[TEST] The Witcher 2 : Assassins of Kings Enhanced Edition

En 2007, CdProject, un studio polonais inconnu de la sphère vidéoludique eut l’idée de s’inspirer d’une œuvre littéraire nationale à succès. C’est ainsi que le jeu PC The Witcher vit le jour d’après les romans d’Andrzej Sapkowski. Malgré quelques défauts techniques -corrigés par la suite dans une version améliorée- et un gameplay perfectible, le jeu remporta un immense succès auprès des joueurs et des professionnels. De quoi encourager le studio à enfoncer le clou avec un second opus plus abouti sur tous les plans. Ce sont les joueurs PC qui eurent le privilège de retrouver Geralt de Riv les premiers. Et Ô Joie, comme le laissaient courir les rumeurs sur une éventuelle version console, les joueurs Xbox 360 ne sont plus laissés en reste désormais. Assassins of Kings : Enhanced Edition se relève être le portage du jeu PC avec l’ajout de tous ses patchs et DLC.

Les jeux The Witcher mettent en scène Geralt de Riv, un personnage charismatique et viril au possible, que nombre de joueurs -moi la première- considèrent comme le héros (ou anti-héros) par excellence. Comme quoi les petits gars de CdProject ont eu le nez fin en décidant de transposer le personnage d’Andrzej Sapkowski dans un jeu vidéo. Et puisque les références aux bouquins sont nombreuses dans Assassins of Kings, commençons par faire un petit détour par l’œuvre originale, dont je suis littéralement fan.

Une belle plume au service de l’Heroic Fantasy

La Saga du Sorceleur comprend deux recueils de nouvelles et cinq romans qui narrent les exploits et les tourments de Geralt de Riv. Geralt est un sorceleur, une caste de chasseurs de monstres à laquelle on fait appel dès qu’une créature féroce gêne la tranquillité des bonnes gens. Ces tueurs professionnels étaient autrefois considérés avec estime et reconnus d’utilité publique, mais cette époque est révolue. Premièrement, les monstres se font plus rares, rendant l’intérêt des sorceleurs bien moins évident. Deuxièmement, des fanatiques ont suscité la crainte parmi la populace en décrivant ces vagabonds comme des monstres sanguinaires, semblables aux créatures qu’ils chassent. L’ouvrage Monstrum, qui a fait le tour des royaumes, est un parfait exemple des propos racistes et diffamants dont ont été -et sont toujours- victimes les sorceleurs. Nombre d’entre eux ont trouvé la mort pendant les attaques barbares orchestrées par ces fanatiques, ou simplement pendant un contrat. Ils ne sont plus très nombreux aujourd’hui. Par ailleurs, les survivants ont perdu les secrets de leur ordre, si bien que plus aucun sorceleur n’est formé, vouant irrémédiablement cette caste à l’extinction. Car on ne naît pas sorceleur, on le devient, et ce après avoir enduré terribles souffrances.

Les sorceleurs sont récupérés très jeunes par leurs mentors. Ce sont généralement des orphelins, des âmes en peine dont on ne se soucie guère. Parce qu’ils sont déjà tombés dans l’oubli, les initiateurs n’éprouvent aucun remord à leur faire subir des mutations et des entrainements éprouvants dont très peu de candidats sortent vivants. Pareil à l’épreuve du sang des Gardes des Ombres dans Dragon Age, la formation des sorceleurs est un mal nécessaire. L’ingestion de substances toxiques et d’hallucinogènes leur confèrent des aptitudes surhumaines par le biais de mutations irréversibles, à commencer par la nyctalopie. Leurs yeux de chat qui leur permettent de voir dans le noir sont un signe visible de leur condition de mutant, et c’est principalement pour cette raison que beaucoup de gens les craignent et les haïssent. En plus de la vision nocturne, les sorceleurs ont vu leurs organes vitaux et leurs muscles modifiés, les rendant plus forts et agiles que le commun des mortels. Mais ces modifications sont à double tranchant. Ils souffrent de stérilité notamment, et sont réputés pour ne plus ressentir d’émotion.

Bien sûr, de simples mutations ne suffisent pas à rendre les sorceleurs si redoutables. Après l’épreuve des herbes, ils sont entrainés à l’esquive, aux rudiments magiques et au maniement de l’épée. De deux épées pour être plus précise. L’une en acier contre les humains et les animaux, et l’autre en argent pour les monstres (vampires, esprits, goules, succubes…). Leur style de combat est hors du commun, tout comme le sont leurs mouvements : très rapides et volontairement irréguliers pour perturber leurs adversaires. Et alors qu’ils sont « naturellement » surpuissants, les sorceleurs créent et consomment des élixirs très nocifs pour décupler leurs capacités quand le besoin s’en fait sentir.

