Yakuza

Tout le monde a entendu parler de la mythique mafia japonaise au moins une fois dans sa vie. De nombreux réalisateurs ont essayé de retranscrire son ambiance, Takeshi Kitano par exemple dans son excellent Aniki mon frère. Mais bizarrement, l’univers avait été très peu exploité dans le monde du jeux vidéo. Sega a donc décidé de rééquilibrer la balance avec Ryû Ga Gotoku, renommé sobrement Yakuza chez nous. Annonce-t-il le retour de l’éditeur ? C’est ce que nous allons voir.

Avant de commencer le test, il est nécessaire de définir certains points sur l’organisation interne des Yakuzas, du moins comme cela est présenté dans le jeu. A la base il y a un clan, ici le clan Tojo, avec à sa tête un président, le chef des chefs si on veut. Ensuite, des familles sont affiliées à ce clan, et leur organisation suit le même modèle que la mafia sicilienne, à savoir tout en haut l’Oyabun (le père), puis des lieutenants et des soldats. Tous les membres de la famille doivent allégeance à leur Oyabun, qui prend le statut de Dieu. Voilà pour l’éclaircissement.

Le Dragon de la famille Dojima

Dans la vie, il arrive que certaines personnes soient totalement abandonnées par la chance alors que tout allait pour le mieux. C’est le cas de notre héros. L’histoire débute en 1985, alors que la famille Dojima est à l’apogée de sa puissance, surtout grâce à Kiryu Kazuma, leur plus puissant soldat, qui porte à ce titre le nom de Dragon de Dojima. Sur le point de créer sa propre famille, il attise la jalousie de son ami d’enfance Nishiki, autre membre de la famille Dojima, bien moins doué que lui. C’est dans ce contexte que tout bascule, en seulement une soirée. Après un événement que je vous laisse découvrir, Kazuma endosse un crime qu’il n’a pas commis et se retrouve condamné à dix ans de prison, à la place de Nishiki.

2005, Kazuma sort enfin de prison. Lavé de son statut de Yakuza, il essaye dans un premier temps de se reconstruire une vie normale dans un Tokyo en proie à la guerre des gangs. Autant dire mission impossible pour un homme avec un passé comme le sien. Il va très vite se retrouver embarqué dans une histoire où il devra protéger une petite fille nommée Haruka, qui vaut dix milliards de Yens, c’est à dire toute la fortune du clan Tojo. A côté de cela, son vieux copain Nishiki en a profité pour trahir la famille Dojima, dans le but de l’affaiblir, puis créer sa propre famille en espérant un jour prendre la place du président du clan Tojo. Kazuma devra donc sauver la famille Dojima, retrouver la fillette, calmer les gangs un peu trop « chauds » et vaincre Nishiki, tout en trouvant la voie de la rédemption pour toutes ses fautes passées…

     

La psychologie du personnage principal nous prend aux tripes dès le début de l’aventure. Il a tout du voyou au grand cœur, toujours près à aider son prochain. Il me fait un peu penser à Maximus dans Gladiator, avec le contexte historique en moins. La mise en scène y est pour beaucoup, avec une narration et des dialogues très efficaces. On prend un réel plaisir à l’accompagner dans sa quête et à suivre son évolution. Car bien évidemment il va évoluer, autant au niveau de ses sentiments que dans sa façon de voir les choses, toujours en gardant la noblesse d’âme qui le rend si intéressant. Il faut dire qu’il va en vivre des expériences ! Le scénario est vraiment l’élément le plus réussi du jeu, et cela faisait longtemps que je n’en avais pas vu un aussi plaisant.

