Vagabond

Vagabond nous conte la vie d’un jeune homme s’élançant dans la Voie du sabre. Voulant s’élever au plus haut, briller au firmament, aucun adversaire ne lui semblera hors de sa portée. Mais le chemin vers le sommet est long et parsemé d’embûches. Les hommes peuvent bien se moquer de lui mais le ciel, lui, ne rit pas…

Une histoire épique

Takezo Shinmei est un démon, ou plutôt le fils d’un démon. Descendant du « plus grand bretteur au monde », sa vie n’est que combats et morts. Dès l’âge de 13 ans ses mains étaient tachées de sang. Mais voilà que sonne l’heure de la guerre, celle qui unira le Japon. Takezo y participe avec son seul ami Matahachi. Mais sur le sol Seki Ga Hara, ils ne trouveront que la défaite. La mort ne voulant pas d’eux, ils tentent de rentrer chez eux tout en évident les tueurs de fuyards. Sur leur route, Matahachi succombera à la débauche et abandonnera jusqu’à l’idée du retour. Le destin voulut donc que Takezo revienne seul, annonçant la nouvelle à la famille de son ami. Il sera considéré comme un menteur et un démon, chassé tel un animal et survivant de cette manière. Désormais seul et haïs par tout son village, Takezo choisit sa route : sous le nom de Miyamoto Musashi, il renaît et part à la conquête du Japon des bretteurs. Voulant atteindre les sommets et l’étoile au firmament, il se jette à corps perdu dans la bataille mettant en jeu sa vie. Mais le pays regorge de maîtres d’armes exceptionnels et Musashi comprendra vite que la route est longue. Mais après tout, n’est-ce pas ce qu’il voulait ?

Le vagabond, l’ami et l’aimante

Miyamoto Musashi : de son vrai nom, Takezo Shinmen. Originaire du village de Miyamoto, il est le fils de Munisai Shinmen reconnu par le shogun comme étant le meilleur bretteur sur terre. Takezo est un garçon de 17 ans lorsque commence l’histoire, vivant depuis des années seul, son père l’ayant abandonné et sa mère étant morte. Tous le considèrent comme un démon, un être que l’on ne peut approcher. Pourtant deux personnes seront ses amis : Matahachi et sa fiancée Otsu. Après la fin de la guerre, il se lance sur la Voie du sabre.

Matahachi Hon’iden : c’est l’ami d’enfance de Takezo. Ils ont le même age et Matahachi semble assez doué au sabre, étant le seul dans le village à tenir tête à Takezo. Ils partiront ensemble pour Seki Ga Hara. Suite à la défaite il fuira et tombera entre les bras d’une femme. A partir de là, il se laissera porter par les événements, manquant de courage et de volonté pour s’affirmer.

Otsu : jeune orpheline recueillie par les Hon’iden, elle est destinée à se marier à Matahachi. Amie d’enfance du héros, elle est la seule à présenter de l’affection envers lui. L’annonce du départ de son fiancé pour la guerre fut très douloureuse, encore plus lorsqu’elle apprit qu’il ne reviendrait pas. Elle apporte un vent de fraîcheur et de naïveté au récit.

     

Une réussite graphique

Lorsque l’on prend un volume de Vagabond en main et qu’on le feuillète, on est immédiatement frappé par la beauté qui en ressort. Chaque page, chaque case est dessinée avec un grand soin, les décors naturels regorgent de détails. Jamais on n’avait vu de forêts paraître aussi criantes de réalisme, aussi vivantes. On a peine à croire que c’est le même auteur que Slam Dunk qui est à l’origine de Vagabond. Le maître mot ici est donc réalisme : dans les situations, les endroits visités et les objets quotidiens. Pourtant, nous serons surpris de rencontrer certaines pages où seuls le fusain et le pinceau ont été employés. Mais ces effets sont utilisés pour renforcer les émotions transmises par l’histoire, pour intensifier un combat ou l’état d’esprit d’un personnage. Quand Inshun revoit Musashi, il lui semble immense et se fondant dans la nature environnante. Cela se traduit par une vision sombre et comme dessinée au fusain, nous permettant aussi de ressentir la tension baignant les protagonistes.

Vagabond est une merveille graphique, l’exemple même qu’un manga peut être beau et réaliste. En douze volumes, nous avons vu l’évolution du trait de plus en plus précis. Que nous réserve le maître pour la suite ?

     

Un personnage historique

Vagabond est l’adaptation du célèbre roman d ‘Eiji Yoshikawa, « Miyamoto Musashi » paru en français sous le titre « La Pierre et le Sabre » suivi de « La Parfaite Lumière ». Je suis certain que beaucoup d’entre vous connaissent ces œuvres, ne fut-ce que de nom. Si vous voulez retrouver plus en détail ce chef d’œuvre de littérature, notre ami Ryûjin a réalisé un dossier se trouvant ICI . Notre histoire est donc une version romancée de la vie de Musashi, personnage ayant réellement existé et qui vécu dans le Japon du 16ème siècle. Je ne révèlerais pas l’histoire pour conserver le suspense, toutefois il faut savoir que le véritable Musashi est considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus grands guerriers japonais. Non seulement un bretteur exceptionnel, mais aussi un stratège et un philosophe hors pair. Il est d’ailleurs l’auteur du « Traité des cinq roues » traduit en français.

Un auteur sur la voie du succès

Takehiko Inoue était jusqu’ici très connu pour un autre manga : Slam Dunk. C’était son premier gros succès. C’est en 1989 qu’il débute par la publication d’un one shot : « Akagasuki » suivi d’une série en deux volumes (Chameleon Jail). Vient ensuite le désormais classique Slam Dunk qui dura 31 tomes et six ans. Il réalisera une série en 4 volumes (Buzzer Beater) avant de lancer Vagabond en 1998. Depuis, la série continue en parallèle avec Real depuis 1999 (2 volumes) et compte 16 volumes au Japon. Gageons que cette épopée sera menée à son terme.

     

Vagabond est une magnifique épopée, un manga rendant hommage à l’homme qu’était Musashi Miyamoto et à l’œuvre de Yoshikawa. Il vous emmène vers un voyage qui ne vous décevra pas, tracé par de somptueux dessins et une histoire formidable.

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