Geralt de Riv est l’un des sorceleurs les plus célèbres, une véritable légende. On le surnomme le Loup Blanc car ses cheveux sont d’albâtre et parce qu’il porte autour du coup un médaillon en forme de loup. En effet, les sorceleurs sont divisés en plusieurs clans et Geralt a été formé par un certain Vesemir à l’école du Loup de Kaer Morhen, d’où la forme de son médaillon. Au début de la saga littéraire, il erre le long des routes à la recherche de contrats qui lui permettront de se nourrir, de survivre. Le destin va lui jouer des tours en le mettant sur le chemin de Cirilla Fiona Elen Riannon de Cintra, qu’il surnommera affectueusement Ciri. Cette jeune fille est pourchassée par l’Empire Nilfgaardien et les elfes anciens qui croient en une prophétie de fin du monde dans laquelle elle jouerait un rôle déterminant. Au début, Geralt se jouera de la providence et tentera de s’éloigner de Ciri, car un enfant n’a pas sa place aux côtés d’un sorceleur, et encore moins une fillette. Mais on n’échappe pas à son destin, si bien que le chemin de Geralt recroisera irrémédiablement celui de la jeune fille. Il acceptera finalement cette idée et formera la première et dernière sorceleuse de l’histoire. Et avec l’aide de sa bien-aimée Yennefer, une puissante et envoûtante magicienne, il vouera sa vie à la protection de Ciri jusqu’au dénouement des romans.

Je vous invite à lire cette saga littéraire, car elle est non seulement de qualité, mais rend surtout l’expérience de jeu très différente. A l’instar d’un Mass Effect 3 qui prend tout son sens après une partie de Mass Effect 1 et 2, Assassins of Kings ne s’apprécie pleinement qu’en ayant lu les bouquins. Les références y sont nombreuses et l’inspiration est telle que le jeu en devient même difficile d’accès pour les non-initiés. Pour vous donner une idée, 90% des protagonistes principaux du jeu sont tirés des romans. Pour faciliter votre compréhension de l’univers et surtout ressentir un plaisir immense en retrouvant des personnages familiers, lisez ! Les éditions Milady surfent d’ailleurs sur le succès des jeux et rééditent tous les romans au format poche. A l’heure où j’écris ces lignes, cinq des sept bouquins sont déjà disponibles.

A la poursuite du tueur de rois

Les événements d’Assassins of Kings se tiennent après ceux du premier opus, eux-mêmes postérieurs à ceux de la saga littéraire. Geralt n’a toujours pas recouvré ses souvenirs, mystérieusement perdus entre les livres et ses premières aventures vidéoludiques. Il ne semble pas trop en souffrir ni s’en soucier, et profite de sa nouvelle vie aux côtés de la sulfureuse Triss Merigold. Après la tentative d’assassinat du roi Foltest qu’il a déjouée à la fin de The Witcher, Geralt est devenu le garde du corps de sa Majesté. Un peu à contrecœur il faut le reconnaître, car son aversion pour la politique ne s’est pas évanouïe, elle. Il attend une occasion de se défaire de l’emprise du roi pour reprendre la route et ses activités de sorceleur. S’il avait su ce qui allait se produire, il n’aurait pas souhaité si fort reprendre son ancienne vie. Car Letho, un sorceleur de l’école de la Vipère, parvient à déjouer sa protection et à tuer Foltest. Il n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, puisque la cinématique d’intro, magnifique, le met en scène lors de l’assassinat du roi Demavend. Malheureusement pour Geralt, Letho parvient à s’enfuir, le laissant seul avec le cadavre de Foltest. Accusé à tort d’avoir tué le roi, Geralt sera emprisonné avant de parvenir à s’évader. Il n’aura alors de cesse de pourchasser le redoutable Letho pour laver son honneur. A côté de cela, des bribes de souvenirs vont peu à peu lui revenir, de quoi lui donner la motivation de renouer avec son passé. Il se pourrait même que ses deux quêtes, à savoir retrouver Letho et ses souvenirs, soient liées. Quoi qu’il en soit, tout ceci est bien étrange. Qui peut donc perpétrer la mort des rois de différents royaumes, et dans quel but ? Et pourquoi un sorceleur se retrouve-t-il dans la peau de l’assassin ?

