublions tout de suite la cohérence inexistante qui veut que n’importe quel ennemi puisse lâcher une arme ou armure en mourant, ça serait trop facile. La simplicité est au rendez-vous puisque chaque arme ou bout d’armure offre trois types de bonus : Expertise, Amélioration, et Aléatoire. Outre celui qu’il convient de maîtriser par une utilisation intensive (Expertise), afin d’en profiter à vie, on peut démonter le reste de notre stock pour améliorer le matériel le plus intéressant en débloquant ses bonus secondaires (Amélioration). Si en plus les bonus aléatoires valent le détour, il sera toujours intéressant de passer un peu de temps à optimiser notre équipement. Côté personnalisation par contre, on nage toujours dans les abysses de la médiocrité puisqu’il faut se contenter de quelques costumes alternatifs relativement sans intérêt (oh tiens, des maillots de bain dans un JRPG ? Quelle surprise…). Une fois encore, on fera l’impasse sur notre envie d’avoir des armures et tenues de plus en plus classes, un peu comme si on était dans un RPG quoi… Oh wait. Bref, Berseria préfère nous refourguer ses mèches de cheveux, lunettes de carnaval, et autres peluches dont on ne sait que faire. Une vraie calamité.

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Dire que la licence est l’une des plus paresseuses du monde du jeu vidéo serait un démoniaque euphémisme tant Berseria ressemble à Zestiria qui ressemble à Xillia 2 qui ressemble à Xillia. Adepte du moindre effort, peut-être pour ne pas froisser la base de fans qui risqueraient l’infarctus à passer à du vrai Open World, de la vraie personnalisation de personnages avec des armures qui donnent envie de taper du boss caché, Tales of Berseria ne fait pas exception. L’histoire elle-même ne surprend finalement pas vraiment puisqu’elle ressasse encore et toujours le très cliché « Pour le bien de tous, je vous détruirai jusqu’au dernier. Bisous ». S’il reste agréable à jouer, grâce à la puissance de son égérie Velvet Crowe qui s’exprime pleinement lors de combats feux d’artifices vraiment jouissifs, et si on se laisse quand même porter par son histoire expliquant bien des choses quant à la genèse du monde de Zestiria, il n’en demeure pas moins figé dans le temps, coincé dans une spirale PS3 dont la licence ne parvient pas à s’extraire. A trop s’enfoncer dans leur douillet canapé du moindre effort, les Tales Of pourraient finir par lasser leurs fans les plus irréductibles, et surtout les joueurs avides de nouveautés et d’évolution. C’est tout le mal qu’on ne lui souhaite pas, mais il faudrait sérieusement songer à se bouger, là, quand même.

Dark Inquisitor

Dark Inquisitor est le représentant sur Terre de l’Ordo Malleus et du Serial Gaming. Renvoyé dans le temps par l’Empereur de l’Humanité, il s’assure que les joueurs appliquent la Règle de la Priorisation. Cette règle qui soumet les jeux à une sélection draconienne afin de ne jouer qu’à ceux correspondant à chaque profil de joueur en fonction du temps disponible. Ses pouvoirs d’inquisiteur lui permettent toutefois de profiter de failles temporelles pour jouer plusieurs heures sans que le temps ne s’écoule et donc de finir des jeux alors même qu’on ne la pas vu toucher une manette pendant plusieurs jours. Ses spécialités : les RPG, les survival-horror, l’action-aventure, quelques ovnis du jeu vidéo et les motos custom.

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