Ame sensible s’abstenir

Un proverbe dit : ceux qui pensent que la violence ne résout rien n’ont pas frappé assez fort. C’est exactement la philosophie du jeu. Quasiment toutes les situations se finissent en baston générale à un contre dix. C’est d’ailleurs l’autre attrait majeur du soft, son système de combat. Heureusement Sega a fait dans la simplicité, avec des enchaînements rudimentaires mais toniques utilisant les boutons carré et triangle, et un système d’esquive avec croix. Des projections sont également au rendez vous : une simple pressions sur rond proche d’un adversaire vous permet de l’attraper, et libre à vous par la suite de le finir avec la prise de votre choix. Au fur et à mesure de vos coups de lattes, une jauge de furie se remplie, et une fois pleine, Kazuma se transforme en super Kazuma pour devenir encore plus puissant et surtout gagner la possibilité d’effectuer des finish de la mort très violents. Rien de tel que d’écraser la tête de son ennemi contre un mur ou lui piétiner le visage alors qu’il est au sol sans défense. Comme si ça ne suffisait pas, de nombreux objets ont été mis à disposition du joueur pour varier les plaisirs. Vélo, caisse, bouteille, plot de signalisation… Tous les goûts sont présents ou presque, avec le finish correspondant, sans aller aussi loin qu’un Dead Rising évidemment.

     

Oui Yakuza est violent, tant dans ses combats que dans ses dialogues. Ca va presque plus loin qu’un GTA, pour vous situer un peu… Mais tout bien réfléchi, cette violence est cohérente avec l’ambiance de guerre des gangs du soft. On voit mal des voyous ne pas utiliser le simple mot fuck au moins une fois par phrase. D’autre part le héros n’utilise jamais cette violence gratuitement, il y a toujours une raison. Et quand elle ne concerne pas l’histoire, elle vient de raquetteur ou de mecs bourrés qui ne savaient pas quoi faire. Autant vous dire qu’éclater un mec qui vient juste de vous insulter en lui explosant la face sur le bitume donne un sentiment de satisfaction assez plaisant. Le seul problème de ce système de combat se situe dans les bagarres en surnombre. Il devient difficile d’éviter tous les coups quand on est encerclé, et il faudra attendre un bon moment avant de rencontrer le maître qui nous apprendra comment faire. La caméra pose aussi quelques petits problèmes, malgré une possibilité de la recentrer. Un système de lock aurait permis de rendre l’ensemble encore plus agréable.

Avez-vous déjà visité Tokyo ?

Pour la cohérence et surtout la sensation de liberté du joueur, Sega s’est efforcé de recréer un petit quartier de Tokyo. Le joueur pourra donc se balader dans les rues librement ou presque, rentrer dans des restaurants ou des boutiques et parler à certains passant bien précis parmi les dizaines qui arpentent les rues, un peu comme dans Shenmue (nostalgie quand tu nous tiens…) sans atteindre autant de liberté. Lors de vos nombreux allers-retours, vous pourrez tomber sur les voyous dont je vous parlais plus haut, histoire de se bastonner un peu. On a donc deux phases de jeu : la principale où le héros se balade d’une destination à l’autre, aidé par une carte très bien détaillée, et la seconde qui correspond aux phases de combats. Le tout est appuyé par une réalisation techniquement parfaite, sans aucun ralentissement.

     

Entre deux phases de scénarios vous aurez la possibilité de rendre service à de nombreux passants, sous forme de mini quêtes annexes allant de la paire de lunettes perdue à la baston du gang du coin. Elles s’avèrent toutes très simples et intéressantes, et rapportent un peu d’expérience ou d’argent. Vous pourrez ensuite le dépenser en nourriture, ou en cadeaux pour les fameux bars à p… hôtesses. Ces derniers donnent l’occasion de draguer un peu sous forme de questions réponses moyennant beaucoup de finance, jusqu’à la nuit fatidique. Tous ces petits à-côtés demeurent très sympa et permettent de faire un break dans l’histoire.

Surfant sur la nouvelle mode des jeux de Gangster, Yakuza a su tirer son épingle du jeu, ceci grâce au savoir faire légendaire de Sega. Vulgairement placé entre un GTA et un Shenmue, le soft possède une identité propre qui permettra au joueur de rentrer une vingtaine d’heure minimun dans le peau d’un Yakuza au grand cœur plongé dans une guerre de clans. Servi par une réalisation impeccable et un scénario en béton, Yakuza nous permet de nous souvenir d’une vieux dicton presque oublié qui disait : Sega c’est plus fort que toi !

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