Durant son périple, Geralt va avoir l’occasion de se ranger du côté de Vernon Roche, le chef des forces spéciales de Foltest, ou de Iorveth, un commandant Scoïatel activement recherché. Les deux protagonistes se vouant une haine sans limite et ayant des desseins diamétralement opposés, choisir de soutenir l’un ou l’autre mènera Geralt sur des chemins bien différents. Et c’est là l’un des aspects les plus importants et brillants du jeu. Car Assassins of Kings propose une histoire vraiment prenante avec deux embranchements scénaristiques. Les choix que vous ferez auront une réelle incidence ici. S’allier à Vernon Roche ou à Iorveth à la fin de l’acte 1 mène à des lieux différents avec des quêtes principales et optionnelles qui leur sont propres. Deux parties sont donc nécessaires pour tout voir, et c’est avec un réel plaisir que vous reprendrez du service dès la fin des crédits. Quand on sait que le code des sorceleurs leur inculque de ne jamais prendre parti, il est plutôt « comique » de voir Geralt prendre des décisions telles qu’elles peuvent changer l’issue d’une guerre et sauver/sacrifier de nombreuses vies.

Enhanced Edition, Enhanced Gameplay

The Witcher a subi pas mal de retouches en termes de gameplay entre les deux épisodes. Exit par exemple le système d’attaques en rythme ou les trois styles de combat qui rendaient le jeu austère et moins pêchu qu’il aurait dû l’être. Plus fidèle à l’œuvre originale, Geralt est maintenant un vrai diable. D’une agilité stupéfiante, il assène des coups d’épée à une vitesse infernale. Au grand dam de ses ennemis, il ne manque pas de choisir son arme en fonction de leur faiblesse. Car les créatures qui hantent les donjons et les forêts sont très sensibles à l’argent, tandis qu’une simple épée en acier vient à bout des loups ou des bandits mal intentionnés. Amnésique ou non, il a le code des sorceleurs dans le sang. Il n’a pas non plus oublié comment lancer les Signes grâce auxquels il se protège, incinère ses adversaires ou les sonnent pour les achever plus rapidement. Il esquive, pare, contre-attaque et renvoie les flèches en fonction des aptitudes débloquées dans l’arbre de compétences. Celui-ci se divise en quatre branches : une branche généraliste avec les bases dans laquelle vous mettrez les premiers points avant de débloquer les voies de la magie, de l’épée et de l’alchimie. Car comme tout bon sorceleur qui se respecte, Geralt peut entrer en méditation pour créer et ingérer des élixirs. Néanmoins, l’alchimie n’est réellement utile qu’à un niveau de difficulté élevé. A moins de jouer en difficile ou pire, les combats, après des débuts ardus, deviennent de simples formalités grâce à la puissance des signes, des armes et des attaques de groupe ultimes, rendant les élixirs complètement obsolètes. C’est l’occasion de pointer du doigt l’un des rares défauts du jeu, à savoir une gestion de la difficulté mal dosée.

En dehors des combats, vous pourrez profiter de quelques passages d’infiltration, confectionner des équipements de qualité grâce à un système de craft très abouti et gagner des orins en jouant aux dés, au bras de fer ou en démontrant votre force lors de combats à mains nues qui seront l’occasion d’admirer les animations des personnages réalistes au possible. Un mode Arène est également disponible pour mettre vos capacités, vos réflexes et votre stratégie à rude épreuve.

Quant à l’enrobage visuel et sonore, il est à couper le souffle. Le jeu est entièrement doublé et les musiques s’avèrent magnifiques et soutiennent parfaitement l’action. Côté graphismes, les environnements demeurent superbes et dépaysants. On regretterait presque que l’histoire qui suit son cours –donc scriptée- nous empêche de les revisiter. Les quêtes annexes sont scénarisées et très variées, et retranscrites dans le journal de fort belle manière. C’est Jaskier, meilleur ami de Geralt et troubadour de renommée internationale, qui relate les exploits du sorceleur comme ils pourraient l’être dans l’œuvre originale. Il y a un réel souci du détail, une sorte d’hommage rendu à l’écrivain polonais sans lequel le succès de The Witcher n’aurait pas été possible. Mais plus que tout, Assassins of Kings dépeint un univers unique, fidèle à l’œuvre originale : mature, drôle, caustique, cru et érotique. Sans jamais tomber dans le mauvais goût, les développeurs ont su assumer cette identité adulte sans céder du terrain aux puritains. Seins, fesses, pubis, étreintes charnelles en tout genre, blagues grivoises, tout est montré, tout est osé. On tient là un véritable bijou vidéoludique qui va plus loin que tous les autres jeux avant lui et vous tiendra en haleine une quarantaine d’heures par scénario, quêtes annexes comprises.

Malgré des graphismes forcément moins impressionnants que sur PC, quelques bugs d’affichage et techniques, et une interface peu adaptée à la manette, ce portage Xbox 360 de The Witcher 2 est une véritable réussite. Son héros charismatique, son gameplay riche, son intrigue captivante avec ses deux embranchements scénaristiques et son univers mature assumé sans retenue sont en passe de faire d’Assassins of Kings une référence sur la console de Microsoft, tout comme c’est déjà le cas sur PC. CdProject a même déjà annoncé travailler sur The Witcher 3. C’est un Geralt de Riv en pleine possession de ses souvenirs (enfin !) que nous incarnerons tandis qu’il recherche la sublime Yennefer. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi l’attente va être terriblement longue…

Na'Tali

Après avoir rêvé d’aventure dans les champs de moutarde dijonnais, Na’Tali s’est lancée dans le projet insensé de se financer un voyage intergalactique en compagnie du commandant Shepard et Kaidan Alenko. Depuis, elle a migré sur la capitale afin de gagner suffisamment d’argent pour construire une réplique du Normandy dans son jardin. Pour ce faire, elle se donne en spectacle dans la rue avec son petit chien en enchainant les perfect sur les morceaux expert de Guitar Hero. En parallèle, et parce que cela ne représentait pas assez de challenge, elle a également entamé la fabrication d’une machine à remonter le temps pour retrouver Alistair et ses amis gardes des ombres, ainsi que Geralt de Riv. C’est qu’elle en a de la ressource, la petite ! Ses spécialités : le RPG, le Survival-Horror, les jeux musicaux et le travail manuel.

7 commentaires

  • Merci bien pour ce test/critique fort complet. Je savais déjà bien avant la lecture que ce Witcher 2 serait un jeu que j’achèterai et vous n’avez fait qu’accentuer mon désir de me le procurer. L’attente avant d’avoir un peu plus d’argent de côté va être longue.

  • tres bonne critique je suis devenu fou amoureux de ce jeu et suis presque a la fin du scenario accompagnant roche et j’ai commencer a lire le premier roman et le jeu prend tout son sens avec les romans!mention special au jeu pour ses costumes et ambiance sonore et musical majestueuses:-)

  • Merci 🙂
    J’ai corrigé pour les 2 recueils de nouvelles et les 5 romans. A la base ce texte était prévu avec un nombre de caractères limité, donc je ne pouvais pas trop détailler. Mais là j’ai pu me faire plaisir et mettre trois fois plus de texte, notamment pour décrire davantage l’oeuvre originale. Je viens de finir le dernier bouquin d’ailleurs. C’était très éprouvant, même si je connaissais déjà le dénouement à cause de TW1.

  • Ca fais plaisir de revoir la plume de Nath’ que j’ai toujours beaucoup apprécié, très bon test et grâce à celui du premier opus maintenant je suis à fond dans les livres 😉

  • Merci Mogfa pour le retour ! Ca fait plaisir. Sinon oui, c’est exact concernant ta remarque sur les romans. Sauf que dans la réédition format poche, la distinction n’est pas faite (ils sont numérotés de 1 à 7), donc on a passé ce détail pour éviter de perdre les fans intéressés.

  • Bonne critique qui donne envie et ça fait plaisir de lire quelqu’un qui semble réellement connaître les romans. La plupart des critiques ne faisant que les citer alors qu’à mon sens, l’expérience vidéoludique y perd grandement sans les avoir lu.
    En tout cas, je ne suis pas sûr que j’aurai autant apprécié la trentaine d’heure que j’ai fait du premier épisode (qu’il faudrait que je continues d’ailleurs), si je n’avais pas lu l’oeuvre de Sapkowski avant.

    D’ailleurs, au passage, la série n’est pas composée de sept romans, mais de deux recueils de nouvelles (Le Dernier Voeu et L’épée de la Providence) et de cinq romans (le reste).

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